CHAPITRE II
» Apprenez que ce bruit scandaleux plonge dans l'amertume » tous ceux qui ont quelque vertu. » La chose n'en était pas à Rome on on le craignait en France. Le Pape n'avait rien accordé et n'accorda rien aux Grecs, Sa décision fut conforme â la tradition suivie de temps immémorial par le Saint-Siège sur cette matière.
4. Cependant des sectaires, semblables à ceux qu'on avait |)imis à Orléans, avaient su s'introduire dans plusieurs diocèses où la négligence des prélats était devenue pour eux un moyen sur d'y répandre des erreurs pernicieuses. Un de ces évêques, ainsi que nous l'apprend Gérard de Cambrai, s'était contante dt les examiner et de les renvoyer absous , parce qu'ils n'avaient point avoué leurs dogmes impies. « En agissant de la sorte, lui » écrivait Gérard, vc us avez renfermé le loup dans la bergerie, » et mis ces faux docteurs en état de faire beaucoup plus de ma! » qu'auparavant. Il fallait leur faire professer et souscrire les véri- » tés contraires aux impiétés abominables dont ils sont accusés. » On voit par le synode d'Arras (1025), que Gérard, qui en était évêque, ainsi que de Cambrai, fut plus vigilant et plus heureux. Il réussit, par la force de ses raisons, à ramener un grand nombre de ces malheureux à la foi. Dans un discours qu'il prononça en présence de trul son peuple, pour exposer la doctrine catholique et la venger des calomnies qu'on faisait contre elle, Gérard explique avec une précision toute théoiogique la nature et les propriétés du sacrement d'Eucharistie, « Quand le pain et le vin » mêlé d'eau, dit-il, sont consacrée sur ^ autel d'une manière » ineffable, par le signe de la croix, et en vertu des paroles du » Sauveur, ils deviennent le vrai et propre corps, le vrai et » propre sang de Jésus-Christ, quoiqu'ils paraissent autre chose » aux sens; car c 1 ne voit que du pain matériel, et c'est néan— » moins très réellement le corps de Jésus-Christ, ainsi que la » Vérité nous l'assure en termes formels : Ceci est mon corps, etc. » Mai? comment se fait-il que le corps du Sauveur soit pré- » senf en tant d'églises à la fois, qu'on le distribue tous les » jours à tant de personnes, et qu'il reste cependant toujours le » même? Pour répondre à cette objection, je vous demande » comment le Fils de Dieu a pu être tout entier dans le sein de
M jean xx (1024-1033).
» son Père, et tout entier en même temps dans le sein de la Vierge? » Il n'a pas été plus impossible à celui qui est allé à son Père, » ave^ lequel il est toujours, et qui cependant est demeuré avec » ses disciples; il ne lui a pas été, dis-je, plus impossible de con- » server son corps glorieux dans le ciel, et de nous faire part sur » la terre du sacrement de son corps » Ces paroles sont un beau monument de la foi du xie siècle tournant la présence réelle de Jésus-Christ au sacrement de nos autels, même avant que Rérenger eût troublé l'Eglise à ce sujet.
5. Jean XX méditait, depuis son avènement sur la chaire de saint Pierre , une restauration du pouvoir impérial en faveur de Conrad , roi de Germanie , qui se montrait digne par ses vertus et ses talents militaires de succéder à saint Henri II. L'an 1027, Conrad, accompagné de Rodolphe, roi de Bourgogne, vint à Rome. Il fut couronné empereur le jour de Pâques. L'alliance de la papauté et de l'Empire fut de nouveau scellée. Mais on put bientôt se convaincre, par une triste expérience, que cette politique sage et prudente du chef de l'Eglise était loin d'avoir le suffrage populaire en Italie. Il n'est que trop vrai que l'esprit d'opposition semble inné dans les multitudes, et qu'il suffit de prendre une mesure vraiment utile pour la voir exposée aux récriminations des masses. Les fêtes du couronnement de Conrad et de l'impératrice Gisèle, son épouse (1), se terminèrent par une sanglante bataille entre les Romains et les Allemands. Un prétexte insignifiant avait donné lieu à l'explosion subite de ces haines nationales qui trahissaient une antipathie profonde entre les deux peuples.
6. Le sacre de Conrad eut pour témoin un illustre pèlerin qui venait d'arriver à Rome , selon la coutume du temps, avec une panetière sur l'épaule et un bâton à la main. Quelques jours après la cérémonie, cet étranger écrivait une lettre ainsi conçue : c Canut, roi de tout le Danemarck, de l'Angleterre, d^- la Nor-
(1) Gisèle, parente de Conrad, à un degré alors défendu par la discipline ecclésiastique, avait épousé Conrad, avant l'élection de celui-ci au trône de Germanie. Les électeurs, à la diète de Mayencc, avaient voulu exiger de Conrad qu'il renonçât à son épouse. « Je préfère, dit-il, renoncer à la couronne. » On passa juUre. et le mariage du nouveau roi fut régularisé par des dispensas s^-'iales-'