‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 115 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

désir, et vint à Liège, où un concile réunissait tous les ëvêques de ce pays (1131). A son approche, Lothaire s'avança à pied audevant du souverain Pontife, et voulut tenir lui-même la bride cle son cheval, pour faire voir au monde combien était grand le jière des rois et des peuples chrétiens. Les rois de Castille et .'Aragon envoyèrent aussi leur acte d'adhésion à l'obédience du >ape légitime. «*

12. A son retour à Paris, Innocent II trouva la ville tout entière sous l'impression d'un miracle éclatant, arrivé récemment par l'intercession de sainte Geneviève, et dont il ordonna de célébrer chaque année la mémoire. La terrible maladie, nommée le Feu sacré, désolait alors la capitale de la France (1130). Etienne de Senlis, évêque de Paris, ordonna des jeûnes et des prières pour apaiser la colère de Dieu. Cependant le fléau redoublait d'intensité. Les malades venaient en si grand nombre à la cathédrale, implorer l'intercession de la Mère de Dieu, qu'à peine les chanoines pouvaient-ils y célébrer l'office divin. La désolatiom était générale. Etienne de Senlis se souvint que sainte Geneviève avait souvent délivré la ville de Paris des calamités qui la menaçaient. Il indiqua une procession générale où les reliques de Phumble vierge de Nanterre seraient portées à travers les rues de la cité, jusque dans l'intérieur de la cathédrale. Au jour marqué, la population tout entière se pressait auprès de la châsse de sa patronne. L'affluence était telle, que la procession eut peine à sa frayer un passage dans les flots pressés de la foule. Trois cents malades, atteints de la. contagion, s'étaient fait transporter dans la cathédrale. Au moment où la châsse entrait dans l'église, ils furent tous guéris. Une immense acclamation de joie ébranla les yoùtes de la basilique ; le peuple prosterné faisait éclater, par de chants d'allégresse, son admiration et sa reconnaissance. « Que ï> personne, dit le chroniqueur qui écrivit la relation de ce mi« » racle, ne révoque en doute notre récit ; car nous ne rapporto*$ » point ce que nous avons entendu dire, mais ce ^ue nous avou| » vu de nos yeux et touché de nos mains. » Pour porter à If postérité ta plus reculée le souvenir de ce prodige, et attester à jamais \r reconnaissance du peuple de Paris, on éleva une nouvelle église, qui fut appelée Sainte-Geneviève des Ardents,

210 innocent n (1130-1143).

13. Le JA octobre 1131 , le Pape ouvrit, a Saint- Rémi da Reims , un concile , où treize archevêques et deux cent si »xantetrois évêques de toutes les parties du monde chrétien étaient venus reconnaître solennellement l'autorité du légitime successeur de saint Pierre. Après que l'on eut renouvelé les censures déjà fulminées contre l'antipape Anaclet , Louis-le-Gros se présenta au milieu de l'assemblée , monta sur l'estrade où s'élevaii le trône pontifical , et baisa les pieds du vicaire de lésus-Christ. Ensuite il prit place à ses côtés. C'était peu de temps après la mort funeste du prince Philippe, son iils aîné. Le *œur navré et la voix étouffée par les sanglots , il adressa aux évêques, à ce sujet, quelques paroles où il épanchait l'amertume de sa douleur , et qui arrachèrent des larmes de tous les yeux. Attendri par ces plaintes touchantes, Innocent II se tourna vers le monarque affligé * « Grand roi, lui dit-il, le Seigneur «'prouve ses plus fidèles » serviteurs dans l'adversité. Il en use ainsi dans sa miséricorde, » de peur que l'homme créé à son image n'aime le Jieude soaexil » et n'oublie sa véritable patrie. Il vous a prife un fik , digne de » toute votre tendresse et de tous vos regrets , dans Vâge de l'in- » nocence et des plus aimables vertus , pour le couronner de » o-loire dans la cité des saints : car le royaume des deux est » fait pour ceux qui lui ressemblent (1). Vous avez dû pleurer » cette perte cruelle. David aussi, le modèle des rois, versa des * larmes amères durant la maladie de son enfant bien-aimé. » Mais Dieu , qui vous a enlevé un fils pour le faire régner avec » lui dans le ciel, vous en a laissé d'autres pour régner ici- » bas après vous. Dans cette pensée , prince . vous devez vous » consoler et nom consoler nous-mêmes, pauvres étrangers, » chassés de notre Eglise et bannis de notre patrie. Vous l'avez s> déjà fait : vous nous avez le premier accueillis dans votre » royaume, pour l'amour de Dieu et de son bienheureux apôtre » saint Pierre. Que ie Seigneur vous accorde en retour une éter- » nelle récompense dans cette Jérusalem céleste , où Ton ne con- » naîtra olus les séparations ni les larmes , où règne une joie » sans mélange et sans fin. » Le Pape fixa alors au lendemain la cérémonie Ju couronnement du jeune prince Louis YII le (1) Ttlium est enim regnum cœiorum.

CHAPHRE VI.

