‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 220 sur 332 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

naux, auteurs de la sédition, accompagnés de leurs proches et de leurs amis, les pieds nus, la corde au cou , en habits de deuil, vinrent à Rieti se prosterner aux pieds de Boniface VIII, qui les reçut sur son trône , la tiare en tête , et au milieu de toutes fes magnificences de la Papauté. Il traita les vaincus avec bienveillance; mais il mit des restrictions au traité de paix. Les deux cardinaux restèrent privés de la pourpre; Palestrina, qui avait servi de foyer à la révolte, fut anéantie, et remplacée par une autre ville qui prit le nom de Citta papale. Ces actes de rigoureuse justice furent taxés de trahison par les coupables; les Ce— lonna en appelèrent une seconde fois aux armes ; ils furent de nouveau abattus par Pénergie du souverain Pontife. Leurs palais furent détruits et leurs biens confisqués. Ils s'enfuirent euxmêmes en France , en Sicile et en Allemagne , pour se dérober aux foudres pontificales (1299).

5. L'année suivante inaugurait le xive siècle. Une tradition populaire, dont les titres ne se trouvent écrits nulle part, prétendait, qu'au renouvellement de chaque siècle, des indulgences spéciales étaient accordées aux pèlerins qui visitaient, à Rome, le tombeau des Apôtres. Au 1er janvier de Fan 1300, un concours inouï de fidèles se rendit à l'église de Saint-Pierre pour gagner les indulgences. Afin de régulariser, pour l'avenir, cette pieuse dévotion, Boniface VIII publia la bulle célèbre qui instituait le Jubilé séculaire. « Par l'autorité des saints Apôtres, au nom du » Dieu tout-puissant , et dans la plénitude de notre autorité su- » prôme, disait le Pape , nous accordons à tous les fidèles vrai- » ment pénitents et confessés, qui visiteront la basilique de » Saint- Pierre dans le cours de cette présente année, et à Fait venir dans chaque centième année , la rémission pleine et en- » tière de leurs fautes. » Ce décrei excita, dans toute F Europe chrétienne, un enthousiasme universel. La Sicile, la Sardaigne^ la Corse, la France, FEspagne, l'Angleterre, l'Allemagne et la Hongrie, envoyèrent à Rome des multitudes innombrables de pèlerins; « mais la plus grande merveille, dit le Florentin Vil— » lani, fut que, pendant toute l'année, les 200,000 étrangers qui » se trouvèrent constamment à Rome, furent po; irvus abonacim* » ment de vivres. x> Telle est l'origine du Jubilé séculaire, réduit •

424 boniface vin (1294-1303).

plus tard à cinquante et ensuite à vingt-cinq années. Quel con^ traste la foi et la dévotion universelles des peuples chrétiens à 1| fin du xrne siècle ne forment-elles pas avec l'irréligieuse indifférence du nôtre !

6. Cependant deux graves questions préoccupaient Boni* face VIII et réclamaient toute sa s )llicitude. A la mort de Rodolphe de Habsbourg (1291), son fils Albert, duc d'Autriche, prétendant succéder sans conteste à l'héritage paternel, se revêtit des ornements royaux (1). Mais oe prince s'était déjà fait d<* nombreux ennemis par la violence et la dureté de son caractère. Les électeurs donnèrent donc la préférence au comte Adolphe de Nassau, qui fut proclamé roi des Romains, et couronné à Aix-la-Chapelle (1292). Les exactions du nouvel élu, la rigueur intempestive de son gouvernement , ne tardèrent pas à lui aliéner tous les esprits en Allemagne; et, en 1298, trois des électeurs impériaux , l'archevêque de Mayence , le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg, déclarèrent Adolphe de Nassau déchu du trône, et déférèrent solennellement la couronne à Albert d'Autriche, dont l'élection fut confirmée, l'année suivante, par la diète générale de Francfort. Les deux rivaux en appelèrent au Pape de leurs prétentions respectives ; mais sans attendre la décision, ils en vinrent aux armes. La rencontre eut lieu à Gelhem, près de Spire, et Adolphe de Nassau, attiré dans un piège, fui traîtreusement mis à mort par son rival. Cet événement modifiait gravement la question soumise à Boniface VIII. La hon- • teuse victoire d'Albert d'Autriche, obtenue contre toutes le# règles de la chevalerie , dans un lâche guet-apens , avait souleva eontre lui l'indignation de l'Europe ; Boniface VIII excommunia le meurtrier (1301). Eiïrayé de cette rigueur, Albert songea à faire sa paix avec le Saint-Siège ; il envoya des ambassadeurs à Rome, non pour implorer le jugement du Pape, mais pour se confier en sa miséricorde. Il promit toutes les réparations qu'on pourrait exiger de lui. Les lettres patentes , données à ses dé*

(1) Le droit impérial n'était conféré, suivant la législation du Saint-Empire, qu'après le sacre tait par le Pape ou ses délégués. Rodolphe de Habsbourg n'avail jamais foulu procéder à la cérémonie de son couronnement à Rome : durant toute sa vie , son titre officiel fut celui de roi des Romains.

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