I. Voir Hist. gin. de l'Eglise, t. III, p. 3a
a. Les actes de ce concile nous ont été conservés. Voir Mahsi, t. XVllI, col. 471.
3. C est la version de Luitprand^ reproduite par Baronius : Qnadam nocte, extra Roniam, dum se cujusdam viri uxore obleciaret, in temporibus a diabolo est percussus (Baro?(iu8, Annales, ad ann.964,n. 17).
4 BowER. Gesch. der Papste, t. VI, p. 3o7 ; DucuEsns, les Premiers Temps de V Etat pontifical, p. 35 1.
Mort
de l'antipape
Léon VIII
(mars gôS).
La
fausse bulle
de Léon VÎII
sur rélection
des papes.
Benoît. Le moine du Mont Soracte vante sa science. Ses connaissances en grammaire lui avaient valu le surnom de. Benoît le Grammairien. C'était, au surplus, un ecclésiastique de bon renom. Les fluctuations que certains historiens ont relevées dans sa conduite, pour lui en faire un reproche, sont susceptibles d'explication. On l'avait vu, dans l'assemblée de 962, se faire le porte-parole des accusateurs de Jean XII ; puis, dans le concile de 968, défendre avec énergie l'autorité de ce même pontife. C'est qu'il pensait sans doute que les crimes d'un pape n'autorisent pas un empereur à le déposer pour y substituer une de ses créatures. Le nouvel élu fut sacré le 22 mai sous le nom de Benoit V. L'empereur mécontent mit le siège devant Rome, qui, réduite par la famine et par la peste, livra Benoît aux vainqueurs. Il fut déposé, privé de l'exercice de ses fonctions sacerdotales, et envoyé en Germanie, sous la garde de l'évêque de Hambourg, qui le traita avec toutes sortes d'égards. Il y mourut peu de temps après, dans les sentiments d'une grande j)iété. Benoît V n'a point de numéro d'ordre dans la liste communément reçue des souverains pontifes ; mais beaucoup d'historiens le regardent comme un pape légitime *, et on ne voit pas la raison de lui refuser ce titre.
L'assemblée d'évêques réunis vers la fin de juin 964 par l'empereur, pour déposer Benoît V, réintégra dans ses fonctions l'antipape Léon VIII, qui survécut peu de temps à sa restauration. Il mourut à Rome en mars 966 ^. On ne cite, du pseudo-pontificat de Léon VIII, qu'un acte important : une bulle insérée par Gratien dans le Corpus juris canonici ^, et accordant à l'empereur d'Allemagne, non seulement le droit de se choisir un successeur au titre de roi d'Italie, mais encore le droit de donner l'investiture au pape et aux évêques. On a longtemps discuté sur l'authenticité de celle bulle. Les études de Floss et de Bernheim ont démontré le caractère apocryphe du document. La base de cet écrit serait une bulle authentique de Léon YIII, excluant le peuple romain de l'élection d'un pape, d'un roi ou d'un patrice. Un faussaire du xi^ siècle, partisan de l'antipape Guibert, aurait transformé le document en
1. RoHRBACHER, Hîst. ujx'w, de VEgl. caih.^ 1. LXI, édit. Guillaume, Paris, i885, t. V, p. /i86 ; H. Hemmer, au mol Benoît V, dans le Die/, de ihéol. de Vacant, t. II, col. 649.
a. Baronius, Annales, ad ann. 964, n. 16 et s. ; Mansi, t. XVIII, col. 477 3. Corpui juris canonici, dist. LXIII, c. 28 ; Jaffé, n. 37o4-37o5 ; Lib. pontij,^ t. I, p. 260, note I ; Hefelb-Leclerq, t. IV, pp. 820-824.
LE PROTECTORAT IMPERIAL
y ajoutant les privilèges exorbilants altiibués à l'empereur. Les chroniqueurs du temps n'incriminent point la conduite privée de l'antipape Léon Vlll ; mais il fut jusqu'à sa mort l'homme lige d'Ollon, et il expira sans avoir renié l'acte sacrilège qui avait fait de lui un révolté ; il mérite la malédiction qui s'attache à ceux qui ont souillé la dignité de leur sacerdoce dans l'ambition ou la
lâcheté.