Jeune , alors âgé de dix ans , « Ce jour-là , dit un chroniqueur » contemporain , le soleil parut plus radieux qu'à l'ordinaire ; il » sembla que le ciel voulut orner la fête par sa sérénité, consoler » l'amèr* douleur du roi , et justifier toutes les espérances de » la monarchie française. » Revêtu de ses ornements pontificaux , escorté par les officiers de sa cour et pai les prélats du conrile/Ze Pape sortit de l'église Saint-Reini tenant le jeune prince Louis par la main. Il le conduisit au parvis de l'église métropolitaine de Notre-Dame, où Louis-le-Gros, entouré de ses chevaliers et de ses barons , les attendait. La joie de cette fête et la tristesse de ses regrets se disputaient le cœur du roi. Des larmes inondaient son visage. Le Pape présenta le jeune prince à l'autel. On remit au Pontife la sainte ampoule , et il sacra le nouveau roi avec l'huile dont saint Rémi s'était servi pour le baptême de Clovis. Cependant le clergé, les seigneurs et le peuple criaient : « Noël ! Noël ! longue vie à Louis YI ! vive Louis Y II ! » (25 octobre 1131).

14. Le monde catholique reconnaissait Innocent II poui pasteur légitime de l'Eglise. Malgré sa puissance et le crcdit que lui donnaient ses richesses, Anaclet n'avait pu rallier à sa cause que Roger , duc de Sicile , et Guillaume , comte de Poitou et duc d'Aquitaine. Roger n'était que duc , il ambitionnait le titre de roi. L'antipape lui donna sa sœur en mariage, ajouta à ses domaines la principauté de Capoue et la seigneurie de Naples , et lui accorda le titre qui flattait sa vanité. Roger, à ce prix, reconnut Tantipapo. Raymond IV, comte de Rarcelone, donnait en ce moment un spectacle bien différent. Marie à l'héritière de Ranimire, roi d'Aragon , et devenu maître du royaume par la retraite de ce prince , qui embrassa la vie monastique , il se refusa toute sa vie à prendre le titre et la couronne royale . « Je suis né » comte, disait-il, et je ne vaux pas mieux que mes pères. J'aime » mieux être le premier des comtes que d'être à peine le septième » des rois. » Roger de Sicile n'avait pas la même noblesse de sentiment* : il achetait au prix de sa conscience le droit à~ porter une couronne. Guillaume, duc d'Aquitaine, avait été entraîné dans le schisme par Gérard, évêque d' Angoulême , auquel Innocent II s'était vu foreé de retirer k fjÉse è& légat apostolique en

France, dont sa conduite scandaleuse le rendait indigne. Ainsi l'ambition d'une part, la vengeance de l'autre, donnaient à Anadet deux alliés; mais ces adhésions isolées nr pouvaient l'emporter sur l'universalité du monde catholique. L'empereur de >nstantinople, les princes latins de Palestine avaient fait parvenir ii Innocent II les témoignages de leur soumission et de leur fidélité. Le souverain Pontife, fort de ce concert, se résolut à reprendre la route de l'Italie. Le roi d'Allemagne, Lothaire, lui promettait de s'y rendre de son côté avec une armée pour le réintégrer dans Rome et chasser l'antipape. En quittant la France, Innocent voulut visiter le monastère de Clairvaux, dont le saint abbé lui avait rendu tant de services, « Les pauvres de Jésus- » Christ, dit un chroniqueur, reçurent son vicaire avec une ex- » trême affection/ Ils allèrent à sa rencontre, non pas ornés de » pourpre et de soie; ils ne portaient point d'évangiliaires cou- » verts d'or et de pierreries; mais vêtus de leurs habits gros- » siers, ils marchaient processionnellement, les yeux baissés, à » la suite de leur modeste croix de bois, récitant pieusement des » psaumes et des hymnes sacrés. » En apercevant, des hauteurs qui la dominent, la vallée de Clairvaux, le Pape s'écria : Quant pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël! Sa visite fut une fête pour les fervents religieux. « Tous se réjouissaient » dans le Seigneur, dit encore le pieux annaliste; mais la solen- » nité consistait en de grandes vertus, et non en de grands ban- » quets. Le pain, au lieu d'être de pure fleur de froment, était «^ de farine dont le son n'avait pas été séparé. Si par hasard il se » trouvait quelque poisson, on le plaçait devant le seigneur » Pape, pour être vu plutôt que mangé. »

15. Innocent II. arracha saint Bernard à sa solitude bienaimée, pour s'en faire accompagner en Italie. Le voyage du souverain Pontife et de l'illustre abbé ressemblait à une marche triomphale, ^es villes de la Lombardie se précipitaient sur le passage de saint Bernard. Les évêques se disputaient l'honneur de lui céder leur siège. Pise et Gênes étaient depuis longtemps en guerre Tune contre l'autre : l'homme de Dieu paraît, et le? soldats «brisent leurs armes à ses pieds. « Non, jamais je ne » t'oublierai, écrivait, depuis, saint Bernard à la ville de Gènes*

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