‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 123 sur 332 · CHAPITRE TU · texte numérisé non relu

CHAPITRE TU

$ S. Pontificat d'Fngcnc III (27 février 1145-8 juillet 1155).

28. Les circonstances étaient critiques; l'Eglise avait ><\soin d'un chef : deux jours après la mort de Lucius, les can maux lui donnaient pour successeur Bernard de Pise, d'abord moine de Clairvaux, puis abbé de Saint- Anastase, monastère fondé à Rome par l'illustre abbé de Clairvaux. Il prit Je no^i d'Eugène III. Son ordination se fît, le 4 mars, dans le monastère de Farfa, où les troubles de Rome l'avaient obligé de se retirer. Ainsi le pontificat d'Eugène III s'ouvrait en exil. Le nouveaa Pape avait été l'un des disciples bicte-aimés de saint Bernard. Quand la nouvelle de l'élection parvint à Clairvaux, le saint abbé sentit s'émouvoir ses entrailles paternelles. « Qu'avez-voua » fait? écrivait-il aux cardinaux. Vous avez rappelé parmi les » hommes un homme qui était déjà dans le tombeau! Vous avez » replongé parmi les luttes et les dangers du monde, celui qui » fuyait et le monde et ses dangers ! Du dernier, vous avez fart » le premier, et voilà que son dernier état est pire que le pre— » mier. Mais le Dieu qui choisissait David son serviteur, un » berger, pour en faire un roi, vient aussi, par votre bouche, » d'appeler Eugène au gouvernement de son Eglise. Oui, le » doigt de Dieu est là. » La lettre que saint Bernard adressait en même temps au Pape, est un chef-d'œuvre de tendresse et de grâce. « La nouvelle des grandes choses qu'a faites en vous le » Seigneur, a été apportée au fond de nos déserts. J'attendais un » message de votre part; j'attendais à être prévenu par vom » dans les bénédictions de la douceur (1). J'attendais qu'un de » mes fils vînt adoucir la douleur du père et lui dire : Joseph, » votre filsy est encore vivant, et c'est lui qui règne dans toute

* la terre d'Egypte. Je parlerai donc à mon seigneur, car je » n'ose plus l'appeler mon fils, puisque le fils est devenu le père

• et le père est devenu le fils. Oui, c'est moi, si vous daignez ji vous en souvenir, qui vous ai engendré par l'Evangile. Et » quelle est maintenant mon espérance, ma joie, ma couronne » de gloire? N'est-ce pas vous, devant Dieu? Désormais, ceper-

(i) • PraveniMi eum in benedictionibus dulcedinis.» Psalm. 20, f. 4.

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» dant, vous ne serez plus appelé du nom de fils, mais d'un nom » nouveau, que le Seigneur lui-même vous a donné. Et pour- » tant, quoique j'aie perdu le titre de père à votre égard, j'en ai » les frayeurs et les inquiétudes ; j'en conserve les sentiments et » les entrailles. J'envisage votre élévation, et je tremble pour les » dangers. Qui me donnera, avant que je meure, de voir l'Eglise » revenue à la splendeur des jours anciens, quand les Apôtres » jetaient leurs filets, non pour prendre de Toi ou de l'argent, » mais pour prendre des âmes ! Heureux, si je vous entendais » dire à tous les simoniaques, comme celui dont vous remplissez » la chaire : Que votre argent périsse avec vous ! Ce que demande » de vous l'Eglis^ votre mère, ce que désirent tous ses enfants, » c'est que toute plante que n'a point plantée le Père céleste soit » déracinée par vos mains; car vous avez été constitué sur les » nations et les royaumes, pour arracher et détruire, pour édifier » et planter. Maintenez-vous donc, avec vigueur, dans la pos- » session des biens que le Seigneur vous a donnes. Cependant » n'oubliez pas que vous êtes homme, et que Dieu tient entre set » mains les destinées des rois. Combien de Pontifes romains sont * morts en peu de temps sous vos yeux! Leur règne, si court, » vous avertit qu'il en sera de même du vôtre. Vous leur avez b succédé sur le trône, vous les suivrez un jour au tombeau.»

29. Eugène III se montra digne de ce noble langage. Il déploya, pendant le cours de son pontificat, la vigilance et la fermeté que lui recommandait saint Bernard. Le premier acte de son gouvernement fut d'excommunier Jordanus, le patrice révolutionnaire, Arnaud de Brescia et leui» partisans. Le peuple de Rom*' n'avait pas tardé à reconnaître, par une funeste expérience, que le joug de ses prétendus libérateurs était un joug de fer. Il regrettait la main paternelle de ses Pontifo. Une réaction ne tarda pas à se prononcer dans la ville; des députés furent îfaargés d'aller porter aux pieds d'Eugène III, les témoignages èe la soumission et du repentir de son peuple. On abolit le patriciat; Jordanus et Arnaud de Brescia prirent la fuite. Le Pape, dans sa miséricorde, étendit son pardon à tous les coupables, et couvrit le passé de son indulgence. « H advint donc, dit Othon » de Frisingen, auteur contemporain, il advint que; par la mi-

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