CHAPITRE VII
années, la ville offrit de capituler : elle promettait de rendre la vraie croix, prise par Saladin dans la dernière guerre, de mettre eu liberté 1,600 prisonniers chrétiens, et de payer, en outre, d*ux cent milte pièces d'or. Un soldat musulman parvint à sortir de 'a vilJe <£ à traverser tout le camp latin, pour porter cette nouvelle au sultan. Saladin versa des larmes de douleur ; il assembla son conseil des émirs pour en délibérer; inais, à ce moment il aperçut l'étendard des croisés flotter sur les tours de Ptolémaïs (13 juillet 1191). Il était trop tard pour songer à la résistance.
43 Après la reddition de la place, Philippe- Auguste abandonna la croisade et reprit le chemin de la France. La hauteur de Richard avait déterminé ce prompt départ D'autres princes partageaient le mécontentement du roi de France ^ontre le monarque anglais. Le duc Léopold d'Autriche fut un de ceux qui lui témoignèrent le plus d'aversion. Il se vengea depuis, bien plus en pirate qu'en prince chrétien. Ces divisions intestines n'arrêtèrent pas l'ardeur de Cœur-de-Lion. Sous son commandement, l'armée victorieuse s'avança jusqu'à Joppé. Dans la forêt d'Arsur, 200,000 Musulmans, Saladin à leur tête, vinrent offrir la bataille aux croisés. Le choc fut terrible; Richard se montrait partout où les chrétiens avaient besoin de secours; partout la fuite des Turcs annonçait sa présence et marquait son passage. « Au- » cun Sarrasin, disent les chroniques contemporaines, ne pou- » vait rester debout devant lui : il ressemblait, dans l'horrible » mêlée, au moissonneur abattant des épis. » A son cri de gmrre : Dieu, secourez le Saint-Sepulcre ! la terreur passait dans les rang ennemis. La bataille d'Arsur coûta à Saladin 8,000 de ses soldats et 32 de ses émirs. Les chrétiens ne perdirent que 1,000 de leurs guerriers. Mais ce fut avec une profonde douleur qu'ils reconnurent, parmi les morts, un de leurs chefs les plus habiles et les plus intrépides, l'illustre Jacques d'Avesnes. Ou le trouva couvert de blessures , au milieu de ses compagnons d'armes tués à ses côtés. Après avoir eu une jambe etunbra* coupés, il n'avait point cessé de combattre. En mourant, il s'écria : « 6 Richard, venge ma mort! » La victoire d'Arsur fut sans résultat. Saladin, désespérant de défendre Joppé, avait détruit cette ville. Toutes les forteresses , tous les châteaux furent démantelés, le»
£92 célestin m (1191-1198).
campagnes abandonnées, et l'armée chrétienne se trouva ainsi t au milieu d'un désert, manquant de vivres, épuisée par les chaleurs du climat et sans cesse harcelée par les Arabes et les Sarrasins, ennemis invisibles, qui frappaient sans relâche et échappaient à toutes les poursuites. Pour comble de malheur, Guy de Lusignan était moW, et des prétendants ambitieux se disputaient, les armes à la main , un héritage nominal et la royauté fictive de Jérusalem. Dans cette position, si pleine de dangers, la conduite de Richard Cœur-de-Lion fut au-dessus même de son h-i^oïque renommée. Surpris un jour par les Musulmans, un corps de troupes allait succomber sous le nombre. Richard apprend cette nouvelle, il n'était escorté que de cinq guerriers. S'arrachant aux bras de ses compagnons qui voulaient le retenir et l'empêcher de courir à une mort certaine , il s'élance sur son cheval et vole au lieu du péril. « Quand tous ces soldats, s'écriait- » il, ont suivi une armée dont je suis le chef, je leur ai promis » de ne jamais les abandonner; s'ils trouvaient la mort sans être » secourus, serais-je encore digne de les commander et de con- » server >e titre de roi? » À ces mots, il fond sur les ennemis, qui tombent sous les coups de sa vaillante épée. Son exemple redouble le courage des soldats chrétiens; les bataillons des Infidèles se dispersent et prennent la fuite. Telle était la terreur que le nom seul de Cœur-de-Lion inspirait à tous les Sarrasins, que si un de leurs chevaux s'effarouchait, ils lui disaient : « Astu donc vu l'ombre du roi Richard? »
44. Cependant, au printemps de l'année 1192, le roi dy Angleterre app^t par des messagers, dans les plaines d'Ascalon, que le lâche Jean Sans-Terre , son frère , profitait de son absence pour le dépouiller de ses États. Le héros annonça donc, dans un tonseil des chefs, que les intérêts de sa couronne le rappelaient en Occident. Il voulut auparavant voir Jérusalem, qu'il n'avait pu conquérir. Il vint sur les hauteurs d'Emmaùs, d'où il contempla les murailles et les tours de la ville sainte. Saladin s'y était enfermé avec 200,000 soldats. A l'aspect de l'auguste cité, le héros se mit a fondre en larmes, et, se couvrant le visage de •on bouclier : « Je ne suis pas digne, s'écria-t-il , de regarder les » murs de Jérusalem , que mes armes n'ont pu déhvrer ! » Ce-