Id., Epist., LX
4. Nous nous sommes borné à résumer les idées d'Yves de Chartres sur les
3 uestions d'une importance majeure au point de vue historique. Une étude plus étaillée le montrerait frayant la voie aux canonistes pour la solution des plus importantes questions du droit privé. Ainsi, à l'encontre d'Hincmar, il enseigne avec fermeté que « le mariage est indissoluble dès que le pacte conjugal est parfait » (Episl., CCXLVI), en d'autres termes il admet que le mariage existe par le contrat consensuel des époux et non par sa consommation. Il émet sur l'étendue des pouvoirs des évêques, des métropolitains, des -prélats et du pape, des idées qui éclaireront la voie des canonistes futurs. Dans tout cet exposé de la doctrine d'Yves de Chartres, nous nous sommes beaucoup inspiré de la savante étude de M. Fournier, ci-dessus mentionnée à plusieurs reprises.
Hi»t. ^én. de l'Eglise. — IV
Apaisement du schisme de Guibert.
Fondation
de l'abbaye
de Fontevrault
par le Bienheureux
Robert
d'Arbrissel
Au moment où le grand évêque écrivait ces lignes, plusieurs symptômes pouvaient faire croire à une prochaine paix. La croisade semblait avoir frappé à mort le schisme de Guibert. Plutôt que de paraître se ranger sous le commandement du pape, les barons schismatiques s'étaient tenus d'abord à l'écart de 'l'entreprise. Plus tard, changeant de tactique, ils avaient essayé d'organiser une expédition à part, sous la direction du frère même de l'antipape, Albert II, comte de Parme *. Mais cette tentative ne leur avait pas ramené les sympathies. Les forteresses qu'ils avaient longtemps occupées à Rome leur avaient été toutes reprises^. Le pape Urbain II y trouvait enfin une tranquillité dont il n'avait pas joui depuis longtemps, mais qui devait être, hélas ! de courte durée, car la grave maladie qui devait •le conduire au tombeau venait de l'atteindre.
Les fondations du monastère de Fontevrault en 1096, parle Bienheureux Robert d'Arbrissel, et de Ctteaux, en 1098, par saint Robert de Molesmes, furent deux de ses dernières joies spirituelles. Né en 10/17, 1® Breton Robert d'Arbrissel avait d'abord été coadjuteur de l'évêque de Rennes, puis avait professé la théologie à Angers. Attiré vers la vie contemplative, il s'était ensuite retiré dans la forêt de Graon, en Anjou, pour y vivre en ermite. Urbain II, qui connaissait l'étendue de sa science et l'ardeur de son zèle, le fit sortir de sa retraite, et l'obligea à prêcher dans les diocèses voisins. Il évangélisa la Normandie, la Bretagne, l'Anjou, la Touraine, dénonçant les vices du siècle avec une hardiesse inouïe, et entraînant sur ses pas des pénitents de l'un et de l'autre sexe. G'était comme une nouvelle croisade de gens qui, ne pouvant prendre part à une expédition en Terre Sainte, lui demandaient de mener une vie pénitente dans leur patrie. Robert les réunit dans un désert sauvage, du nom de Fontevrault, au diocèse de Poitiers. Ils y vécurent d'abord dans des huttes de feuillage, les hommes et les femmes séparés en deux quartiers différents, sous la conduite du saint missionnaire. Les générosités des seigneurs voisins permirent à Robert d'y construire un double monastère, que le pape Pascal II approuva en 1106, et où il fut établi que, pour rendre hommage à la Vierge Marie, les religieux reconnaîtraient la suprématie de l'abbesse des religieuses, considérée comme supérieure générale de l'ordre nouveau. Doux ans après la