‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 118 sur 284 · M G H., tpiat , I · texte numérisé non relu

M G H., tpiat , I

sembla toutes ses forces. Il écrivit pour Lull, son chorévêque, ses dernières instructions, que le moine Willibald nous a conservées ' ; puis il s'embarqua sur le Rhin, accompagné d'une cin- g^jj martjri quantaine de prêtres, de clercs, de moines, et de quelques serviteurs armés. La flottille arriva au milieu de ces plaines marécageuses qui, quatre siècles plus tard, devaient être en partie englouties et former le golfe du Zujderzée. Les petites barques naviguaient sur les canaux elles cours d'eau qui sillonnaient le pays, et les missionnaires évangélisaient en passant les habitants à peu près incultes de ces contrées. Aux premiers jours de juin 755, la flotlille mouilla dans le voisinage de Dokkum, où Boniface avait donné rendez vous aux nouveaux baptisés de la région pour leur administrer le sacrement de la confirmation*. Mais le jour fixé, aux premières lueurs de l'aube, au moment où l'apôtre s'apprêtait h célébrer le saint sacrifice, voici qu'au lieu des néophytes attendus une armée de païens surgit tout k coup, proférant des cris de mort. Les quelques serviteurs ^ui escortaient la mission se précipitèrent sur leurs armes. Boniface les arrêta. Puis, se tournant vers ses compagnons t « Courage, leur dit-il, tous ces fers ne peuvent rien sur les iLmes. » Gomme il parlait, les païens fondirent sur les missionnaires «t les massacrèrent. Un historien oculaire raconte qu'au moment de recevoir le coup mortel, Boniface éleva au-dessus de sa tête un livre qu'il tenait à la main. La hache du barbare fendit du même coup le livre et la tête du martyr.

Ainsi mourut l'apôtre de la Germanie. Son désir s'était en partie réaksé. Il «'avait pas vu la conversion de la Saxe; c'est sous la dure épét de Gharlemagne que cette œuvre s'achèvera ; mais, sur cette terre saxonne, que de terribles exécutions allaient bientôt ensanglanter, il lui avait été donné de verser le sang pur et pacifique du martyr, prémices de la future chrétienlé.

1. WiixinAio, eap. m, t*. L., LXXXIX, col. 659. O^^elquos année* auparavant, en prévi-Kin <le sa mort, il avait fait des adieux lnuch mts h l'abhesse Liohn^ sa parente, et à ses relii^iouses. les conjurant de continuer h Iraviiiler avec per l'vérance s ir ce le terre de Germanie, qu'il se croyait sur !• j'Oi"' <^* ^iiilter. M. G H.. E/Mrtl., 1, 'Mi. 336.

2. DejiuiB le r' a:c-i . la fiDuiirma'Joa, an tooias en Ooradon*, s'était pea à peu 8 parée du ba >;*m«. Ckjiu tcuiil à la foaiuli^n d '3 p;ro .^^es rurales et à .fie ^<.e la eoaf.raiatiou, en <)ccii^«Mt, éluU rcserv^-e a l'évêtiue.

aiAPITRE V

l'ÉGUSB chez les saxons et les SCANDI^'AVE8

i$ax4.

Csractftre pfiT- Ce qui caractérise celte nouvelle étape de la marche de ti< ..lier de vû^j^gg ^ travers le monde barbare, c'est l'intervention posilion <ie ia |ive de la puissance séculière dans l'œuvre de l'évangélisation. La terrible armée de Charleniagne enveloppe le groupe pacifique des moines. L'expédition de Saxe est une conquête en même temps qu'une mission. Il serait toutefois inexact de dire que la Saxe a été convertie par la force. L'emploi de la force, regrettable en tant qu'elle a dépassé les limites de la défense nationale, et blâmée à ce titre par les représentants les plus autorisés de l'Eglise à cette époque, a été précédée, accompagnée et suivie par l'emploi des procédés évangéliques. Les prédications et les vertus de quatre grands missionnaires, saint Liadwin, saint Sturm, saint Willehad et saint Liudger, ont plus fait, nous le verrons, pour changer les cœurs de ces barbares que l'épée de Charlemagne.

Mais le caractère de cette œuvre de mission et de conquête ne peut être sainement apprécié qu'en se plaçant au point de vue des événements et des nécessités de cette époque.

j Charlemajrne avait succédé à Pépin le Bref. De plus en

••Muervcution plus, la dynastie carolingienne se considérait et avait le droit d4 Charleiui* r ' ./ o ......

gue. de se considérer comme chargée d'une mission civilif utnce en

l'ÉGLISK C1:EZ IXS TEIPLES BAr.DAFES 201

Europe. Nul plus que Charlemagne ne prit conscience de ce rôle providentiel. A ce point de vue, après la conquête et l'évangélisation de la Germanie orientale et centrale, on peut dire que la conquête et l'évangélisation de la Saxe s'imposaient. Jusqu'à la lin du viii* siècle, la terre saxonne avait été comme le point d'appui de toutes les résistances contre les mlluences romaine, franque et chrétienne, comme le point de départ de toutes les invasions barbares et païennes. Les Romains avaient appelé ce pays, confondu d'ailleurs par eux avec la Scandinavie, une fabrique de peuples, officina Pentium '.

