CHAPITRE III
d'hommes, soit en France, soit en Allemagne, reçurent sa réforme. La mort surprit Colette au milieu de ces saintes occupations, et Dieu manifesta la gloire de sa servante paT de nombreux miracles. Comme si tous les saints de ce siècle avaient dû être partagée entre les deux obédiences, celle d'Innocent VII comptait alors dans son sein l'illustre Bernardin de Sienne, qui commençait à fixer les regards de Fltalie par l'éclat de sa vie évangélique. Né en 1380, à Massa, de la puissante famille des Albizeschi, il se distingua de bonne heure par une tendre piété et une dévotion toute spéciale envers la sainte Vierge. Envoyé à Sienne pour y faire ses études, Bernardin se lit admirer de ses maîtres par sa facilité, la beauté de son esprit, ses progrès dans les sciences; mais il acquérait en même temps, par sa vertu, des titres plus précieux à leur estime. La sainteté éclatait dans sa physionomie, dans ses paroles et dans toutes ses actions. Il se donna plus tard la mission de rappeler les Franciscains de l'étroite observance à la première ferveur de leur institution. Son nom fut inscrit au catalogue des saints, et l'Eglise lui a élevé des autels.
g 4. PontiGcat de Grégoire XII (30 décembre 1406-est déposé au concile de Pise le 5 juin 1409 )•
22. L'occasion s'offrait encore une fois, d'elle-même, de restituer à l'Eglise l'unité de cbef. Les deux obédiences étaient fatiguées du schisme ; on s'était promis depuis longtemps de ne pas le perpétuer en donnant des successeurs aux deux prétendants. Le roi de France, en apprenant ia mort d'Innocent VIL s'était hâté d'écrire aux cardinaux romains pour les prier de suspendre toute élection, jusqu'à ce que l'on eût pu prendre, de concert, des mesures définitives. Malheureusement sa lettre n'arriva pas à temps. Les cardinaux romains, réduits à leurs seules ressources, en présence des factions qui avaient si cruellement agité le dernier règne, crurent que Rome ne pouvait se passer de Pape ; et cette conviction, imposant silence aux considérations d'un ordre plus élevé, les détermina a se former en conclave. Avant de s'occuper d'aucune opération électorale, jaloux d'empêcher que la future élection n'apportât quelque
528 Grégoire xii (1406-1409).
obstacle à l'œuvre de la paix, ils résolurent de placer félu dans une obligation telle de résigner la Papauté, qu'il semblerait moins un Pontife qu'un procureur, chargé de déposer ia dignité pontificale (1). Dans ce but, ils firent rédiger, d'une manière Dien plus explicite qu'à l'époque de l'élection d'Innocent VII, un acte par lequel ils promirent tous ensemble, et chacun en particulier, que si l'un d'entre eux était élu, il renoncerait à la dignité pontificale , purement, librement et simplement , dans le cas où son adversaire y renoncerait de son côté, ou viendrait à mourir; après qro^ les deux collèges se réuniraient pour nommer canoniquement un pasteur légitime. Le futur Pape s'engageait en outre, dans l'espace des trois mois qui suivraient son intronisation , à convoquer un concile général pour terminer le schisme , et , de plus , à ne faire aucune promotion nouvelle au cardinalat. Il devait, sitôt l'élection accomplie et avant qu'elle fût publiée , ratifier et approuver , d'une manière authentique , chaque article de cette convention ; enfin renouveler cette ratification et cette approbation dans le premier consistoire public qu'il tiendrait après son couronnement. Cet acte fut juré par les cardinaux, la main sur les Evangiles, après quoi le cardinal Angelo Corrario fut proclamé souverain Pontife, sous le nom de Grégoire XII. La droiture de ses vues, la générosité de son caractère, la vivacité de sa foi, les vertus dont ce vieillard de soixante-dix ans avait toujours donné l'exemple, firent croire aux cardinaux qu'il tiendrait mieux qu'un autre sa promesse. Ses premiers actes confirmèrent en effet les espérances qu'on avait conçues de lui. Le lendemain de sa promotion , il écrivait à Benoît XIII, son compétiteur. « Vous voyez, lui dit-il, dans » quel abîme de honte et de malheurs un schisme de trente ans » a précipité l'Eglise. C'est à vous de songer ce que vous avez à » faire et d'interroger votre conscience. Quant à nous, nous » déclarons ouvertement notre dessein et notre intention for- » melle. Plus nos droits nous paraissent fondés, plus nous avons » cru qu'il serait louable de les sacrifier à la paix et à l'union
(i) « Ut se magis procuratorem ad deponendum Pontificatum , quam Paitifi-* etmfactum existimare posset. * (Spec. hist. Sozom. Pistor. p. 1190.)
