‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 229 sur 336 · I. Vi(a MoJochisp, cap. xvi, n · texte numérisé non relu

I. Vi(a MoJochisp, cap. xvi, n

a. Vacatidard, Snint 'Malachie, dans la Rcv. des quest. hist. de juillet 1892, t. LU, p. 1-57, — Saint Malachie paraît avoir clé dciié du don de prophétie. C'est fans dcufc à cause de son renom de prophète, cju'uu inconnu lui a altrihué, à la fin du ivi* siècle, une prophétie sur la succession des papes. Cette prétendue prophétie de Malachie, puhliée pour la première fois en lôgô, « fut composée en 1690 pour soutenir la candidature du cardinal Simoncelli, qui prétendait à la tiare. Il est remarquable, en effet, que, jusqu'à GrégoireXlV, les devises s'appliquent assez bien soit aux armes, soit au lieu de naissance, scit au genre de vie de ses prédécesseurs, La devise du successeur d'Urbain VII devait être la suivante : De aniiqniiale urbis. Dans l'esprit du faussaire, elle convenait parfaitement au cardinal Simoncelli, riatif dOrvicto (a-ts iffas\ Mais 1 élection du cardinal Sfondrate, originaire de Milan, qui prit le nom de Grégoire XIV, fit de la prophétie un logogriphe inexpli-

l'organisation de la chrétienté 387

A la même époque. Suger, abbé de Saint-Denis, était la gloire de Suger

^ , .^ . ° , , .10 11080 ?-ii5i),

la France. « Les historiens ne concordent ni sur la patrie de buger .

ni sur la date précise de sa naissance, que les uns placent en l'an 1 080 et que les autres reculent jusqu'en io83 , mais tous s'accordent pour reconnaître qu'il sortait du peuple et qu'il était né dans la pauvreté^. )) Probablement de condition servile, il fut offert, dès sou enfance, comme oblat, à l'abbaye de Saint-Denis. Il y fut élevé avec le fils aîné du roi Philippe l". L'arrière-petit-fils d'Hugues Capet et le descendant des serfs grandirent à côté l'un de l'autre, suivirent ■ les mêmes leçons, échangeant, au milieu des bouleversements politiques et rehgieux dont le bruit venait jusqu'au monastère, leurs préoccupations et leurs idées ; et il faut croire que celles qui venaient du pauvre écolier parurent sages au jeune prince, car, devenu roi sous le nom de Louis VI, il lui confia plusieurs fois des missions délicates. Suger était moine alcrs Vers 11 22, il fut mêmechcisi par ses frères en religion pour diriger en qualité d abbé, le mcnaslère de Saint-Denis. Mais Saint-Denis, à celle époque, était moins, suivant la juste remarque d'un historien, un établissement monastique qu'une institution de la monarchie^. Suger se livre tout entier à la politique, et la discipline du monastère, déjà très compromise par son prédécesseur, est le moindre de ses soucis. « L'antique « moûlier » ressemble plus que jamais à une cour princière, non seulement par le