La conquête et l'évangélisation de ce peuple s'annonçaient Wanr^da» comme devant être particulièrement difficiles. Ces Germains '^''^'^•« de la Saxe et de la Frise, c'étaient les fils indomptés de cet Arminius qui avait fait reculer les légions romaines, c'étaient les descendants de ces hommes aux longs couteaux *, dont une légende sym!)oli(|ue racontait l'audacieuse introduction sur le continent. « Un jour, dit la vieille tradition populaire, des navigateurs charges d'or abordèrent à l'embouchure de l'Elbe, Ils demandèrent à manger à un habitant du pays, lui olTrant en paiement un monceau d'or. L'indig';ne leur proposa dédaigneusement en échange une poignée de terre, et s'en alla, satisfait d'avoir trompé les étrangers. Mais le lendemain, à l'aurore, on vit le chef de ces navigateurs parcourir la vaste plaine en semant autour de lui la poignée de terre qu'il avait reçue. Ses compagnons dressèrent aussitôt des tentes sur le sol où la terre avait été répandue, et, sortant de longs couteaux, se «lirent prêts à défendre leur terre. Une lutte sanglante s'en- ^;ngea, à l'issue de laquelle les Saxons restèrent maîtres du tt-rrain ' ». Plus profondément que les faits de l'histoire authentique, les légendes pojjulaires expriment souvent l'âme d une nation. Celle-ci nous révèle de quelle audacieuse initiative cette race se targuait \ Ce qui est certain, c'est que, pas

1. Cf E DuiOUH3, L<t routes du monde modn-ne, p. 455-456. Henri (!• , Toc/.TiLLi, IJisioire de la formation particularùs'.e, Paris, 1905, chap. T, p V3-102. Scu'idxa insula guaai offic'inu ^«/(?»(Oh, Jomandès, c. it.

2 I) après le moine \Vidukind, annaliste du ix« siècle, le noua de SaToa Tïc-jdraitdu mot Sahs qui, en son temps, signifmit encore coMteou, WiDOimo, H'* gc^'ce Saxonia:, dans lo« Monum. Ginn . H lit., Scriptores, t. IV.

3 WiDon.^o. Re.i geiiœ, 4-7. Moium. Gen»., t. IV

4. Faut-il, avec Frédéric le l'iny, et pnrtont avec lîenri d© Tourvillo tl

h Saz«.

Î02 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

plus que les généraux romains, ni Pépin d'Héristal, ni

Charles Martel, ni Pépin le Bref n'avaient pu soumettre les

Saxons.

©Fganisation Sans aucun centre relisrîeux ni politirrue, divisés en trois répclitique et . o r i ?

religieuse de gions, l'Osphal, le Westphal et l'Engern, ils conservaient plus jalousement que les autres Germains la religion des ancêtres. Leurs frères nomades avaient pu se détacher plus facilement de leurs dieux : ces dieux, fixés au sol, ne se déplaçaient point avec eux : ils résidaient dans les grands arbres de leurs forêts, dans les a crnes ou sur les rochers de leurs collines. Mais les Saxons, Sv^dentaires, vivaient à l'ombre de leurs bois sacrés, surtout autour de ce tronc d'arbre colossal, qu'ils appelaient la colonne du monde, Irminsul ^ Ils n'étaient pas loin, d'ailleurs, de la Scandinavie, d'où leurs divinités tiraient Itur origine. Dans leurs courses en mer, ils pouvaient participer aux vieux rites, mystérieux et sanguinaires, qui se perpétuaient sur les côtes Scandinaves. Leurs mœurs étaient d'une austérité farouche. Les pénalités contre l'inconduite morale et particulièrement contre l'adultère étaient épouvantables. Saint Boniface, dans une lettre écrite au roi anglo-saxon Ethelbald, lui raconte, pour le faire rougir de ses mœurs légères, ce qu'il advenait en Saxe d'une femme ou d'une jeune fille qui avait manqué à son devoir. Chassée de bourg en bourg, elle était poursuivie par toutes les femmes qui se trouvaient sur son chemin, lesquelles, armées de verges et de couteaux pointus, la frappaient et la piquaient sans relâche, la poursuivaient et la traquaient, jusqu'à ce qu'elle tombât, épuisée et ensanglantée *.

En temps de paix, chacun vivait inviolable dans sa maison et sur sa terre. Les Saxons n'avaient pas de dynastie nationale, ni, semble-t-il, d'assemblée générale de la nation, sinon

Edmond Demolins. eftrîbner Tandaciense énergie de ce penple à la profession de pêcheurs côtiers que ses ancêtres avaient exercée en Nor\vègo I E. IimoLiss Les routes du monde tnoierne, p. 470 et suiv. U. de Tourvills, Histoire de la formation particulariste, origines das rjrandt peujdca actuels Ch III et IV, p. 42-83.

1. Translatio sanoti AUxandri, c. i!i. %fonum Gcrnx. hist.. Script., t. I p. 676. Ce document, écrit en 8 "3 SOj. publié pour la première (ois en 175, dans la bibliothèque historique de Goltingue ei reproduit d.ius les Monitmena do Pflrtz, est plein de Tonsei;^iement3 précieux sur let mœurs des Saxons et tnr la uiicrre â*> Snxe.

Page 1