‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 242 sur 294 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

» au roi catholique î » Clément XIV avait longtemps espéré dans la piété de Marie-Thérèse d'Autriche. Cette princesse, témoin du bien qu'opéraient les Jésuites, et prévoyant les maux qu'entraînererait leur ruine, opposait de fortes résistances aux sollicitations importunes du roi d'Espagne ; le Pape s'en prévalait. Heureux de trouver une opposition qui entrait si bien dans son plan et dans ses idées, il s'en faisait un rempart à l'abri duquel il crut, pendant quelque temps, pouvoir échapper aux cruelles exigences des cours. Mais ce dernier refuge allait lui être enlevé ; cette dernière 'barrière était sur le point de tomber. Marie-Thérèse , faible comme toutes les mères, avait donné à Joseph II, son fils et son indigne héritier, le titre d'empereur. Ce prince, livré, dès son enfance, aux mains des philosophes, en avait pris toute la haine pour l'Eglise ; il était destiné à inaugurer en Allemagne un'Vègne déplorable. Princ» inquiet, tracassier, qui avait toujours ta main à l'encensoir, e\ que le grand Frédéric appelait , avec une juste ironie , son frère le sacristain, les églises, le culte, les couvents , rien n'était à l'abri de ses prétentions et de ses ordonnances. Il détermina sa mère à consentir enfin à la suppression des Jésuites. Grande reine, héroïque princesse, l'honneur de son sexe, et la gloire de son époque, Marie-Thérèse ne savait plus vouloir quand son fils avait parlé ; la suppression des Jésuites fut consentie par elle , à la condition que le jeune empereur pourrait à son gré disposer de leurs biens. La cupidité l'emporta sur la prudence, Ce fut , on peut le dire, une dernière espérance arrachée à l'âme de Clément XIV. Cependant, abandonné à lui-même, privé de tout appui, il hésitait encore. Mais les délais n'étaient plus possibles pour le malheureux Pape. Le 21 juillet 1773 , parut enfin la sentence définitive ; lt Pape faisait comme le pilote, qui jette à la tempête ses objets les plus précieux pour sauver le navire. Le bref Dominus ac Rpdemptor supprimait la Compagnie de Jésus. «Inspiré par le Sain* » Esprit , comme nous en avons la conviction , disait le Pape , » poussé par le devoir de ramener la concorde dans le sein du t l'Eglise, convaincu que la société de Jésus ne peut plus rendra n les services pour lesquels elle a été fondée, et déterminé pal ♦ d'autres motifs de la prudence et de la sagesse gouvernement » taies que nous tenons renfermées dans notre âme , nous aboli** nr 31

liî CLÉMENT XIV (1769-1774)

« sons et détruisons la société de Jésus, ses fonctions, ses maisons, w ses instituts :-> On le voit, le sens de ce bref n'est pas douteux ; k peine que ie Pontife inflige n'est pas un châtiment , mais un sacrifice fait à l'espoir de la paix ; sa sentence n'est pas exigée par la justice ; mais c'est une mesure administrative conseillée par l'embarras du moment. « Fut-elle légitime 1 se demande le » Père Cahour. Oui9 car le Saint-Siège avait le droit de suppri- » mer ce qu'il avait lui-même établi. Fut-elle prudente et oppor- » tune? Beaucoup de gens l'ont nié. Mais moi, je respecte l'étrange » situation dans laquelle se trouva le vicaire de Jésus-Christ et » je regrette que, cette fois , le sacrifice de Jonas accordé à la fu- » reur des flots n'ait fait qu'enhardir la tempête. »

18. Ce fut le dernier acte du pontificat de Clément XXV; il «ourut le 22 septembre 1774, assisté à ses derniers moments, d'une manière miraculeuse, par saint Alphonse de Liguori. Ce Pape a été l'objet de jugements fort opposés de la part de ses contemporains. Les uns l'ont fort exalté : et c'étaient en général tes hommes peu favorables à l'Eglise, à sa liberté, à ses droits. W autres l'ont trop déprécié : c'étaient des catholiques, mais qui ae tenaient pas assez compte des circonstances critiques où se trouvait le Pontife. Caraccioli a le plus contribué aux calomnies débitées contre ce Pape, par le recueil apocryphe des lettres connues sous le nom des Lettres de Ganganèlli. « La vérité bisto- » rique suffit pour venger la mémoire de Clément XTV ; son » élection fut libre et sans simonie , malgré les intentions simo- » niaques et la pression extérieure des cours ; les difficultés ex- » trêmes des temps ; la violence morale perpétuellement exercée » par les puissances pour contraindre Clément XIV ; l'inutilité » des dep^-mesures et des atermoiements prolongés qu'il leur » opposait ; les menaces , les craintes du schisme qui assiégeaient » le Pape, doux et conciliant par caractère , sont autant de cirw constances atténuantes. Clément XIV a donc pu se persuader » que le bien de la paix exigeait qu'il fit taire son affection et son » estime pour la Compagnie , et qu'il la sacrifiât aux tristes exi- » gences de cette époque malheureuse. »

