CHAPITRE VI
chrétienté. En Angleterre, Jean de Crème, son légat , présidait le concile de Westminster, qui adoptait solennellement tous les décrets portés par le concile œcuménique de Latran, contre les investitures, la simonie, l'incontinence des clercs et la pluralité des bénéfices. La question de prééminence, élevée entre les deux sièges de Cantorbéry et d'York, y fut examinée et renvoyée à la décision définitive du pape Honorius II, qui, pour trancher la difficulté, donna à l'archevêque Guillaume de Cantorbéry les pouvoirs de légat apostolique en Angleterre et en Ecosse. A la demande des rois de Danemarck , de Suède et de Bohême , des délégués du Saint-Siège allèrent, dans ces divers royaumes, travailler à la réforme des abus et au rétablissement de la discipline. En Orient, dans les provinces conquises par les croisés, de nouveaux évêchés se fondaient en union avec la chaire de saint Pierre , et l'Eglise reprenait ainsi possession des lieux où fut son berceau. A Constantinople , l'empereur Alexis Comnène était mort (1118) dans les bras de la princesse Anne, sa fille et son historiographe. «Mon père rendit l'esprit, dit-elle en san- » glotant; mon soleil se coucha, ma lumière s'éteignit. » Alexis Comnène n'a pas toujours été jugé par l'histoire aussi favorablement que par sa fille. Il eut, toutefois, de grandes qualités qui rachetèrent son astuce cauteleuse et sa conduite équivoque à l'égard des croisés. Nous avons vu , à l'occasion du schisme de l'antipape Maurice Bourdin, que l'empereur grec envoya des députés à Pascal II pour l'assurer de sa fidélité. Son successeur, Jean Comnène, entretint avec le Saint-Siège les mêmes relations. Les Grecs avaient trop besoin alors du secours des Latins pour faire revivre les vieilles querelles qui les avaient si longtemps divisés : malheureusement ils ne persévérèrent pa^ toujours dans cette bonne voie. Deux questions politiques pouvaient seules, à cette époque, troubler la paix du monde : la succession de Henri V au trône d'Allemagne et celle de Guillaume, duc de l'Apulie et de l'Italie méridionale, morts tous deux sans enfants. Lothaire II, duc de Saxe, avait été, comme on l'a vu, choisi pour succéder à Henri V. Les légats du Pape avaient assisté à la diète de Mayence, où 60,000 Allemands déférèrent la couronne impériale à ce prince (1125). Cependant Conrad de Franconie et
198 honorius n (1124-1130).
Frédéric de Souabe, neveu de Henri V, par la princesse Agnès, sa sœur , protestèrent contre cette élection et prirent les armes , et Conrad se fit couronner à Milan , par l'archevêque Anselme. Le sang allait de nouveau inonder la malheureuse Allemagne. Dans ces troubles, complètement étrangers à l'histoire de l'Eglise, et qui durèrent jusqu'en 1135, époque de la soumission définitive de Conrad, le pape Honorius II soutint de tout son pouvoir le parti de Lothaire , dont les droits étaient incontestables (1). Il excommunia l'archevêque de Milan, qui avait prêté son ministère au sacre de Conrad. La succession du duché d'Apulie intéressait plus directement le Saint-Siège , qui , d'après les traités conclus avec Robert Guiscard , avait été reconnu suzerain de toutes les provinces conquises en Italie par les Normands. A la mort de Guillaume, dernier titulaire, le plus proche héritier eût été Bohémond , prince de Tarente , petit-fils de Robert Guiscard ; mais il était devenu prince d'Edesse, et ne pouvait venir prendre possession de ses Etats d'Europe. Roger, comte de Sicile, cousin de Guillaume, se présenta donc pour recueillir la succession tombée en déshérence. D'après les lois féodales de l'époque, l'Apulie pouvait être dévolue au Saint-Siège. Les fiefs, à défaut d'héritiers mâles, retournaient toujours au suzerain. La question était complexe; les hostilités commencèrent. Enfin, l'an 1128 un arrangement se conclut : le pape Honorius donna l'investiture de PApulie et de la Calabre à Roger de Sicile, qui lui prêta foi et hommage.
3. Cependant la réputation de saint Bernard commençait à se répandre , et le monde s'habituait à répéter ce nom qui devait présider aux destinées du xne siècle. Pendant vingt-cinq ans on vit cet étonnant spectacle d'un homme qui n'était pas du monde et qui gouvernait le monde , d'un solitaire en relation - vec les Papes et les empereurs, les rois et les reines, les princes et les évêques, les moines et les soldats, les savants et les ignorants, les peuples des villes et les anachorètes du désert, avec l'Orient et l'Occident; dominant tout l'univers par l'attrait de sa parole,
(1) La couronne impériale d'Allemagne étant alors élective, l'électiea sttito donnait la légitimité.