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t des chrétiens. Ce n'est plu^ io temps de discuter sur le droit, » c'est celui de le faire fléchir devant l'intérêt public e* les cir- » constances. Nous offrons db céder nos droits légitimes à la » Papauté, si, de votre côté, vous consentez à fahv la même » chose. »
23. Cette lettre produisit en France la plus vive sensation. Des actions de grâces solennelles en furent rendues à Dieu ; on croyait enfin t^acher au port de l'union tant désirée. Benoît XIII ne voulut pi*s céder en générosité au Pontife romain. Dans sa réponse, il déclarait accepter avec empressement les propositions qui lui étaient faites, et assurait que, de son côté, il était prêt pour le bien et le salut des âmes à renoncer purement et simplement à la dignité pontificale. Cette protestation mit le comble à l'allégresse publique. Une conférence entre les deux rivaux fui indiquée à Savone ; Benoît XIII s'y rendit en grande pompe : les vœux de la France l'accompagnaient. Mais l'univerf catholique apprit avec douleur que Grégoire XII, malgré les instances les plus pressantes des cardinaux, refusait d'y paraître. Au mépris du serment solennel qu'il avait prêté avant et après son élection, il fit une promotion de quatre cardinaux, dont deux étaient ses neveux. Cette conduite était une preuve de plus qu'il y a dans les trésors de l'ambition humaine, pour éluder les obligations les plus sacrées, des expédients qui échappent à toutes les prévisions de la sagesse.
24. Après tant de prtuves infructueuses, il n'y avait plus à compter sur la coopération des Pontifes pour arriver à l'extine^ tion du schisme. Cependant il fallait terminer enfin une situation si désastreuse. La discipline affaiblie par tant de luttes, le mépris des censures ecclésiastiques dont on avait si souvent abusé, l'oubli des règles les plus sacrées et des plus saints devoirs, la simonie passée dans les habitudes, le dérèglement des mœurs, l'esprit de licence, de désordre et d'anarchie, funeste résultat du schisme, menaçaient de faire rétrograder l'Eglise mx époques les plus désastreuses de son histoire. Le danger était pressant, la situation sans précédents et sans exemples; à un mal jîouï, il fallait un remède unique. L'esprit de Dieu, qui n'abandonne jamais l'Eglise, inspira alors la seule mesure de salut qui fût
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possible. Cette glorieuse initiative partit de la France. Charles Vli ou plutôt le conseil de régence tyjéi gouvernait sous le nom de ce monarque, décida qu'une neutralité absolue serait désormais observée ^is-à- vis des deux Pontifes rivaux. Le plupart des princes chrétiens suivirent cet exemple. Des négociations furent entamées avec les cardinaux des deux obédiences. On parvint à les détacher de leur Pape respectif. Les deux collèges se mirent *n rapport, et bientôt un concile, auquel ils devaient tous prendre fart, fut indiqué à Pise pour le 25 mars 1409. Grégoire XII se retira à Gaëte, sous la protection de Ladislas, toi de INaples, et Benoît XIII vint porter à Sarragosse, sa patrie, ses espérances ruinées et ses ambitieux projets anéantis.
25. Les ambassadeurs de tous les princes chrétiens, vingtdeux cardinaux, les patriarches titulaires d'Alexandrie , d'Antioche , de Jérusalem et d' Aquilée , cent quatre-vingts archevêques et évêques, trois cent? abbés et autant de docteurs en théologie, se rendirent à Pise pour l'époque fixée. On a discuté, au point de vue théologique, le droit de cette assemblée. A nos yeux ce droit est incontestable. Il est bien vrai, d'après les principes de la jurisprudence canonique, qu'on ne peut, dans les cas ordinaires, tenir des conciles sans l'autorisation du Pontife romain. Mais dans la conjoncture actuelle, aucun des deux prétendants ne pouvait convoquer une assemblée générale, puisque ni l'un ni l'autre n'était reconnu généralement. Dans le doute où l'on se trouvait, par rapport à la légitimité du souverain Pontife, les cardinaux ont pu et ils ont du agir comme si le Saint-Siège eût été vacant. Aucun concile général ne peut s'assembler sans l'autorité du Pape ; mais ici c'était précisément l'autorité du Pape qu'il s'agissait d'établir d'une manière définitive, et de dégager en quelque sorte du nuage. Les deux rivaux avaient prêté serment , lors de leur élection , de concourir à l'œuvre de la paix. Ils avaient tous deux violé leur promesse : Grégoire XII ouvertement. Benoit XIII avec une dissimulation qui allait mieux à la finesse de son caractère , et sous des dehors de bonne foi qui, au fond, ne trompaient plus personne. C'était donc aux cardinaux qui les avaient élus , qui leur avaient fait jurer des conditions formelles , qui les avaient institués comme leurs représen-