CHAPITRE IV. ill
» ceinte. On introduisit Henri dans la seconde, et les seigneurs » de sa suite furent laissés en dehors de la première. Henri avait » déposé tous les insignes de la royauté, rien n'annonçait son
* rang. Couvert d'habits de pénitent, pieds nus, il attendit trois » jours, jeûnant et priant, la sentence du souverain Pontife (1). » Durant ce temps, le* négociations n'avaient pas discontinué. » La comtesse Mathilde s'était faite son intermédiaire pi'ès de » saint Grégoire VII. Henri IV promit de donner une ample sa-
* tisfaction aux plaintes que ses sujets formaient contre lui, de » se trouver à la diète d'Augsbourg, et de s'y réconcilier avec » les princes allemands , en réparant toutes ses précédentes in- » justices; enfin, il jura de ne jamais rien entreprendre contre » l'honneur et l'indépendance du siège apostolique. Prosterné » aux pieds du Pontife, les bras e.n croix, il répétait en pleurant : » Pardonnez-moi , bienheureux Père, pardonnez-moi dans votre > miséricorde. Saint Grégoire VII le releva, lui donna la béné- » diction et l'absolution apostoliques, eC" célébra la messe en sa » présence et devant tous les seigneurs allemands, qui avaient » été introduits, et s'étaient portés garants des promesses du roi.
* Après la consécration , saint Grégoire VII fit approcher tous » les assistants près de l'autel; puis, élevant la sainte hostie, il » dit au roi : Nous avons été accusé par vous et par ceux de » votre parti d'avoir usurpé le Saint-Siège , de l'avoir acquis par » simonie ; d'avoir , dans le cours de notre vie , commis des cri- » mes, qui, selon les canons, nous rendraient incapable d'exercer » les fonctions sacrées. Il nous serait facile d'invoquer, pour notre
(1) Les écrivains prolestants et antireligieux se sont montrés fort choqués de fe rigueur et de l'arrogance (sic) avec laquelle saint Grégoire traitait Henri IV, kii faisant porter un habit de pénitent et lui imposant un jeûne de trois jours avant de l'absoudre. Il y a. là erreur du fait et ignorance du droit. En fait, c'était Henri IV qui s'était revêtu lui-même des habits de pénitent, et qui s'imposait et Jeûne en venant solliciter l'absolution pour ses crimes et ses attentats. En droit, h discipline de l'Eglise, relative aux pénitences canoniques, emportait ces sortes d'expiations. De plus grands princes que Henri IV s'y étaient soumis • ce que Théod.M* avait fait vis-à-vis de saint Ambroise, le roi de Germanie gavait k faire, ..us déroger, vis-à-vis de saint Grégoire VII. La majesté royale ae s'avilit £mai? en s'humiliant devant Dieu. Théodose, pour s'être agenouillé aux pied* •e saint Ambroise, n'en est pas moins resté, dans l'histoire, ïhéodose-le-Grand.
» justification, le témoignage de ceux qui nous connaissent dès » notre enfance , et des auteurs de notre promotion ; mais nous » ne voulons nous en rapporter qu'au seul jugement de Dieu.
* Que le corps de Jésus-Christ, que je vais prendre, soit donc la » preuve de mon innocence. Je prie le Tout-Puissant de dissiper » ainsi le* soupçons, si je suis innocent; et de me faire mourir » subitement , si je suis coupable. — Il se communia ensuite » avec une moitié de l'hostie , et se retournant vers Henri TV :
* Prince , dit- il , les plus graves accusations pèsent contre vous.
* Si vous êtes innocent, imitez mon exemple, et prenez cette » autre partie de l'hostie , afin que cette preuve ferme la bouche » de tous vos ennemis, et termine à jamais la guerre civile. » Cette proposition imprévue étonna le roi. Il ne se sentit pas le courage de consommer un sacrilège. La punition terrible de Lothaire, dans une circonstance semblable , lui revint peut-être à la pensée. Il demanda au Pape de remettre cette solennelle épreuve au jour fixé pour la diète générale. Ce délai lui fut accordé. Après la messe, le Pape invita Henri à sa table, le traita avec les plus grands égards , et le renvoya trouver le reste de son escorte qui l'attendait hors de l'enceinte de la forteresse (1077).
16. La réconciliation de Henri IV n'avait été qu'apparente. Il sortit des états de la comtesse Mathilde , la rage dans le cœur. Ses dispositions hostiles furent entretenues et ravivées par ses courtisans, et surtout par Guibert de Ravenne, qui poursuivait toujours ses projets d'ambition et de schisme. Cependant saint Grégoire VII avait loyalement fait connaître à tout l'univers catholique le résultat de l'entrevue de Canosse, et déclaré que le roi de Germanie était relevé des censures précédemment portées contre lui. Ces nouvelles avaient rallié autour de Henri IV une foule d'évêques et de seigneurs. Le roi ne vit , dans ce retour de fortuni , qu'une occasion plus favorable d'assouvir sa vengeance. 11 envoya en Lombardie un détachement, chargé de s'emparer de la personne du Pape. Grégoire VII, averti à temps^ put échapper à ce danger. Le gant une fois jeté, Henri, plein d'une ardeur nouvelle et maudissant le passé, se prépara à une lutte acharnée (1077). Mais les seigneurs allemands n'étaient