‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 181 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qui 112 laissa point d'enfants, le sceptre passa aux mains de Jacques II, r**» frère, second fils de Charles Ier. Jacques II était catholiqm a*ou*L Charles II avait pendant sa vie dksÂçaulé ses sentiments réels en faveur de la communion romaine , mah il avait secrètement abjuré l'Anglicanisme à son lit de mort. Jacques II ne crut point devoir transiger avec sa conscience ; il monta sur le trône d'une nation protestante , en professant hautement la foi qu'il avait dans le cœur. Un parti de mécontents commença dès lors à miner sa puissance. Guillaume de Nassau , prince d'Orange, gendre de Jacques II, se mit à la tête des rebelles, détrôna son beau-père (1688), et eut la lâcheté de ceindre sur son feront une couronne usurpée. Louis XIV accueillit magnifiquement le monarque fugitif, et prit sa cause en main. Ses nobles efforts , pour le rétablir en Angleterre, échouèrenttous. La France se laissa enlever l'empire de la mer , et le brave amiral Tourville eut la douleur, en perdant la bataille de La Hogue , de voir passer aux Anglais la domination de l'Océan (1692). Ces événements atteignaient profondément la puissance <fe x*ouis XIV. Cependant les victoires de Fleurus , de Steinkerque , de Nerwinde, qui valurent au grand maréchal de Luxembourg l'héroïque surnom de tapissier de Notre-Dame (1) ; celles de Catinat en Italie et en Flandre ; celle du duc de Vendôme en Espagne , dédommagèrent noblement Louis XIV de ses revers, et amenèrent la fameuse paix de Riswick, où le monarque se montra plus grand encore que sa fortune, en sacrifiant, d'un trait de plume, presque toutes ses conquêtes.

3. Cetie modération étonna l'Europe. Quelques historiens ont prétendu qu'elle n'était qu'une combinaison politique. Nous

libérale, démocratique, opposée à la royauté. LesTorys, au contraire, professent le plus profond respect pour le principe et l'idée monarchiques, dont ils sont les trdents défenseu '. Ils forment le parti conservateur

(1) Lorsque, au retour de la campagne de 1693, on se rendit à Notre-Dame, pour y rendre grâces à Dieu, la cathédrale était remplie des drapeaux enlevés à l'ennemi. Le maréchal de Luxembourg se trouva arrêté par une foule immense avide de contempler *es traits. Il fallut qu'un prince du sang vînt le prendre par la main et l'introduisît en criant : « Place, place au tapissier de Notre-Dame! • C'était le nom qu'il avait reçu de l'enthousiasme populaire.

3G() innocent xii (1691-1700),

croyons qu'elle fut inspirée à Louis XIV par une conviction profonde, par cette sorte de pressentiment qui tronj^ rarement les natures d'élite, et qui les avertit, au moment précis , de la nécessité de ne pas tenter plus longtemps la fortune. La conduite du roi de France, vis-à-vis du pape Innocent XII , en est la preuve. Le 14 septembre 1693, Louis XIV adressait au souverain Pontife la lettre suivante , datée de Versailles : « Très saint Père , » j'ai toujours espér^ de l'exaltation de Votre Sainteté au pontifi- » cat, pour les avantages de l'Eglise, et l'avancement de notre » sainte religion. J'en éprouve maintenant les effets avec bien d« 2 la joie, dans tout ce que Votre Béatitude fait de grand et d'a- » vantageux pour le bien de l'une et de l'autre. Cela redouble » mon respect filial envers Votre Sainteté, et , comme je cherche » à le lui faire connaître par les plus fortes preuves que j'en puis » donner, je suis bien aise aussi de faire savoir à Votre Sainteté » que j'ai donné les ordres nécessaires, afin qu* tes choses con* » tenues dans mon édit du 23 mars 1682, touchant la déclaration » faite par le clergé de France (à quoi les conjonctures passéet » m'avaient obligé), ne soient pas observées. Désirant que non- » seulement Votre Sainteté soit informée de mes sentiments , » mais aussi que tout le monde connaisse, par une marque parti- » culière, la vénération que j'ai pour ses grandes et saintes qua- » iités , je ne doute pas que Votre Béatitude n'y réponde par s toutes les preuves et démonstrations envers moi de son affec-»

• tion paternelle ; et je prie Dieu cependant qu'il conserve Votrt

* Sainteté plusieurs années , et aussi heureuses que le souhaite, » très saint Père-; votre dévot fils. » C'étaient là de belles et no blés paroles, qui réparaient magnifiquement les scandales dt passé !

4. Cette rétractation du monarque était un acte purement volontaire et spontané, Innocent XII ne l'avait provoquée par au«* cune concession. A l'exemple de ses deux derniers prédécesseurs, il avait formellement refusé de délivrer les bulles d'institution canonique aux trente-cinq évêques nommés par le roi , et ouveriement manifesté l'intention de repousser la moindre atteinte portée au respect qui doit environner la dignité pontificale. Le clergé de France comprenait qu'une plus longue résistance au

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