Le peuple et le clergé de Rome n*osèrent plus, cette fois, procéder à l'élection d'un nouveau pape, sans avoir, conformément à l'acte de 962, prévenu l'empereur. Celui-ci désigna à leur choix un parent de Jean Xll, Jean, évêque de Narni, fils de Théodora la Jeune, neveu par conséquent de la célèbre Marozie. On revenait, avec l'agrément de l'empereur, à la maison de Théophylacte ^. Olton, qui voyait le sentiment national des Romains se révolter de plus en plus contre ses ingérences, espéra sans doute, par cette combinaison politique, satisfaire le plus puissant des partis d'opposition. 11 était trop tard. Jean de Narni fut élu sans difficultés et installé le 1^^ octobre 965 sous le nom de Jean XTIL Mais trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis son installation qu'une révolte, causée, dit-on, par la sévérité du nouveau pape à l'égard de la noblesse romaine, mais dirigée en réalité contre le pouvoir impérial, éclata. Elle avait à sa tête le comte Rodfred, le préfet de la ville, Pierre, et un employé de la maison du pape, nommé Etienne. C'était comme la coalition de tous les partis, mis en mouvement à la fois. Jean XIII, rendu solidaire de la politique d'Olton, fut arrêté, enfermé au château Saint-Ange, puis exilé ; mais bientôt la nouvelle que l'armée impériale marchait, pour la quatrième fois, sur Rome répandit la terreur dans la cité. Jean XIll lui-même, à la tête de troupes importantes, se présenta le i4 novembre 966 devant la ville, qui le reçut sans protester. Le moine du Mont- Soracte, qui avait vu passer la terrible armée, termina mélancoliquement sur ce fait sa chronique, comme s'il y voyait la fin de rindépendance de l'Eglise et de sa nation 2.
Celte épouvante était justifiée. Les représailles de l'empereur furent cruelles. Le préfet de la ville, Pierre, fut suspendu par les cheveux
Election
de Jean Xfll
(1" octobre
Un mouvement
populaire amène l'exil
du pape.
Cruelles
représailles
de l'empereur.
I. Voir la généalogie delà maison de Théophylacte dans Duchesne, Lib. pontif., t. I, p. a53.
a. P L., t. GXXXII, col. 178. Cf. Duchesne les Premiers Temps de l'Elat ponti- Jical. p 384-385.
tlibt. géa. de l'Eglise.
à la fameuse statue équestre de Marc-Aurèle, puis promené par la ville sur un âne, à rebours, la queue de l'animal entre les mains, et coiffé d'une outre en guise de diadème. Il fut enfin exilé. Le comte Rodfred avait été assassiné, et le clerc Etienne avait péri on ne sait comment. Otton fît déterrer leurs cadavres, qu'on jeta à la voirie .
Le meurtrier du comte Rodfred était un certain Jean Crescentius, fils de la fameuse Théodora la Jeune. C'est par ce meurti*e que la famille, des Crescentius, qui devait jouer dans la suite un si triste rôle dans les élections des papes, fit son entrée sur la scène du monde*.
Jean XIII gouverna l'Eglise pendant près de sept ans. La paix
ne fut plus gravement troublée pendant son pontificat. Ce fut un
pape intègre, pieux, actif. Dans un concile tenu après les fêtes de
Pâques de l'année 967, l'empereur le remit en possession de la ville
et du territoire de Ravenne, qui avaient été soustraits depuis
longtemps à l'autorité du Saint-Siège ; et le jour de Noël de la
même année, le fils de l'empereur Otton P*", âgé de treize ans, reçut
Sacre du jeune de Jean XIII la couronne impériale et fut associé au trône paternel ^.
associé ' Cette nouvelle fut transmise aux ducs et préfets de la Saxe en ces
à l'Empire termes : (( Notre fils a été élevé par le seigneur apostolique à la
^35 uécembre
967). dignité impériale ^ ». C'était reconnaître le droit du pape pour le
choix et le couronnement des empereurs.
Œuvre Les plus redoutables compétiteurs d'Otton, Bérenger II et son
de Jean XIII. filsAdelbert, étant morts l'année précédente, une paix relative régnait dans l'Empire comme dans l'Eglise. L'empereur et le pape en profitèrent pour réformer, d'un commun accord, un certain nombre d'abus. Le registre de Jean XIII, composé de trente-trois pièces intégralement conservées, nous présente un intéressant tableau de ces réformes. On voit le pontife ordonner, sous peine d'anatbème, à tous les ducs, marquis, comtes et juges du territoire de Bologne, de cesser leurs injustes vexations contre les clercs * ; expédier en Germanie une sentence d'excommunication contre l'archevêque Ilérold de Salzbourg, qui s'était allié aux Magyars pour piller
1. Sur la généalogie des Crescentii, voir Hefele-Leclerq, t. IV, p. 826-827, et Lib. pontif., t. I, p. 253.