CHAPITRE VI
l'histoire des siècles écoulés consacrait cette croyance pat l'autorité incontestable des faits.
A. Les docteurs ennemis du Saint-Siège avaient surtout combattu en faveur des évêques ^our rendre leur élection indépen* dante du pouvoir papal, et pour leur assurer une part d'autorité exorbitante. Cependant les évêques eux-mêmes renoncèrent aux privilèges extraordinaires dont les synodes de Bâle et de Constance voulurent les gratifier; ils comprirent parfaitement que rabaissement du Pape amènerait leur propre avilissement et assujettirait leurs domaines aux princes temporels. Ils continuèrent donc de prêter serment de fidélité aux souverains Pontifes et de reconnaître leur juridiction; mais ils ne respectaient plus les lois canoniques, dont l'autorité des Papes aurait pu seule assurer l'exécution, si elle n'eût été elle-même amoindrie par les divisions qui accompagnèrent le schisme d'Occident. Les règlements sur la pluralité des bénéfices furent surtout ouvertement violés ; et quand le cumul prenait des proportions trop voisines du scandale, on vit quelques prélats prendre le soin de réunir plusieurs fonda/ ions en une seule pour échapper aux censures ecclésiastiques. Les chapitres, dominés trop souvent par des vuea intéressées dans le choix des sujets, ou peut-être désireux de conserver et d'agrandir leur influence en ne se recrutant que parmi les classes élevées de la société, avaient la prétention de vouloir n'admettre dans leur sein que des fils de gentilshommes. On conçoit à quels dangers un tel état de choses pouvait exposer l'Eglise ; le ministère épiscopal, conféré la plupart du temps à des membres sortis du sein des chapitres, risquait d'être confié à des sujets ignorants ou indignes. L'esprit de l'Eglise, et c'est un fait digne de fixer l'attention, n'a jamais varié sur ce point. Le ministère ecclésiastique n'est le privilège exclusif d'aucune classe de la société, d'aucune race privilégiée. Dieu y appelle, selon sa volonté souveraine , les petits ou les grands , les noms les plus obscurs selon le monde à côté des noms les plus illustres. Saint Paul, le citoyen romain, entrait dans le collège apostolique à côté des plus humbles pêcheurs de la Judée. L'Esprit- Saint souffle où il lui plaît, et s'il choisit parfois les éléments les plus faibles pour triompher des puissances de la terre, il incline
aussi quelquefois les grands de ce monde sous le joug de l'Evangile, et les revêt de cWtte faiblesse divine plus forte quetouiesles grandeurs terrestres. On ne peut donc qu'applaudir aux décisions prises par les conciles de cette époque , qui voulurent mettre un terme aux prétentions exagérées des chapitres , en réservant le quart des places vacantes parmi eux en faveur des docteurs en théologie choisis au concours dans toutes les classes de la société — Un abus plus considérable encore tendait à s'ériger en droL commun par une prescription déjà longue. La plupart des évoques, sous mille prétextes, se prétendaient exempts de l'oWigation de la résidence dans leurs diocèses. On a peine à comprendre comment ils pouvaient s'appuyer en cela de l'exemple même des Papes qui siégeaient à Avignon. La violence des séditions qu avaient banni momentanément les souverains Pontifes de la vill de Rome, siège de la catholicité, était un fait de notoriété publk que. La turbulence héréditaire des Romains et leurs 'elléités républicaines , renouvelées à chaque époque , ont trop souvent mis les Papes dans la nécessité de transférer ailleurs la chaire de saint Pierre. Il y avait donc une sorte d'outrage à certains prélats de vouloir autoriser leur négligence coupable du devoir de la résidence sur la contrainte que subissaient les souverains Pontifes, et nous ne pouvons voir qu'une insolence gratuite dans la réponse d'un évêque au pape Grégoire XI , qui lui rappelait son devoir à cet égard : « Mais alors , lui dit-il, reprenez » donc vous-même le chemin de Home. » Quoiqu'il en soit, des mesures canoniques aussi justes que sévères furent prises pour mettre un terme à cet abus, et pour faire cesser la viduité de tant d'église* que leurs premiers pasteurs avaient abandonnées. 5. Tant de causes permanentes de désordre avaient, nous devons le dire , influé d'une manière déplorable sur les mœurs du clergé de cette époque. L'intrigue, la simonie, la corruption, la vénalité , tant le fois flétries par les censures canoniques , reparaissaient lu s&^n de l'Eglise. Les prédicateurs, du haut des chaires chrétiennes, flétrisse' 2nt hautement ces scandales; et le recueil de leur* semons atteste pour nous la gravité du désordre et l'étendue du mai. Les fidèles gémissaient de voir le mauvais exemple descendre trop souvent de ceux-là même qui auraient
