CHAPITRE IV
DE l'avènement de PASCAL II A LA MORT DE GALIXTE IT. LE CON- CORDAT DE WORMS. LE PREMIER CONCILE GÉNÉRAL DE LATRAN.
Vue générale Le grand et laborieux pontificat d'Urbain II produisit finalement si^'î". tous ses fruits sous ses trois successeurs immédiats : Pascal H,
* Gélase II et Calixte II. Le concordat de Worms, en 1122, met fin à la querelle des investitures. Dans la Palestine conquise sur les Turcs, des Etats chrétiens s'organisent. Avec saint Bernard et Pierre le Vénérable, la vie monastique et les sciences sacrées refleurissent comme aux plus beaux jours de l'Eglise. Enfin, en ii23, le premier concile général de Latran, neuvième des conciles œcuméniques, consacre toutes ces réformes et tous ces progrès. Mais ces résultats bienfaisants ne se réalisent qu'au milieu de cruelles épreuves. Un empereur perfide et traître au Saint-Siège, l'épiscopat d'un grand pays un moment révolté, la division s'insinuant parmi les conquérants des Lieux Saints, l'hérésie relevant la tête avec Abélard et Pierre de Bruys : tels sont les spectacles qui attristent les pontificats de Pascal II, de Gélase II et de Calixte II. Comme leur divin Maître, les Vicaires de Jésus-Christ n'arrivent au triomphe que par la Passion et la Croix.
Pascal î! Le cardinal Rainier, qui fut élu pape, le 29 juillet 1099, et intro-
(>099-iii8). nisé* sous le nom de Pascal II, était un moine 2, originaire de Tos-
I. Le Liber ponlificalis donne, à propos de Pascal II, une description sooamaire de» cérémonies de l élection et delà consécration pontificales au commencement du x»e Siècle Voir ces cérémonies dans Duchesne, Lib. pont., t. II, p., 3o6, note 4. Cf., du même, Origines du culte chrétien, p. 348.
3. (( On dit ordinairement que Pascal 11 avait été moine à Gluny. En fait, le plus 8n3. en auteur qui nomme sors monastère, Ordéric Vital [Hist. eccles., X, i), s'exprime a nsJ : Ralnerias, Va.iis DriUiorum monachus. (Duchesne, Lib. pontif., t. II, p. 3o6, note 3.)
L'AFFKAPrCHISSEMENr DE l'ÉGMSE 277
cane, que Grégoire YII avait remarqué lors d*un voyage d'affaires 5 Rome S et qu'à son lit de mort Urbain II avait recommandé au choix des électeurs ^. Tout pouvait donc faire espérer qu'il continuerait avec zèle l'œuvre réformatrice commencée. Mais, si on remarquait en lui la pureté des principes de ces deux illustres pontifes, il n'avait pas au même degré cette connaissance des hommes et cette fermeté de caractère qui les avaient distingués l'un et l'autii;. On lui a reproché, parfois avec aigreur, de s'être laissé trop facilement leurrer, dès le début de son pontifical, par les promesses d'Henri V, puis, plus tard, de n'avoir pas résisté assez énergiquement aux violences de l'empereur. Mais il mit fin au schisme d'Angleterre, prépara la solution de la querelle des investitures en Allemagne, rappela fermement à l'observation des lois de l'Eglise le roi de France, encouragea la bitte contre les hérésies, favorisa le développement de la vie religieuse, travailla à la réforme des mœurs, et, jusqu'à sa mort, qui eut lieu le ?i janvier iii8, ne perdit jamais de vue le grand objectif des croisades, dont il encouragea la reprise.
Son successeur, Gélasé II, ne fit que passer sur le trône ce G^îtw lî saint Pierre, qu'il occupa du il\ janvier 1118 au 29 janvier 1119. îi v^^-^"'''9)« s'appelait Jean de Gaète, et avait été moine du Mont-Gassin, puis cardinal-diacre et chancelier pendant quarante ans de l'Eglise romaine. Il était d'un âge avancé. Les violences de l'empereur Henri V, qui soutenait un antipape, l'obligèrent à deux reprises de quitter Rome. En septembre 1118, il quitta même l'Italie, et se rendit en France, où il eut une entrevue avec Louis le Gros, et où le peuple « l'accueillit comme s'il avait vu saint Pierre en personne ». Il mourut le 29 janvier 1119, dans l'abbaye de Cluny, où il fut inhumé. Gélase, par sa fuite opportune, n'avait pas seulement mis la papauté hors des atteintes de l'empereur allemand ; il lui avait appris à chercher désormais son appui sur la France.
Guy de Bourgogne, qui succéda à Gélase II, le 2 février 11 19, sous le nom de Galixti II, eut la consolation et la gloire de sceller Galixte II l'œuvre de paix et l'œuvre de réforme par le concordat de Worms (^"d-"**;» et par le premier concile de Latran. Il avait des liens de parenté avec les rois d'Angleterre, de Germanie et de France. Il sut échapper aux pièges que lui tendit Henri V, intervint avec succès dans les cooflits