CHAPITRE vn
faosiiles par ses courtisans, Henri II reprit bientôt le cours, un instant interrompu , de ses violences et de se^ menaces. € Ne » trouverai-je donc pas , s'écria-t-il , un homme pour me dé- » livrer de ce moine! » Quatre chevaliers, Guillaume de Traey,, Hugues de Morville, Richard le Breton et Renaud, recueillirent cette parole de mort, et, sans autre ordre, partirent pour lai mettre à exécution. Ils arrivent à Cantorbéry au moment ou saint Thomas, revêtu de ses habits pontificaux, entrait dans la cathédrale à l'heure de vêpres. L'épée nue à la main ils se précipitent dans le sanctuaire, en criant : « Où est le traître? » Personne ne répondit. « Où est l'archevêque? » demandèrentils. A ces mots, l'intrépide pontife descendit les degrés du chœur et dit d'une voix ferme : « Me voici; je suis Parchevêque, et ne » suis point un traître. Que me voulez-vous? — Que tu meures! » répondirent les assassins. —Je suis prêt à mourir pour Dieu, » pour la justice et pour la liberté de PEglise. Puisse-t-elle , au » prix de mon sang, recouvrer l'indépendance et la paix ! » Reconnaissant ensuite Pun des quatre chevaliers : € Renaud, lui » dit-il, je vous ai comblé de biens, et vous venez m'assassiner » au pied des autels!... » — c Meurs! » répondit Pingrat. Saint Thomas se mit alors àv^enoux devant Pautel, les mains jointes et levant les yeux au ciel : « Je recommande , dit-il , mon âme à » Dieu, à la sainte Vierge et aux saints patrons de cette Eglise. » Ge furent ses dernières paroles; les meurtriers se jettent sur lui, percent sa poitrine de leurs épées , et Pun d'eux , plus barbare que les autres, lui fend le crâne et répand la cervelle sur le pavé sanglant. La nouvelle de cet horrible attentat plongea PEurope dans la stupeur. Alexandre IIJ versa des larmes amères sur la mort d'un prélat qu'il avait honoré de son amitié. Il défendit de laisser à aucun Anglais Pa^ctes de sa personne. Un jour, on allait prononcer devant lui le nom du roi d'Angleterre : c Arrêtez, » arrêtez! s'écria-t-il , un tel nom ne saurait être prononcé de- § vant un souverain Pontife. » Dans la cérémonie solennelle du jeudi saint, a l'église de Saint-Pierre, il fulmina Pexcommumcation contre les meurtriers de saint Thomas, et contre tous ceux qui leur donneraient asile et protection sur leurs terres. Henri II avait désavoué le meurtre. Il fit supplier le PapB de recevoir sa m. 18
274 ALEXANDRE III (1159-11 Si).
justification. Deux légats passèrent en Angleterre. Le roi ht, entre leurs mains, le serment suivant : « Je n'ai ni pensé, ni su,
> ni commandé la mort de Thomas, archevêque de Cantorbéry. » Quand je l'ai apprise , j'en ai été plus affligé que si j'avais i perdu mou propre fils. Cependant je ne puis m'excuser d'avoir » involontairement provoqué ce meurtre dans un mouvement » irréfléchi de colère. Pour ïa réparation de cette faute , je jure » de prendre la croix pour trois années, et de faire, en personne, » le voyage de Jérusalem. J'annule et casse absolument les coui tûmes illicites que j'ai introduites dans mes Etats, et je défends
> à tous mes sujets de les observer à l'avenir. » Après qu'il eut signé cette protestation , il vint se mettre à genoux à la porte de l'église , et les deux légats prononcèrent sur lui l'absolution au nom du souverain Pontife.
26. Cependant Dieu sembla vouloir punir Henri II dans ce qu'il avait de plus cher. Sa famille se révolta; la reine Eléonore, sa femme, et ses trois fils se liguèrent contre lui; le roi de France et plusieurs autres princes appuyèrent cette rébellion. Frappé de ce coup terrible, Henri II eut recours au Pape. « Je » me jette à vos genoux, disait -il, pour vous demander appui. » Le royaume d'Angleterre dépend de votre juridiction; et, » d'après le droit féodal, je ne relève que de vous. Que l'Angle- » terre éprouve maintenant ce que peut le souverain Pontife , et » puisqu'il n'use point des armes temporelles, qu'il défende le » patrimoine de saint Pierre par le glaive spirituel. » Les leçons du malheur avaient porté leur fruit dans l'âme de ce prince. Le 12 juillet 1174, vêtu d'un habit de pénitent, nu-pieds, il se présenta à la porte de la cathédrale de Cantorbéry , et vint se prosterner, en fondant en larmes, sur la tombe de saint Thomas, sa victime. Il y demeura un pur et une nuit en prières, sans prendre aucune nourriture. Par son ordre , chacun des religieux tenant une discipliir * la main, vint en frapper trois coup sur ses épaules nues. Henri II expiait ainsi le crime de sa vengeance et effaçait, en quelque sorte, par l'éclat du repentir, l'horreur qui s'attachait à son nom.
27. Les dissensions intestines qui avaient déchiré le pontificat d'Alexandre III* avaient causé un* perturbation profonde dans