chapitre iv. 1 If
Bologne, les Pères n'avaient tenu qu'une session, où ils déclara rent proroger leurs opérations jusqu'à ce que les dispositions hostiles de Charles-Quint eussent fait place à des sentiments plus favorables. La mort de Paul DI avait facilité une transaction avec l'empereur. Le roi de France, quoique engagé dans une alliance avec Octave Farnèse, révolté contre le Saint-Siège, ne crut pas devoir s'opposer à la reprise du concile. Jules IÏI publia donc, le 14 novembre 1550, une bulle qui convoquait de nouveau, à Trente, le concile pour l'année suivante. Charles-Quint fit recevoir la bulle pontificale à la diète d'Augsbourg, et les protestant! promirent d'envoyer leurs ambassadeurs à Trente. Une tentative des Turcs commandés par Soliman II, sur l'île de Malte, faillit, dans l'intervalle, troubler de nouveau la paix de l'Europe. Mais un heureux stratagème d'un grand officier de l'ordre détourna le danger. Il écrivit de Messine, à l'adresse du gràrid-maître, alors à Rhodes, une lettre par laquelle il lui mandait que l'amiral André Doria, la terreur des infidèles, avait rassemblé une flotte considérable, et qu'il se disposait à mettre à la voile pour aller au secours de Malte. La lettre fut interceptée par les Ottomans; son auteur l'avait prévu. A cette fausse nouvelle, et au seul nom de Doria, les Turcs lèvent le siège, et pour se dédommager, vont prendre Tripoli, que Charles-Quint avait donné aux chevaliers, en les établissant à Malte.
3. Le concile de Trente put donc se réunir à l'époque fixée par le souverain Pontife. Dans la onzième session, présidée par le cardinal Marcel Crescentio, Sébastien Pighino, archevêque de Manfrédonia (Siponte), et Louis Lippoman, évêque de Vérone, nommés par Jules III, les Pères déclarèrent le concile réouvert et légitimement assemblé. François de Tolède, député de l'empereur, les évêques d'Allemagne , et notamment les électeurs de Mayence et de Trêves, étaient arrivés à Trente, où ils avaient été accueillis avec une joie extraordinaire. Le 1er septembre, la douzième session eut lieu pour informer les Pères <pi'on procéderait immédiatement à la discussion du décret sur lé sacrement de l'Eucharistie. Mais comme si des difficultés nouvelles eussent dùt à chaque pas, entraver la marche d'un concile aussi glorieux, de* incidents inattendus faillirent rompre encore toutes les délibéra» *** «A
146 Jules m (1550-1555).
tions. Henri ïï, pour soutenir Octave Farnèse, son allié, avait envoyé des troupes en Italie. Les étendards français flottèrent sur les murs de Parme et de la Mirandole. L'empereur déclara qu'il fallait chasser de l'Italie les Français et leurs partisans. En conséquence, les troupes alliées de l'empire et du Saint-Siège entrèrent immédiatement en campagne; elles ravagèrent le territoire de Parme et mirent le siège devant la Mirandole. Ces hostilités eurent en Europe un long retentissement : c'était toujours la grande querelle entre le roi de France et l'empereur, qui se reproduisait dans les mêmes termes ; mais, cette fois, la coalition qui menaçait Charles-Quint offrait des périls redoutables. En Italie, les Français appuyaient les Farnèse ; en même temps ils paraissaient sur le Rhin, où les protestants d'Allemagne faisaient avec eux un traité d'alliance. — D'un autre côté, Henri II venait d'envoyer à Trente le célèbre Jacques Amyot, alors précepteur des enfants de France, et depuis grand-aumônier du roi et évêque d'Auxerre. La mission du traducteur des œuvres de Plutarque n'était point une mission de paix. Il était chargé de déclarer, au nom de son maître, que l'alliance du Pape et de l'empereur contre la France ne permettrait pas aux évêques de ce royaume de paraître au concile, qui dès lors cessait d'être œcuménique et ne pouvait plus être regardé que comme un concile particulier. Le roi menaçait en outre de rétablir dans ses états la pragmatique sanction , abolie depuis le concordat de Léon X et de François Ier. Il avait déjà, par un édit, défendu d'envoyer à Rome aucune espèce de subsides, parce que, disait-il, a le Pape en embrassant un système » d'hostilités injuste contre le roi de France, empêche Y Église » gallicane y faisant une As plus notables parties de l'Eglise » universelle, d'assister au concile. » Les Pères répondirent à ces griefs que la mission du concile était entièrement étrangère aux querelles qui divisaient les princes chrétiens ; que la neutralité •bservée à Trente suffisait pour garantir la sécurité des évêques français. Le rétablissement de la pragmatique sanction serait une mesure indigne du roi très chrétien. Ses ancêtres l'ont avec juste flûson abolie. En agissant dans le sens contraire,. Henri H donne- Utit une preuve d'hostilité gratuite, qui ferait peu d'honneur à la uité de son caractère. Cette réponse n'eut pas le succès qu'on