oable. )) (Vacaîsdaru, dans la Rei. des çuesl. hisi. de juillet 1893, t. LU, p. 5i.} — Voici les principaux arguments qu'en peut faire valoir centre Taulhenticité de cette prétendue prophétie : 10 Aucun auteur n'en parle avant la fin du xvie siècle , saint Bernard, dans sa Vita Maiachiae, écrite alors que la prophétie aurait eu son accomplissement partiel par les élections de Célestin II de Lucius II et d'Eugène III, n'y fait pas la moindre allusion. — 3» Comment attribuer uneorigine surnaturelle à une prophétie, qui place sur le même rang les papes et les antipapes, et qui, malgré la sentence du Sauveur^ fixe, à quelques dizaines d'années près, la date de la fin du monde ? — 3o Des erreurs mar.ifestes ont été relevées dans la prétendue propbclic. Voir le P. Mt.NKTniEH, S. J., Réfulalion des prophclies faussement attribuées à saint Malachiey Paris, 1689. — 4* L'bvpolbèse de la composition du document en 1690, à l'occasion de la candidature de Simcncelli à la tiare, explique toutes les difficultés. — Voici, à litre de curiosité, les qualifications des papes depuis le début du xixe siècle : Percgrinus «postolicus (Pie VI ?), Aquila rapax l'Pie Ml ?), Canis et coluber (Léon XII?). Vir religwsus {Pie VIII ?), Debaîncis Ê/rurj« (Grégoire XVI ?), Crux de cruce (Pie IX ?)^ Lumen in cœlo (Léon XIII ?;, 7</nis ardens (Pie Xi*), Beligio depopiilata (Benoît XV ?), Fit/es intrepida, Pastor angelicus, Pastor et nauta, Flos Jhrum, De medieiate lunae, De labore soUs, De gloria olivx. — La prophétie se termine ainsi : In persecutione extrema sacrœ romanse Ecclesise, sedebit Petrus Romanus, qui pascet oves in mullis tribulalionibus . Quibus transactis, civitas septicoUis diruetur, et Judex tremendiis judicabit populum.

1. A. DE Cabné, /e5 Fondateurs de l'unité française, a vol. in-8". Paris, 1806, t. I, p. 76.

Son œuvre réformatrice,

Son action politique.

Son œuvre ktléraîre.

d'Ëu^èn» m

(8 juilltl

ii53).

train somptueux qu'on y mène, mais encore par la ilature des affaires qui y sont traitées V » La lecture de VApologia de I &kbé de Clairvaux ouvre les yeux de Suger. Il rompt avec ses habitudes frivoles, s'assujettit aux rigueurs de la discipline monastique, et, en quelques années, rétablit dans sa maison l'austérité delà règle bénédictine. « 0 l'heureuse nouvelle ! lui écrit Bernard La maison de Dieu n'est plus ouverte aux gens du monde. Les seuls enfants du Christ remplissent désormais le lieu saint ^. » L'abbé de Saint-Denis n'abandonne pas, d'ailleurs, le soin des affaires publiques. Sous Louis Vil, comme sous Louis VI, il sera le principal conseiller de la royauté. Pendant la seconde croisade 11 aura la régence du royaume. La basilique de Saint-Denis reconstruite par lui, restera le monument de sa piété ; et l'émancipation collective d'une localité tout entière, dont il donnera un des plus anciens exemples, sera le témoignage de sa bonté pour les humbîes. 11 écrira la biographie des deux rois qu'il a servis, et ses récits révéleront une telle conscience d historien, qu'on pourra dire d'eux que u le xii® siècle n'en a pas produit de plus autorisés ni plus intéressants 3. » Louis Vil lui décernera le surnom de a Père de la patrie », et saint Bernard écrira de lui au pape Eugène III : « S'il y a, dans notre Eglise de France, un vase d honneur, et, dans la cour du prince, un serviteur fidèle comme David, c'est, à mon jugement, l'abbé de Saint-Denis *. » L'histoire, à son tour, dira que Suger, « en inspirant Louis le Gros dans sa mission de haute justice, et en fondant, sous Louis le Jeune, l'étroite alliance de la royauté et de l'Eglise, a sauvé la France, qu'il a pressenti de loin la pensée de saint Louis, et préparé son grand règne ^ ».

Quand, le i3 janvier ïi5i, Tabbé de Saint-Denis fut rappelé à Dieu, Bernard se sentait déjà atteint par la maladie qui l'emporta deux ans plus tard. Quant au pape Eugène 111, il précéda d'un mois son ancien maître dans la tombe : il mourut le 8 juillet ii53, à Tivoli. L'autorité du Saint-Siège affermie, l'enthousiame des croisades ravivé, la vie monastique et cléricale ramenée à son véritable esprit, le schisme et l'hérésie énergiquement réprimés, les sciences

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