CHAPITRE PREMIER
la réforme de Henri VIII, et, dans un autre ouvrage : Déclaration de mes derniers sentiments sur les différends de la Religion , il rejette tous les mystères de la foi chrétienne, la Trinité, l'Incarnation, le dogme du péché originel, la présence réelle, la transsubstantiation , l'infaillibilité de l'Eglise. Le Courrayer quitta la France pour l'Angleterre ; l'archevêque de Cantorbéry le reçut comme une conquête; l'Université de cette ville lui envoya le diplôme de docteur ; la cour de Londres lui fit une pension , et il mourut au milieu de richesses et d'honneurs achetés au prix de l'apostasie.
27. Des jurisconsultes français, malheureusement trop fidèles à l'esprit d'opposition qui avait signalé les conciles de Bâle et de Constance , ne semblaient préoccupés que de la pensée de combattre les privilèges de l'Eglise romaine. Pierre et François Pithou, deux frères, d'abord calvinistes puis catholiques^ se signalèrent dans cette guerre acharnée. Ils travaillèrent en commun à leur fameux ouvrage intitulé : Traité des libertés gallicanes, où, sous le prétexte de délivrer le clergé de France de l'autorité pontificale, ils le soumettaient complètement à la puissance laïque (1). Pour appuyer l'ouvrage des frères Pithou, un autre légiste, Pierre Dupuy, publia une compilation intitulée : Preuves des libertés de l'Eglise gallicane. Elle fut censurée et dénoncée à l'épiscopat par vingt-deux évêques ou archevêques français « comme un ou- » vrage détestable, rempli des propositions les plus venimeuses i> et masquant des hérésies formelles sous le beau nom de liber- » tés. » — « Car, dit Bossuet, les légistes et les magistrats enten- » daient les libertés de l'Eglise gallicane tout autrement que les » évêques : ils se regardaient comme les pères et les docteurs de y> cette Eglise comme ses défenseurs nés , non-seulement contre y> le Pape, mais contre les évêques. » Le parlement, qui se regardait comme le concile permanent des Gaules, propageait de mêm* l'esprit d'hostilité contre le Saint-Siège, « Protestant dans le » xvie siècle, dit M. de Maistre, frondeur et janséniste dans le » xvu% philosophe enfin, et républicain dans les dernières année*
(i) « La grande servitude de l'Eglise gallicane, dit Fleury, c'est l'étendue ex* • cessive de la juridiction séculière. » Celte considération n'a pas empêché lef livres de Pithou et de Dupuy de devenir comme le grand arsenal du gallicanisme
» cite sa vie> trop souvent le parlement s'est montré en contradie* » tion avec les véritables maximes fondamentales de l'Etat. — Le » germe calviniste, nourri dans ce grand corps , devint bien plus » dangereux lorsque son essence changea de nom et s'appela jan- » sénisme. Alors les consciences étaient mises à l'aise par une » hérésie qui disait : Je n'existe pas. Le venin atteignit même » ces grands noms de la magistrature que les nations étrangères » enviaient à la France. Alors toutes les erreurs, même les er- » reurs ennemies entre elles, étant toujours d'accord contre la vé- » rite, la nouvelle philosophie, dans les parlements, s'allia au » jansénisme contre Rome. — Si l'on se représente le nombre » des magistrats répandus sur le sol de la France, celui des tri— » bunaux inférieurs qui se faisaient un devoir et un honneur de » marcher dans leur sens, la nombreuse clientèle des parlements, » et tout ce que le sang, l'amitié ou le simple ascendant empor- » taient dans le même tourbillon, on concevra aisément qu'il y en » avait assez pour former dans le sein de l'Eglise gallicane le » parti le plus redoutable contre le Saint-Siège. »
28. Tels furent les auxiliaires du jansénisme en France. Le» chefs de la nouvelle secte étaient alors trois hommes , célèbres à des degrés divers, et qui occupaient tous les échos de la renommée. Les Lettres provinciales venaient de paraître sous le titre de : Lettres de Louis de Montalte à un provincial de ses amis. L'auteur, mathématicien profond, avait déjà illustré le nom de Pascal par les plus brillantes découvertes, faites à un âge où les autres hommes achèvent à peine la carrière des études scolastiques. Il se révélait dès lors à la France comme im écrivain de premier ordre. Jamais la langue française n'avait atteint avant lui cette pureté, cette élégance, cette recherche de locutions et de tours, qui la fixaient d'une manière irrévocable. Sous le rapport da style, les Lettres provinciales devenaient ainsi un des plus beaux monuments de la littérature, non pas qu'aucun ouvrage depuis ne les ait surpassées (1), mais Darce cm' elles prenaient rang
(1) Comme style, comme richesse littéraire, comme portée historique et philosophique, le Discours sur l'histoire universelle, les Oraisons funèbres, de Bos* •uet , le Télémaque , de Fénelon , sont infiniment supérieurs aux Lettres provins tiales, bien plus vantées que lues.