‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 245 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

on crut toucher enfin au terme de tant de débats ; mais i) n'y avait là de sérieux que le désir de gagner du temps par une résignation hypocrite. Au mois de septembre 1344 , Louis de Bavière convoquait une diète générale de l'empire è Francfort. « Nous sommes prêt, dit le prince aux chevaliers réunis, à dé- » poser la couronne impériale. On ne nous reprochera jamais de » sacrifier le bien public à notre intérêt personnel. Toutefois, si D votre prudence trouvait les conditions du Pape exagérées , D nous ne nous refusons pas à braver , pour la dignité de l'em- » pire, les dangers et les souffrances qui nous attendent. » H remit ensuite aux électeurs, comme émanées du Saint-Siège, les clauses qu'il avait fait lui-même soumettre au jugement pontifical. Il n'y eut qu'une voix dans toute l'assemblée pour protester contre l'ambition et la violence de Clément VI. « Ces articles, » s'écrièrent les barons, seraient la ruine de l'empire ; votre ser- » ment ne saurait vous obliger en cette circonstance : ce serait » un crime que de l'accomplir. » Une ambassade , composée des personnages les plus distingués par leur caractère et leur noblesse , fut chargée de porter à Avignon les conclusions de la diète impériale de Francfort. Clément VI y vit un jeu de la politique fallacieuse de Louis de Bavière. Dès ce jour il n'y eut plus de négociations, et la déposition du monarque fut résolue.

20. Le choix seul d'un candidat à l'empire pouvait embarrasser le souverain Pontife. Clément VI avait d'abord jeté les yenx sur Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et lui en avait iait la proposition; mais, vieux et aveugle, ce prince n'était plus qu'un grand nom inutile. Il le sentit lui-même et offrit à sa place son fils, Charles de Luxembourg, âgé de trente-six ans, et l'un des chevaliers les plus aimables et les plus lettrés de son siècle. Philippe de Valois appuya la nouvelle candidature pour se venger de Louis qui s'était allié avec l'Angleterre. En 1345, Charles de Luxembourg, accompagné de son père, se rendit à Avignon, où il fut accueilli avec une pompe et une magnificence dignes du rôle qu'on lui réservait. Le Pape s'assura de ses dispositions et lui fit signer la promesse, s'il était élu empereure d« respecter les domaines ecclésiastiques en Italie; de confirmer îe Saint-Siège dans tous les droits qui lui avaient été concédés aa-

476 clément vi (1342-1352).

térieurement ; de prêter aide et secours à l'Eglise romaine contre les entreprises de Louis de Bavière ; d'annuler tous les actes d| ce prnv.e et de ne jamais faire revivre les prétentions des Hohem staufen. Charles le jura, et, chose rare alors, il tint sa promesse. Le 13 avril 1346, Clément VI, sûr désormais de ne pas frappe! nn coup inutile, publia une bulle dans laquelle il déclarait Louii de Bavière privé de la dignité impériale, déliait ses sujets du serment de fidélité, et ordonnait aux électeurs d»i l'empire de procéder, sans délais, à l'élection d'un nouvel empereur, les menaçant , en cas de refus , de faire lui-même le choix. En conséquence de ces ordres précis, les électeurs de Trêves, de Cologne, deMayence, de Saxe et de Bohême (1) s'assemblèrent à Reims, et élurent empereur Charles de Luxembourg , qui prit dès lors le nom de Charles IV (20 juillet 1346). Le 10 novembre suivant le Pape confirma cette élection en consistoire public. Autant qu'on peut l'être par la possession d'un titre légal , Charles était empereur ; mais il lui restait à conquérir la réalité du pouvoir qui résidait aux mains de son adversaire. La gravité des événements avait réveillé toute l'activité de Louis. Suivi d'une armée entière il parcourait les villes situées sur le Rhin, s' assurant partout de la fidélité des peuples. Charles IV n'ayant pu entrer ni à Aix-la-Chapelle , ni à Cologne, fut réduit à se faire couronner à Bonn, en présence d'un petit nombre de chevaliers fidèles à sa cause. Les Allemands l'appelaient, par dérision, Y Empereur des prêtres. Dieu se chargea de faire reconnaître lui-même l'élu cU son Pontife. Le lî octobre 1347, au milieu d'une grande chasse, Louis de Bavière tomba frappé d'une apoplexie foudroyante. Cet événement inattendu changea la fortune ; toutes les oppositions se dissipèrent, et l'autorité de Charles IV s'étendit, sans conteste, sur toute l'Allemagne. Ainsi se terminait la longue lutte de l'empire avec le Saint-Siège.

21 Les aiïaires de France et d'Angleterre étaient loin de recevoir une solution aussi pacifique. La iuneste bataille de Crécy

(4) Baudoin de Hutzelbourg, archevêque de Trêves ; Waldemar de Juliers, ai chevêque de Cologne; Gerlach de Nassau, archevêque de Mayence ; Rodolph* duc de Saxe; Jean, roi de I-ohême , père de Charles de Luxembourg.

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