‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 276 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

abdiqua de nouveau, en leur présencî , et protesta qu'il ne songerait plus jamais au souverain pontificat. Redevenu cardinal avec le titre d^ légat perpétuel dans la Marche d'Ancône, il mourut deux ans après, à Recanati, grand, aux yeux de l'histoire, par la franchise sans retour de son abdication.

35. Benoît XIII n'imita pas son exemple. Il régnait toujours, défendu par l'Ecosse, l' Aragon, la Castille, la Sardaigne, la Corse, et surtout par son indomptable caractère. Enfermé dans la forteresse de Péniscola (royaume de Valence) , il était résolu à vivre et à mourir Pape. Sigismond lui fit demander une entrevue qui eut lieu à Perpignan. L'empereur lui proposa, delà part du concile, de renoncer à toutes ses prétentions, et d'abdiquer, pour le bien de l'Eglise , une dignité qui allait lui être enlevée de force, s'il résistait. L'obstiné vieillard ne répondit que par des faux-fuyants et des subterfuges. Sigismond voulait une résolution définitive; il insista pour l'obtenir. Benoît XIII réunit alors un consistoire solennel et prononça un long discours, qu'il termina par ces mots : t Tai bien combattu, j'ai achevé ma » course , j'ai gardé ma foi ; c'est pourquoi la couronne de jus- » tice m est réservée. Je demeure maintenant seul Pontife. Dans » l'état où sont les choses, ce n'est pas moi qui entretiens ie » schisme, c'est l'assemblée de Constance. Qu'on me reconnaisse > pour Pape, et alors il n'y aura plus de schisme, puisqu'il n'y

• aura plus de concurrents. Mais que l'on n'attende jamais de » moi que j'abandonne le vaisseau de saint Pierre, dont Dieu » m'a confié le gouvernail. » Ces paroles, qui trahissaient des vues d'ambition trop personnelles, détachèrent Ferdinand, roi d'Aragon, de la cause de l'antipape. De retour à Péniscola, Benoît XIII apprit que ce prince venait de se soustraire à son obédience. Vainement saint Vincent Ferrier employa toutes les ressources de son esprit et de son influence , pour fléchir l'opiniâtreté du vieillard, a Saint Père, lui disait-il, il vaut mieux vivre dans la

* pauvreté , que d'entretenir la discorde entre les chrétiens , par » un attachement coupable aux dignités de la terre. > Ces sages conseils furent inutiles. Benoît XIII, s'armant de ses foudres, eomnie si elles pouvaient encore être redoutables, frappa d'anathème le roi d'Aragon et le déclara privé de ses Etats. Cette bulle

542 jean xxiii (1410-1415).

eut un effet tout contraire à celui qu'en attendait l'antipape. Leâ rois de Castille, de Navarre et d'Ecosse abandonnèrent sa cause. En présence de ces faits, qui facilitaient désormais leur tâche , les Pères de Constance, dans leur trente-septième session , prononcèrent la déchéance irrévocable de Benoît XIII. Le chant du Te Deum suivit la lecture de cette sentence , qui renversait enfin le plus puissant boulevard du schisme. La première partie de la mission du concile était terminée.

36. L'intervalle des négociations entamées avec Benoît XIII avait été rempli par le jugement solennel porté contre Jean Hus, Jérôme de Prague et leurs adhérents. Ces deux disciples de Wicleff s'étaient rendus à Constance , pour y soutenir leurs erreurs, qui se réduisaient à quatre chefs principaux : « 1° L'Eglise » est un corps mystique, dont Jésus-Christ est le chef et dont les » justes et les prédestinés sont les seuls membres, à l'exclusion b des pécheurs et des réprouvés. Comme aucun prédestiné ne î saurait périr, aucun des membres de l'Eglise n'en peut être » séparé; l'excommunication n'exclut donc pas du salut éternel. » En outre, le Pape et les évêques ne pouvant faire le discer-

> nement des élus et des réprouvés, l'Eglise n'en subsisterait » pas moins, quand il n'y aurait ni Pape, ni évêques. 2° Tout ce i que fait l'homme vertueux est bon ; tout ce que fait l'homme

> vicieux est mauvais : donc les puissances civiles et ecclésiasti- » ques perdent leur autorité respective par le péché mortel : » dans ce cas, la révolte est un droit. 3° Jésus-Christ a seul la » puissance de lier et de délier; la délégation qu'il en a faite aux i Apôtres et à leurs successeurs, n'a d'autre effet que de décla- » rer que le pardon est accordé ou différé; donc, les péchés sont )> remis par la contrition et non par l'absolution du prêtre. » 4° L'Ecriture est notre unique règle de foi et de conduite; » toute ordonnance ecclésiastique opposée à l'Ecriture ne mérite » ni respect ni obéissance. Ainsi, il est contraire à l'Ecriture de » restreindre , dans une circonscription territoriale , le pouvoir » radicalement accordé à tout prêtre de prêcher l'Evangile. * Ces quatre articles renfermaient en germe tout le Protestantisme. Jean Hus et Jérôme de Prague les soutinrent avec une invincible obstination. Conférences publiques et particulières, exhortations,

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