CHAPITRE BU
mettre l'ordre dans les finances. Pour soutenir les charges du gouvernement ecclésiastique, la Papauté avait alors quatre branches de revenus : 1° les offrandes des fidèles ; 2° les tributs des royaumes placés sous la protection spéciale de Saint- Pierre. Ces royaumes étaient au nombre de sept , savoir : la Suède , la Norwège, leDanemarck, la Pologne, le Portugal, F Aragon et l'Angleterre; 3° les droits féodaux qui se prélevaient sur les deux Etats de Nap]es et de Sicile , et sur les îles de Sardaigne et de Corse, en leur qualité de fiefs dépendants du Saint- Siège ; 4° les biens domaniaux. Mais la difficulté de la perception, l'avarice des collecteurs, le mauvais vouloir des princes, tarissaient trop souvent les sources de ces revenus. Pour y supplée* , Clément V et Jean XXII étendirent les droits d'annates, d'expectatives et de dîmes. L'annate est le revenu de la première année d'un bénéfice vacant en faveur de la cour romaine. L'expectative était une assurance que le Pape donnait à un clerc d'obtenir un bénéfice dans une cathédrale désignée quand il viendrait à vaquer. Cette promesse était assujétie à une taxe qui était versée dans le trésor pontifical. Les décimes, ou dîmes, étaient l'impôt du dixième prélevé sur les biens de toute nature. Jean XXII fut le premier Pontife qui ait employé cette contribution aux besoins temporels de la Papauté. Si l'on veut bien se souvenir que les sommes recueillies de cette manière étaient réservées aux plus saintes destinations , au soutien d'une infinité de bonnes œuvres, au maintien de l'ordre général, à l'entretien des ambassadeurs, nonces, légats et autres officiers de la cour pontificale, on ne saurait se scandaliser de ces richesses. Comme pouvoir temporel, la Papauté a les mêmes besoins que tous les autres gouv ornements. L'argent, pour elle, n'est pas un but, mais un moyen. Jean XXII simplifia les rouages de l'administration si complexe des finances, et, à sa mort, laissa le trésor pontifical dans un état florissant.
8. Dans les dernières années de sa vie, Jean XXII, en parlant delà vision intuitive , avait paru incliner vers le sentiment de ceux qui ont cru que les bienheureux ne jouiraient de la vue de Dieu qu'après le jugement général. C'était là une opinion purement spéculative, que le Pape prétendait seulement soutenir par m. »0
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des arguments théologiques , sans rien définir dogmatiquement. Le» Fratricelles , qui l'accusaient déjà d'hérésie sur l'artide de la pauvreté de Jésus— Christ , saisirent avec empressement cette Bouvelle occasion de décrier le Pontife qui }es avait frappés; mais Jean XXII se disculpa lui-même , en disant qu'il n'avait émis qu'une opinion controversable , comme toutes celles qu'on discutait alors dans les écoles : et, pour achever de détruire les calomnies répandues à ce sujet, il fit publiquement, au lit de la mort, une profession de foi très orthodoxe, touchant la vision béatifique.
g 9. Pontificat de Benoit XII (20 décembre 1334-25 avril 1342).
9. Le collège des cardinaux se réunit en conclave à Avignon. Les voix se portèrent d'abord , par l'influence du cardinal Talleyrand de Périgord, sur le cardinal de Comminges. On voulut faire souscrire à ce dernier la promesse, s'il était élu, de maintenir le Saint-Siège en France. Le cardinal de Comminges répondit : « Loin d'acheter une dignité nouvelle à ce prix, je » renoncerais plutôt à celle que j'ai déjà; car je suis convaincu » que la Papauté , ainsi transplantée de son siège , court les plus » grands dangers. » S'étant exclu lui-même, par cette noble résistance, il fut abandonné de tous ses partisans, qui rejetèrent leurs voix, comme pour les perdre à dessein, sur Jacques Fournkr, surnommé le cardinal Blanc (1) , auquel personne ne songeait. Au grand étonnement du conclave, il se trouva avoir réuni les deux tiers des votes; il fut proclamé souverain Pontife et prit le nom de Benoît XII. Fils d'un boulanger de Saverdun , d'abord moine de £îteaux, théologien distingué, son mérite Pavait élevé au cardinalat, et la Providence l'appelait par des voies mystérieuses, au sommet des grandeurs ecclésiastiques. Il se montra digne de son élévation par l'austérité de ses mœurs, la rigidité de ses principes et la fermeté de son caractère. La chair et le rang ne lui avaient point communiqué leur faiblesse. € Un Pape , disait-il , doit ressembler à Meichisédech , qui était
(1) On l'appelait ainsi, parce qu'il avait toujours gardé l'habit blanc de l'ordre des Cisterciens dont il avait été membre.