CHAPITRE PREMIER
DE l'avènement de SAINT LEON IX A LA MORT DALEXANDRE II. L*AGTION DU MOINE HILDEBRA.ND.
En deux ans, cinq papes s'étaient succédé sur le trône apostolique au milieu de circonstances tragiques : Benoît IX, Sylvestre III et Grégoire VI avaient été déposés ; Clément II et Damase II étaient morts d'une manière mystérieuse. La tranquillité de l'Empire était aussi intéressée que celle de l'Eglise au choix d'un pape qui donnât de sérieuses garanties de stabilité. L'empereur Henri III convoqua à Assemblée Worms, pour lejour de Noël de lO/iS, une nombreuse assemblée.
(io48). Nous savons que le moine Hildebrand, soit qu'il y eût été personnellement invité, soit qu'il s'y fût rendu de sa propre initiative en vue de mieux servir les intérêts de l'Eglise, y fut présent. Dès le début de la réunion, tous les regards se portèrent vers l'évêque de Toul, Brunon, comme vers le plus digne d'occuper le siège vacant.
Brunon Brunon, fils du comte Hugues d'Egisheim et d'Heilwige, fille
d'Egrisheira, . , . i t\ 1 , ' i 1 • 1 1»
évêque de unique du comte de Dagsbourg, était le proche cousin de 1 empereur, Toul. et son dévouement au Siège apostolique était connu de tous. De race
allemande par son père, et de race gallo-romaine par sa mère, il semblait destiné à apaiser ces conflits de nationalité qui n'avaient pas peu contribué à troubler l'Eglise et l'Empire sous les régimes précédents. Né le 21 juin 1002, dans le pays «de la douce Alsace », suivant l'expression de son biographe *, il était dans la maturité de l'âge et capable de mener à bien la redoutable entreprise dont on le sollicitait de se charger. Un séjour de deux ans à la cour impériale, en qualité de chapelain de l'empereur Conrad II, l'avait initié aux affaires publiques. La part qu'il avait prise, en 1026, à une expédi-
I. In dulcis Elsatiœ finibus, dit Wibert, Vita S. Leonis, l. 1, ci; P. L., t. GXLIII, col. 457.
l'affranchissement de l'église
tion contre les Milanais révoltés, avait révélé son courage, son esprit de prudence et de décision. Le gouvernement du diocèse de Toul, pendant plus de vingt ans, dans « cet artificiel royaume de Lorraine, dont la région orientale ressortissait au Saint-Empire, tandis que celle de Touest gravitait dans l'orbite française * », avait montré en Brunon l'administrateur énergique et sage, l'é^vêque austère et pieux, détaché des intérêts périssables, tout entier dévoué à ceux de Dieu et de son Eglise 2.
A la proposition qui lui fut faite, Brunon répondit : « Je vais à Rome ; et là, si le clergé et le peuple me choisissent spontanément pour leur pontife, je m'inclinerai devant votre désir. Dans le cas contraire, je ne reconnais aucune élection ^. » Dans toute autre circonstance et de la part d'un autre que son proche parent, Henri III aurait peut être manifesté son mécontentement d'une pareille réponse. Mais le choix de Brunon s'imposait. La voix unanime de l'assemblée l'acclamait *. Brunon, s'étant revêtu d'un simple manteau de pèlerin ^, se mit en marche vers la Ville éternelle. Il y arriva, après un mois de pénible voyage, vers la fin du mois de janvier 1049. ^^ ^*y connaissait déjà par les nombreux pèlerinages qu'il avait faits aux tombeaux des saints Apôtres durant son épiscopat 6.
Aussi quand le 2 février, jour de la Purification, le métropolitain de Trêves, Eberhard, le présenta, au nom de l'empereur, à l'immense assemblée réunie dans la basilique de Saint-Pierre, une acclamation unanime lui répondit. Dix jours après, le 12 février, qui était le premier dimanche de carême, Brunon fut solennellement intronisé et déclara prendre le nom de Léon IX.
Le nouveau pape avait-il emmené à Rome avec lui le moine Hildebrand ? Le fait est probable '^. Il est du moins certain que celui qui devait être son meilleur conseiller se trouva dans la Ville éternelle
On lui proposa
le souverain
pontificat.
Il est élu
à Rome et
prend le nom
de Léon IX
(12 février
Il fait d'Hildebrand son conseiller.
1. E. Martin, Histoire des diocèses de Toul^ de Nancy et de Saint-Dié^ Nancy, 1900- 1902, 3 vol. in-8".