19, La mort de Clément XIV coïncidait avec celle de Louis XV. de prince, qui avait donné pendant sa vie de si lamentables scan-

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dales, sentit à ses derniers moments se réveiller dan& son cœur 4es pensées de la foi qui avait nourri sa jeunesse et qui était héréditaire dans son auguste maison. Il s'humilia sous la main invisible qui le frappait , fit l'aveu public de ses longs égarements, en demanda pardon à son peuple et mourut dans les larmes de la componction, \ l'âge de soixante-quatre ans (10 mai 1774). fl laissait la couronne à son petit-fils, le vertueux et infortuné Louis XVL Si l'amour du bien, les qualités de l'esprit et du cœur, les sentiments d'humanité, de justice, de désintéressement? de probité, étaient des titres suffisants dans un prince, Louis XVI aurait été le plus heureux des rois. Mais il faut à ceux que Dieu appelle à la redoutable mission de gouverner les hommes, plus de fermeté encore que d'autres vertus. Louis XVI était trop boB pour ne pas être faible. Sa vie tout entière fut, contre le mal eS contre le crime, une lutte où Louis XVI céda toujours; le mal et le crime ont triomphé, pour instruire à la fois et les rois et las peuples.

20. Nous avons, à l'occasion de la mort de Clément XIV, prononcé, en passant, le nom de saint Alphonse de Liguori. Ce grané évêque était la merveille de son siècle et la gloire de l'Italie. Il avait passé soixante- dix ans à évangéliser les pauvres habitants des campagnes napolitaines, lorsque , le 9 mai 1762 , il reçut une lettre du nonce apostolique à Naples, qui lui apprenait que le pape Clément XIII l'avait nommé à l'évêché de Sainte- Agathedes-Goths. A cette nouvelle, il est comme frappé de la foudre, ses sens se troublent, il ne peut parler, on le trouve tout agité et baigné de larmes. La pieuse congrégation de missionnaires qu'A a fondée partage sa douleur et craint de perdre son pasteur et son père. H écrit -sur-lè-champ une lettre de renonciation, où, remerciant le Pape de sa bienveillance, il lui expose son incapacité, son grand âge et, ses infirmités , le vœu qu'il a fait de ne jamais accepter de dignité et le scandale que son acquiescement produirait dans sa congrégation. Les instances de son humilité furent inutiles ; il dut incliner sa volonté devant celle du souverain Pontife, ou plutôt devant celle de Dieu. Sa congrégation des Rédemptoristes se soumit elle-même aux décrets de la Providence qui lui imposaient ce pénible sacrifice. Liguori, évêque, continua sa vie pauvre

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et pénitente de missionnaire. Pendant treize ans qu'il vécut encore, chacun de ses instants fut consacré à la gloire de Dieu et au service de l'Eglise. Héritier des pieuses traditions de l'école mystique, il sut les faire passer dans la pratique quotidienne des fidèles. Le premier ouvrage de son cœur , plus encore que de sa plume, fut les Visites au saint Sacrement et à la sainte Vierge; délicieux petit volume que tant de saintes âmes ont médité au pied des autels. Une foule d'autres écrits du même genre : Pratique de l'amour de Jésus-Christ; Motifs d'aimer Jésus-Christ; Méditations sur les mystères de l'enfance de Jésus; Chemin de la Croix; Méditations et Pratiques dévotes sur la passion de Jésus-Christ ; sept opuscules : Sur l'état Religieux; Avis sur ta vocation religieuse; Méditations sur le même sujet; Avis aux novices pour les animer à la persévérance; le Selva, ou Forêt, dans lequel il offre aux prêtres comme un arsenal de matériaux pour des méditations , sur la dignité , les vertus *t les devoirs au sacerdoce; Avis nécessaires à toutes les personnes de quelque cojidition que ce soit; Maximes ou Vérités éternelles; Préparation à la mort, rappellent le style, l'onction, la grâce persuasive et touchante de saint François de Sales. Mais l'ouvrage qui a fondé à jamais la gloire de saint Liguori et qui a rendu le plus de services à l'Eglise est sans contredit sa Théologie Morale , publiée en 1753. Elle fut un remède providentiel aux maux incalculables que les dernières hérésies n'ont cessé de produire dan» \e gouvernement des âmes. Jansénius avait rendu l'usage des sacrements impraticable par les dispositions outrées qu'il exige des pénitents , et surtout par l'esprit de dureté qu'il inspire aux confesseurs. Saint Liguori rédigea sa théologie à un point de vue diamétralement opposé. Il rappela la morale de l'Evangile et de l'Eglise à son premier caractère de mansuétude , de douceur et de charité. On a beaucoup parlé de l'opinion du saint évêque sur le probabilisme. En voici en deux mots la substance. De deux sentiments probables sur lesquels l'Eglise n'a pas prononcé, on n'est point obligé de suivre le plus sévère, ni pour soi, ni pour les autres : pour soi &n peut le suivre, mais on n'y est pas obligé; pour les autres, on ae doit ni on ne peut leur en faire une obligation. Ainsi un pasteur, un confesseur , qui , de deux opinions probables et libres,

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