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dû s'y opposer et en garantir leur troupeau. Comme au temps de *?aint Grégoire VII, la conduite privée des clercs offrait un désolant spectacla. ; l'esprit du monde, la sensualité, l'amour de l'or s'étaient em^rés de leurs cœurs. 11 fallut dan? les synodes et les conciles avoir recours a toute la sévérité des lois ecclésiastiques contre le? clercs scandaleux. Le relâchement en était venu à un tel point que certains docteurs ne rougissaient pas de soutenir, comme on l'avait fait au xie siècle , la thèse du mariage des prêtres : ils pensaient que le meilleur moyen de comhattre le scandale était de le légitimer. Mais la morale outragée trouva des défenseurs aussi éloquents que zélés, au nombre desquels nous sommes fiers de compter le pieux Gerson, chancelier da l'Université de Paris. Le célibat ecclésiastique fut maintenu , let peines les plus rigoureuses furent prononcées contre les prêtres coo dbinaires , et l'ancienne discipline reprit ses droits oubliés. Quand * réfléchit à la perversité humaine, à ses constants efforts pour combattre l'œuvre de Jésus-Christ sur la terre, quand on songe à ces luttes intestines que l'Eglise a rencontrées à toutes les époques, on reconnaît plus visiblement encore le doigt de Dieu qui la soutient , la conduit , la protège , et l'on suit ainsi pas à pas l'accomplissement de la paroîe divine qui lui fut dite le jour de sa fondation; a Et portœ inferi non prœvalebunt adversus eam. »
6. Les ordres religieux subirent eux-mêmes le relâchement général; depuis que les couvents furent devenus riches, les moines négligèrent le travail manuel ; on dégénéra de même sur l'article du jeûne, et des adoucissements furent apportés aux règles primitives, sur la qualité et la quantité de la nourriture. Les conciles particuliers étaient obligés de promulguer des* peines contre ceux qui sortaient de leur retraite pour se mêler à la vie di. monde., et accepter les invitations des séculiers. Le mot de réforme se prononçait donc aussi pour les ordres religieux , comme il se trouvai* prononcé déjà pour le clergé séculier. C'est ici le lieu de d',re tjuxe notre pensée sur ce mot, qui devint, pluntard, dans la bouche de Luther, le signal du bouleversement de l'Eglise, de la ruine de la foi catholique dans un grand wombre de contrées enropéennes, et de l'hérésie triomphanter
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Certes, si Gerson, d'Ailly, saint Vincent Ferrier et les autres docteurs, qui répétaient alors ce mot de réforme, avaient pu voir Fénorme abus qu'en fit le Protestantisme , ils auraient protesté de toutes les forces de leur éloquence et de leur foi outragée C'est qu'en admettant la nécessité de mettre promptement un terme au relâchement et aux désordres qui s'étaient introduits dans ce temps de troubles et d'orages; c'est qu'en prêchant la conversion à tant d'àmes cupides, à tant de cœurs corrompus, ils ne songeaient nullement à réformer les dogmes, la croyance, la foi de l'Eglise, immuables de leur nature, à jamais invariables dans la suite des siècles. Quand ils rappelaient les consciences égarées à la méditation des éternelles vérités de la religion , ils ne prétendaient point réformer ces vérités elles-mêmes; quand ils proposaient aux pécheurs les vertus des saints pour encouragement , leur intercession pour appui , leur persévérance pour modèle, ils ne songeaient point à réformer le culte des saints; quand ils convoquaient toutes les âmes à venir se retremper dans la fréquentation des sacrements, ces canaux divins de la grâce , ds ne voulaient nullement réformer la doctrine de l'Eglise sur la grâce, et encore moins réformer les sacrements euxmêmes. En un mot, ils prêchaient la réforme des mœurs et non celle de la foi, réforme pacifique, réforme complètement en harmonie avec le véritable esprit de l'Eglise, réforme que le concile de Trente termina aux applaudissements du monde catholique, et qui n'eut rien de commun avec la révolution sacrilège dont Luther et Calvin se firent les chefs. Si quelques-uns des anciens ordres religieux étaient déchus de leur austérité primitive, des congrégations s'élevaient à côté d'eux, et consolaient l'Eglise par le spectacle de leur ferveur et de leurs vertus. Les Olivetains, ainsi nommés parce qu'ils s'établirent d'abord dans une solitude couverte d'oliviers, près de la ville de Sienne, réunis sous la direction de Jean Toloméï , leur fondateur, reçurent, en 1319, l'approbation du pape Jean XII. A la même époque, les Jésuates , à Sienne même , sous la conduite de Jean Colombino, Renouvelaient les austérités des solitaires de la Thébaïde. En Es- ^agne, Pierre-Ferdinand Pécha, chancelier de Pierre-le-Crueî, renonçant aux grandeurs et aux dignités du monde, fondai* 'a