‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 274 sur 332 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

aux délibérations de cette immense assemblée. Les nonces de Grégoire XII et de Benoît XIII y arrivèrent munis des pleins pouvoirs de leurs maîtres. Jean XXIII hésita d'abord sur Je parti qu'il avait à prendre; mais enfin les cardinaux 1s décidèrent à venir présider le concile en personne. Il l'ouvrit, le 5 novembre, avec la pompe éblouissante qu'il aimait à déployer dans les grandes représentations: mais cette cérémonie enivrante, dans laquelle il affectait de faire resplendir les gloires de la Papauté, ne fut qu'un triomphe éphémère. Pour établir l'ordre dans les délibérations d'une assemblée aussi nombreuse, on convint de Ja diviser par nations, à chacune desquelles il ne fut accordé qu'une seule voix. Les nations furent au nombre de quatre ; l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre. On y ajouta depuis celle d'Espagne, quand on eut terminé le procès de Pierre de Lune. Chaque nation conférait à part sur les différentes matières soumises aux délibérations. La majorité des voix constituait le suffrage unique de chacune d'elles. Le résultat de leurs conférences était ensuite communiqué dans des congrégations générales et lu aux sessions du concile. Cette organisation fît disparaître, pour Jean XXIII, l'avantage qu'il aurait pu espérer du nombre prépondérant des prélats italiens. La première question soumise au concile fut celle du mode à adopter pour procurer l'union. DeuY moyens se présentaient: la reconnaissance absolue de Jean XXIII, et la déposition des deux autres Pontifes; ou la cession simultanée des trois prétendants et l'élection définitive d'un Pape universel. Le premier mode fut soutenu tout naturellement par Jean XXIII, et peut-être il eût prévalu, sans la publication d'un mémoire, où la personne du Pontife et sa vie privée étaient l'objet des plus graves inculpations. Sous le coup de ce manifeste accusateur, Jean XXIII perdit à la fois sa considération et 1 énergie qui lui eût été nécessaire pour dominer plus longtemps les esprits. Un décret, lu dans la cinquième session, lui ôta toute espérance. La voie de la cession, pure et simple, fut unanimement adoptée. On présenta à Jean XXIII une formule de renonciation ainsi conçue : « Pour le » repos de tout le peuple chrétien, je déclare, promets, prends » l'engagement, fais vœu à Dieu, à l'Eglise et à ce saint concile,

538 jean xxiii (1410-1415).

» de donner spontanément et librement la paix à l'Église, par » ma cession simple du pontificat, aussitôt que le présent concile » le jugera à propos et quand cette mesure pourra amener le r> rétablissement de l'unité. » Le Pape lut cette formule en silence, et lorsqu'il eut fini : « Mon intention, dit-il, a toujours été » de donner la paix à FEglise ; c'est pour cela que je suis venu à » Constance. J'accepte la formule. » A cette déclaration, l'empepereur, les cardinaux, tous les membres du concile présents t éclatèrent en actions de grâce; les cloches sonnèrent en signe de réjouissance; le Te Deum fut chanté solennellement, et des larmes coulèrent de tous les yeux. Le lendemain, le Pape officia pontificalement. Après la messe, assis sur son siège, devant l'autel, le visage tourné du côté de l'assemblée, il lut à haute voix la formule acceptée la veille. Lorsqu'il fut arrivé à ces mots : « Je promets, je m'engage, je jure, » il quitta son siège et s'a genouillant au pied de Fautel, la main droite posée sur son coeur, il ajouta d'une voix pénétrée : « C'est ainsi que je promets. » A l'instant, il se fit dans l'assemblée une explosion d'actions de grâces. L'empereur se leva, remercia le Pape au nom du concile et en son nom ; puis, tléchissant le genou et déposant sa couronne, il lui baisa les pieds. L'allégresse du clergé et du peuple fut au comble. 33. Si Jean XXIII eût persévéré dan» M,te ligne de conduite, il eût pu perdre la Papauté , mais il se serai; acquis une gloire immortelle et sans tache (1). Malheureusement, J se laissa aller

(1) A propos des difficultés que soulevait, de la part des Pontifes dont nous nous occupons , la renonciation à la Papauté , nous croyons devoir citer les paroles suivantes, remarquables par leur modération et leur sagesse : « Nous ne » croyons pas, dit M. Artaud de Montor, que, pour trouver h cause de cette si » longue résistance, il faille pénétrer dans les replis d'une obstination ordinaire, » de cette,obstination commune qui attache certains hommes à. l'amour des choses » d'ici-bas. Peut-être ne faut-il pas attribuer aux défauts de l'humanité cette té-

• nacité comme hors de nature qui tend à ne pas rendre ce qui a été reconnu » par des cardinaux , par des peuples entiers , par des princes , et à le regarder

• comme une propriété que rien de ce qui a pouvoir parmi nous ne paraît avoir t le droit d'arracher. Abstenons-nous donc de jugements sévères et d'anaihèmef » inutiles at insensés ! Dieu n'a pas fait les hommes assez forts pour qu'ili » puissent renouveler souvent de tels combats. » (Hist. des souverains Pontifes. L m, p. 262.)

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