‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 60 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Grégoire VII lui envoya, sous le titre de Pape élu 7 une députation pour le supplier de refuser son consentement à l'élection des Roaifflfos. k Si vous approuviez, lui disait-il, le choix fait en ma » personne, je suis obligé de vous prévenir que je ne laisserais » pas impunis les excès notoires qui vous sont reprochés par tous » les honnêtes gens. » Le roi n'avait pas besoin de ces paroles menaçantes pour refuser son approbation : selon lui, l'élection faite sans son concours, était nulle de plein Jroit. D'un autre côté, les évêques allemands qui redoutaient la fermeté d'Hildebrand, conseillaient au roi de refuser son consentement. Cependant, la crainte de soulever toute l'Italie, par cet acte d'hostilité contre un choix légitime et unanimement approuvé de tous les honnêtes gens , le fit sacrifier, en cette circonstance, ses propres inclinations. Il confirma purement et simplement la nomination de Grégoire VII, et envoya l'évêque de Verceil pour assister , en son nom , au couronnement du nouveau Pape (30 juin 1073).

3. Avant de voir saint Grégoire VII à l'oeuvre, jetons un coup d'oeil sur l'état politique du monde catholique, au moment de son avènement au trône pontifical. En Allemagne, nous l'avons dit, un roi jeune,, sans expérience, Henri IV, livré aux courtisans et aux passions , plus mauvaises conseillères encore , se trouve en lutte avec les Saxons, dont ses injustices ont révolté l'orgueil national. Il ne tardera pas à attirer sur sa tête les foudres du Saint-Siège, en voulant maintenir à sa couronne le droit abusif des Investitures. Sur le trône de France règne encore la race de Hugues-le-Grand, dans la personne de Philippe Ier (1060). Du même âge que Henri IV, mais pks sage et mieux dirigé, ce prince travaille à consolider le* u^ûbitioss, à environner la majesté royale de plus d'éclat et à lui concilier plus de respect. Les seigneurs, divisés, ennemis les uns des autres, se rallient autour du trône : l'Eglise est, du reste, là encore, grâce au système d'inféodation, dans la main du pouvoir royal, qui se concentrait de

proprement parler, empereur, mais seulement roi de Germanie et empereur élu (Pùuvoirdu Pape au moyen âge, par M. Gosselin.) Faute d'avoir suffisamment éclairci ce point d'histoire, grand nombre d'écrivains ont injustement apprécié les événements du pontificat de saint Gi'egodre VII relatifs à Henri IV.

plus en plus en France , pendant qu'il tendait à se diviser en Allemagne. L'Espagne, toujours digne de son surnom vie catholique , était, selon son rôle historique depuis l'invasion des Maures, un champ de bataille permanent. Alphonse VI occupait le trône de Castille, d'Aragon et de Navarre; le calife Mahomet II régnait à Séville. L'Angleterre en était à l'organisation de la conquête. Guillaume-le- Bâtard se montrait aussi habile politique qu'heureux guerrier. Le clergé, soumis à l'autorité des Papes, n'était point un instrument politique entre les mains du roi. L'abus des investitures n'y avait pas pénétré comme en France et en Allemagne. Le Danemarck, sous Suénon III, montrait, comme l'Angleterre, un attachement filial au Saint-Siège. En Suéde, la couronne était passée sur la tête d'une nouvelle famille, celle de Stenkilsch. La foi du Christ y était encore aux prises avec la religion païenne ; les rois étaient tantôt pour Tune tantôt pour l'autre. La Norwége était commandée par Olaûs III le Pacifique, qui méritait par ses talents et ses vertus l'affection de ses peuples ; il s'appliquait à faire fleurir l'agriculture , les arts et le commerce, et entretenait avec le clergé d'excellents rapports de bienveillance et de protection. La Pologne prospérait sous le sceptre de Casimir Ier, l'ancien moine de Cluny. La Saxe et la Bohême, sous Boleslas et Vratislas II, se faisaient une guerre acharnée. En général , il n'y avait aucune institution solide chez les peuples slaves ; ils étaient partiellement attaqués et subjugués par les Allemands. Le Christianisme , propagé par le zèle des missionnaires , répandait peu à peu les lumières de la civilisation parmi les tribus. La Russie n'était pas encore sortie du chaos de l'enfantement. La succession au trône , mal réglée, était l'occasion de luttes continuelles et sanglantes. La Hongrie n'était guère plus calme. Son gouvernement était disputé par divers princes; le roi était vassal de l'empereur. Salomon fut proclamé, grâce à l'intervention de Henri IV; mais son règne, agité et court, subit les fortunes diverses de son protecteur. — L'Orient, dévasté par l'Islamisme, offrait le plus triste spectacle. Le sceptre impérial de Constantinople passait, rapidement et sans gloire, d'une main à une autre. De cette instabilité résultaient des désordres effrayants et des guerres interminables.

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