‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 224 sur 332 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des barons. Sommés de s'expliquer comme les deux autres ordres, ils voulurent gagner du temps, et demandèrent un délai pour se concerter. Leur requête fut rejetée. Omdéclara que, si le clergé ne donnait, sur-le-champ, une réponse satisfaisante, on allait le proclamer traître au roi et à l'Etat. C'était le moment, ou jamais, de commencer une opposition héroïque. Les évêques n'en eurent pas le courage; ils se rangèrent à l'avis de la no* blesse et des communes, et, dans une lettre collective adressée au Pape, ils s'excusèrent d'avoir cédé à ia nécessité. Le clergé avait espéré par cet acte de serviie complaisance , que le roi lui permettrait du moins de se rendre au concile indiqué à Rome, par Boniface VIII; mais Philippe-le-Bel rendit immédiatement une ordonnance royale par laquelle il défendait à tous les prélats, sous les peines les plus graves, de sortir de France, sans sa permission expresse. Tel fut le résultat de cette célèbre assemblée. Si c'est dans son sein, comme on l'a écrit, que les Libertés de l'Eglise gallicane ont été défendues pour la première fois , il faut avouer que ceux qui la composaient se faisaient une étrange idée du mot liberté. Jamais la servitude fut-elle consacrée d'une manière plus solennelle?

10. Le Pape releva avec énergie la lâche condescendance de l'Eglise gallicane, qu'il appelle une fille insensée : verba delirantis filiœ. Il menace les évêques français des censures canoniques, s'ils refusent encore d'obéir aux ordres émanés du Saint-Siège, et ne se rendent pas au concile de Rome. Boniface VIII ouvrit ce concile en personne , le 1er novembre 1302. Malgré les défenses réitérées du gouvernement et ses précautions rigoureuses, il s'y trouva quatre archevêques et trente-cinq évêques français, qui aimèrent mieux encourir la disgrâce du prince que manquer à leur devoir. Les conclusions, adoptée? par cette assemblée , furent promulguées dans la bulle célèbre : Unam sanctam , qui parut immédiatement après. En voici la substance : « L'Eglise est une ; elle ne forme qu'un seul corps ; » elle ne doit point avoir plusieurs têtes, mais une seule, qui est » Jésus- Christ et son vicaire apostolique. L'Evangile nous • apprend qu'il y a deux glaives au service de l'Eglise, le glaive » spirituel et le glaive temporel. Le premier doit être employé

432 boniface vin (1294-1303).

» par l'Eglise, le second pour l'Eglise; le premier est entre ie» » mains du prêtre, le second dans celles des rois. Il faut que l'un t> de ces glaives soit soumis à l'autre et que la puissance tempo- *> relie obéisse à la puissance spirituelle. En conséquence, noua *> déclarons , prononçons et définissons que toute créature hu- » maine est soumise au Pontite romain, et cela, de nécessité de » salut. » Cette constitution ne sanctionnait point des prétentions nouvelles ; nous avons vu que cette doctrine avait sa racine dans le droit public. Philippe-le-Bel , qui la repoussait avec tant de force , comme inouïe , aurait dû se souvenir qu'Inno» cent III, dans sa querelle avec Philippe-Auguste, l'avait invoquée, comme le privilège du successeur de saint Pierre. N'est-ce pas, en effet, un article fondamental de la foi catholique, que tout chrétiea est s* umis au vicaire de Jésus-Christ? Et, si les particuliers relèvent de sa juridiction , pourquoi les princes n'en seraient-ils pas eux-mêmes justiciables? Si une telle doctrine était aussi reconnue quelle est logique, elle serait la sauvegarde des nations, bien mieux que les constitutions éphémères, enfantées par les peuples avec de si grandes douleurs, et brisées en un jour par les révolutions. La publication de la bulle Unam sanctam produisit en France une sensation inexprimable; elle y arriva en même temps que la désastreuse nouvelle de la déroute de Courtrai, où la fleur de la noblesse venait de périr sous la lance des Flamands. Le Pape put croire que ce revers rendrait Phi lippe -le-Bel moins arrogant. Il n'en fut rien. Le roi fit arrêter à Troyes l'archidiacre Nicolas Benefrato, porteur des rescrits pontificaux, et une seconde assemblée des Etats généraux, au Louvre (1303), déclara Boniface VIII hérétique, intrus, simoniaque, et le déposa, comme tel, de toutes fonctions ecclésiastiques. Après la lecture de cet arrêt inouï , Philippe-le-Beî se leva et conjura les prélats de se joindre à lui pour la convocation d'un concile général, à l'autorité duquel il en appelait d'avance de tous les actes du Pape déchu. Les commissaires royaux, envoyés dans les diverses provinces, rapportèrent, en quelques mois, plus de sept cents actes d'adhésion à l'arrêt de* Etats généraux. Un tel acquiescement de la France à une raifuite si monstrueuse, serait le problème de l'histoire, si des té*

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