‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 113 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

8. Cependant, le cardinal Matthieu, légat du Pape en France, présidait un concile à Troyes (1128). 11 écrivit à saint Bernard pour le presser de s'y rendre. «Vous me mandez, répondit le » saint abbé de Clairvaux, que des affaires importantes réclament » ma présence a Troyes. Quelles que soient ces affaires, elles ne » sauraient me concerner. En effet, ou elles sont faciles ou elles » sont difficiles. Si elles sont faciles , on les terminera bien sans » moi. Si elles sont difficiles, je ne suis pas capable de les finir,

• à moins qu'on ne s'imagine que je puis ce qui est impossible » au reste des her.:.*es. Si cela est, comment, ô mon Dieul ne » vous êtes- vous jamais trompé que dans le jugement que vous » avez fait de moi? Pourquoi avez-vous mis sous le boisseau la » lumière qu'il fallait placer sur le chandelier? Pourquoi avez- » vous caché sous votre tente, dans ces temps de troubles et de » désordres , un homme nécessaire au monde , dont les évêques » eux-mêmes ne peuvent se passer? » Malgré ces excuses de son humilité , saint Bernard reçut l'ordre formel de se trouver au

concile de Troyes. Ce fut sous son inspiration que cette vénérable assemblée régla les différends de l'Eglise de France, et fit, pour la réforme des mœurs cléricales, un grand nombre de règlements dont les auteurs contemporains vantent l'énergie et la sagesse. Le concile chargea ensuite le saint abbé de Clairvaux de donner une constitution à l'ordre des Templiers. Hugues de Payns, son fondateur, s'était rendu à Troyes dans ce but. La règle que saint Bernard lui remit , avec l'approbation des Pères, se divisait en soixante-douze articles. Diverses modifications y furent apportées depuis la multiplication de l'ordre. Voici les points de cette règle qui paraissent se rattacher davantage à l'institution primitive, a En temps ordinaire, les chevaliers entenv> dront l'office divin tout entier, du jour et de la nuit. Quand le

• service militaire les en empêchera , ils réciteront treize Pater » pour matines, sept pour chacune des petites heures, et neuf » pour vêpres. Ils mangeront gras trois fois la semaine : le di- » manche, le mardi et le jeudi. Les quatre autres jours ils feront » maigre; et le vendredi, ils n'useront ni d'œufs ni de laitage. » A la mort d'un confrère, pendant quarante jours on donnera

• à un pauvre la portion du défunt. Chaque chevalier pourra

206 honomus ii (1124-1130.

» avoir trois chevaux et un écuyer à son service. Ils ne chasse- » ront ni au vol, ni à courre. Ils prêteront serment, le jour do » leur réception,- en ces termes : Je jure de défendre, par mes » paroles et par mes armes, et de maintenir, au péril de ma vie, » tous et chacun, des dogmes de la foi catholique, Je promets » obéissance au grand maître de l'ordre , et soumission aux sta- » tuts de notre bienheureux père Bernard. J'irai combattre outre » mer toutes les fois qu'il y aura nécessité. Je ne fuirai jamais » devant trois infidèles. J'observerai la continence parfaite. Ainsi, » que Dieu me soit en aide et les saints Evangiles de Dieu !» Si les Templiers se fussent toujours montrés fidèles à l'esprit de leur règle et aux termes de leur serment, l'histoire n'aurait jamais eu à enregistrer la catastrophe sanglante qui mit fin à leur ordre.

9. Pendant que les contrées occidentales de l'Europe subissaient ainsi l'influence de saint Bernard, saint Othon, évêque de Bamberg, évangélisait les régions septentrionales de l'Allemagne et convertissait à la foi chrétienne les peuples de la Poméranie. Une première fois, à la suite de la victoire de Boleslas, duc de Pologne, et sur l'invitation du pape Galixte II , le saint évêque de Bamberg leur avait annoncé l'Evangile. Mais, comme tous les autres peuples du Nord , ceux de la Poméranie conservaient un attachement profond aux traditions du culte idolâtrique. Honorius II chargea donc saint Othon d'une seconde mission près d'eux. Les miracles des premiers Apôtres signalèrent son passage : il réveilla la foi dans les cœurs où elle était éteinte ; l'annonça à ceux qui ne l'avaient pas encore reçue; établit un siège épiscopal dans la ville de Vollin; fonda des églises florissantes à Piritz, à Stettin, à Camin; baptisa le duc Vratislas, et mourut enfin (1130), avec le titre ày apôtre de la Poméranie, mérité par tant de travaux. Puissent ces contrées, séparées aujourd'hui de l'unité catholique , retourner à la foi de leurs pères et à la source d'où elle est venue! — En Espagne, Alphonse VI, surnommé le Grand, roideCasiille, avait prolongé son règne et le cours de ses victoires sur les Maures, jusqu'à l'année 1109. Son gendre, Alphonse II le Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre, gagna encore de nombreuses batailles contre les Moravides, nouvelle dynastie venue du Maroc; mais il perdit la der-

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