CHAPITRE III
•e réunirent sur le cardinal Pierre Philargi, de Candie, qui prit le nom d'Alexandre V. Jamais élection ne fut moins l'œuvre des intrigues politiques-et des influences des cours. Le nouveau Pape n'avait ni famille , ni alliances puissantes. Recueilli tout enfant dans l'île d^ Candie, il n'avait jamais connu de père , de mère , ni de parents. Son mérite et son intelligence lui tinrent xieu de tous les appuis humains. Entré dans l'ordre des frères mineurs , il étudia tour à tour à Bologne, à Oxford et à Paris, et publia, sur le Livre des Sentences de Pierre Lombard , un Commentaire où la profondeur s'unissait à l'élégance, et qui iui acquit, dans le monde théologique, une réputation méritée. Elevé d'abord sur le siège archiépiscopal de Milan , il fut promu au cardinalat par Innocent VIL Lorsqu'il monta les degrés du trône pontifical, il avait soixante-dix ans. L'élection d'Alexandre Y excita im enthousiasme incroyable dans la ville de Pise. La bonté du Pontife était sans bornes comme sa charité. Il avait connu le malheur et il ambitionnait de faire des heureux. Ses largesses eurent bientôt épuisé le trésor pontifical, et il aimait à répéter, avec une spirituelle gaieté : « Je fus jadis un évêque riche, j'ai » été depuis un cardinal pauvre, et maintenant je suis un Pape » mendiant. »
28. Cependant cet avènement, salué par tant d'acclamations joyeuses, ne fit que compliquer le schisme au lieu de l'éteindre. Il y eut, dès lors, trois obédiences ennemies. Grégoire XII, retiré à Gaëte , était toujours reconnu par les Etats napolitains , la Hongrie, la Bavière, la Pologne et les royaumes du Nord. La Castille . l' Aragon , la Navarre , l'Ecosse , les îles de Corse et de Sardaigne, demeuraient fidèles à Benoît XIII. La France, l'An^ gleterre , le Portugal , la haute Italie , se soumirent à Alexandre V. Rome imita bientôt leur exemple , et Avignon , si longtemps le siège des antipapes, rentra elle-même sous l'obédience du Pontife légitime. Les députés du peuple romain vinrent trouver Alexandre Y à Bologne, où il s'était rendu après lt concile de Pise , et lui apportèrent les clefs de la Yille éternelle., en le suppliant de l'honorer bientôt de sa présence. Le Pape les accueillit avec bonté et leur promit de se rendre à leurs vœux. U se proposait en même temps de procurer enfin à l'Eglise le ré-
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tablissement de l'unité. Il indiqua, dans ce dessein, un eonmli général pour l'année 1412. Ses projets d'administration se portaient en outre sur la réforme des abus, la répression de la simonie, la réunion de l'Eglise grecque et latine, que les progrès des Turcs rendaient de plus en plus urgente; et enfin l'extinction de l'hérésie de Wicleff qui, sortie de l'Angleterre, commençait à ravager l'Allemagne. Mais la mort le prévint; il expira à Bologne le 3 mai 1410, en disant aux cardinaux réunis autour de son lit funèbre : « Je vous laisse ma paix, je vous donne » ma paix. »
g 6. Pontificat de Jean XXI 3 B (17 mai 1410, abdique au concile de Constance, revient sur sa renonciation, et est définitivement déposé le 29 mai U15).
29. Il fallait conquérir la paix qu'Alexandre Y, en mourant, aurait voulu léguer à l'Eglise. Dix-sept cardinaux, sur les vingttrois qui composaient le sacré collège, étaient réunis à Bologne. Ils entrèrent en conclave le 15 mai, et trois jours après le cardinal de Saint-Eustache, Balthazar Gossa , était, élu et prenait le nom de Jean XXIII. Le nouveau Pape n'était pas encore prêtre lors de sa promotion. Cette circonstance explique les reproches de vie trop mondaine que les historiens contemporains ont adressés à Balthazar Cossa. Né à Naples, du comte Jean de Troïa, seigneur de Procida, il avait contracté de bonne heure les habitudes d'une existence somptueuse. Destiné à l'Eglise , il avait étudié le droit canonique à l'Université de Bologne. Boniface IX avait découvert en lui une rare aptitude pour les atfaires, une justesse de vues, une hardiesse d'idées, une rapidité d'exécution qui en faisaient un homme précieux. Il le promut au cardinalat et l'employa dans les plus importantes affaires. Chargé de la légation de Bologne , Balthazar y servit habilement les intérêts du Saint-Siège. Cependant, il faut en convenir, il n'usa pas toujours de son ascendant d'une manière désintéressée, et laissa trop souvent percer dans sa conduite un mobile d'ambition personnelle. D'un autre côté sa vie toute séculière était trop semblable, à celle des princes de son temps, et, dans le monde, il avait plutôt la renommée d'un militaire et d'un politique adroit, que la réputation d'un prélat édifiant. Mais quelles qu'aient été