‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 67 sur 332 · CHAPITRE IV. î · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. î

0 II était censé tenir de lui son caractère auguste, et. n'être véri- » tablement empereur que par le sacre. » M. GosseJin (1) fait la remarque que Féneion le premier, parmi les écrivains catholiques, a exposé le sentiment qui explique, par le droit public du moyen âge, la conduite des Papes et des conciles qui déposèrent les princes temporels, « II n'est pas étonnant, dit l'immortel » archevêque de Cambrai , que des nations, profondément atta- » chées à la religion catholique, secouassent le joug d'un prince » excommunié, car elles n'étaient soumises au prince qu'en » vertu de la même loi qui soumettait le prince à la religion » catholique. Or, le prince, excommunié par l'Eglise pour cause » d'hérésie ou de son administration criminelle et impie, n'était » plus ce prince pieux à qui toute la nation s'était commise, et » elle se croyait, en conséquence, déliée du serment de fidélité. » « Il résulte, dit M. Gosselin, de l'examen des faits, que le pou- » voir exercé sur les souverains par les Papes et les conciles du » moyen âge, ne peut être considéré comme une usurpation cri- » minelle de la puissance ecclésiastique sur les droits des souve- » rains. Il est certain, en effet, que les Papes et les conciles qui » ont exercé ce pouvoir, n'ont fait que suivre et appliquer le» » maximes universellement reconnues, non-seulement par le » peuple, mais par les hommes les plus éclairés et les plus ver- » tueux. » Le Saint-Siège devenait ainsi comme le tribunal suprême de la chrétienté, aux décisions duquel on soumettait le* différends des rois et des peuples. Son jugement était regardé comme définitif. En déposant un souverain, les Papes ne faisaient donc qu'user d'un droit qui leur était reconnu par l'opinion publique. En l'excommuniant, ils agissaient en vertu de leur autorités de pasteurs suprêmes du troupeau confié à leurs soins par Jésus-Christ, le chef invisible de l'Eglise. Les rois et les princes catholiques sont, comme tels, soumis au pouvoir des clefs. Les Papes pouvaient donc, d'après le droit public du moyen âge, déposer les souverains dans ies circonstances graves,

(1) Pouvoir du Pape au moyen âge. Ce livre restera comme un ïnucsment de logique claire, de discussion polie, comme une des meilleures réponses aux attaques désordonnées de plusieurs écrivains politiques modernes contre la papauté. M. Artaud de Montor, Histoire 4es souverains Pontifes.

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et délier leurs sujets du serment de fidélité. Ils pouvaient alors, et ils peuvent encore aujourd'hui excommunier, s'il y a h>u, les prince? et les souverains. L'exemple récent de l'excommunication portée contre Napoléon Ier par Pie VII, d'auguste et sainte mémoire, est encore présent à tous les souvenirs. Seulement, il faut ajouter cette différence, qu'au xr siècle, où l'excommunication sortissait tous ses effets (1) parmi les peuples, et mettait le coupable au ban de la société tout entière, elle obtenait un résultat plus immédiat : tandis qu'au xixe siècle, au milieu d'une société moins foncièrement religieuse, pas un des guerriers de l'empereur ne songeait, pour se conformer au décret pontifical, à s'abstenir de communiquer avec lui , et il fallait que la main de Dieu se chargeât seule, par un de ces coups de tonnerre qui ébranlent le monde, de prouver au plus grand capitaine des temps modernes que le génie n'exempte pas de l'obéissance due, par tous les catholiques, à Pierre et à ses successeurs. Il est inutile que nous fassions observer que le droit public actuel de l'Europe n'est plus celui du moyen âge. Les Papes ne déposent plus les souverains , pas plus que les souverains ne songent à reconstituer le système féodal. Les opinions ont changé avec les mœurs. Au lieu de la suprématie pontificale , le principe révolutionnaire de la souveraineté du peuple s'est introduit à la suite des idées protestantes dans l'esprit des masses , et maintenant l'insurrection prétend au droit de faire et de défaire les souverains. Historiquement parlant, le système du moyen âge valait bien le nôtre. 13. Saint Grégoire YII n'avait pas voulu agir avec précipitation, dans une conjoncture aussi grave, a Nous devons, dit-il » aux évêques, avoir la douceur de la colombe, jointe à la pru- » dence du serpent. » Le lendemain, le synode s'assembla de nouveau. Le Pape, dans un discours solennel , rappela tous les

(1) On a compris dans un seul vers latin tous les effets ae l'excommunication :

Os, orare, vale, communio, mensa negatur.

Cest-à-dire : on refuse la conversation , la prière , le salut , la communion , la table. Nous avons cité l'exemple de Robert-le-Pieux, roi à? ^ance, dont les serviteurs brûlaient les vases qui avaient servi à son usage pour ne pas communiquer avec leur maître excommunié.

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