Lib. Pontif., II
Hiat. géo. de l'Egiiée.
3S6 HISTOIRE GÉNÉnALE DE l'ÉGLISE
ioigts ' », comme s'ils méditaient contre le ciel d'atroces représailles.
La chrétienté tout entière tressaillit d'indignation à ces nouvelles. L'apôtre saint Pierre avait été assailli jusque dans sop sanctuaire par les soldats de Mahomet ; les vieilles basiliques dont Rome était si lière avaient été souillées par la présence du croissant. Les âmes vraiment chrétiennes s'inclinèrent
tJnett'firbl^e devant la justice divine. Une grande assemblée des Francî de» Franc» dé- -i . • . i , ■ • •• ,• . i
cide ii'ie expé- OL'cula qu un jeune de trois jours serait accomph par tous les
l«s ' SarràîeiDs. ^'^'^^'^s pour attirer les béné-lictions de Dieu sur une expédition
générale contre les Sarrasins. Les prières du peuple chrétien
furent exaucées. L'expédition eut lieu en 847. Les Sarrasins
furent chassés d'Italie, sinon définitivement, du moins com-
pl'-teraent. En même temps, au faible Pape Serge, qui était
mort le 27 janvier 847, succédait, le 10 avril, jour de Pâques,
le saint et grand Pontife Léon IV.
Snini L'on IV LÉON IV, dit son biographe, était bon, généreux, passionné (847-80jy. pour hi justice, et unissant à la simplicité de la colombe la
N lice biènra- prudcnce du serpent '. Il était romain et avait été élevé dans pbique. le monastère de Saint-Martin, où il devint le plus régulier des moines. Grégoire IV, frappé de ses mérites, l'appela auprès de lui. Serge II l'ordonna prêtre et lui confia l'église des Quatre-Couronnés. C'est là que les suffrages du clergé et du peuple vinrent le chercher pour lui confier, au lendemain de la mort de Serge et avant même que le corps du Pape défunt eût reçu les honneurs de la sépulture, le gouvernement de l'Église *. La crainte d'une irruption imminente de la part des Sarrasins détermina celle élection précipitée, dont Rome n'eut pas à se repentir. La foule s'était portée d'instii.ct vers celui
1. Chron. Ca-it., 1. I, e. xxtii Cf. Annalts fulJetuei. Uist. des Gautet, TU, 64, lâ8, 161.
2 Extilit largut, pivi..., amator ju.tlit''W ... in ouj'us beatistimo pectov* tt sfrpentis asluoia et livipltoiUu inhabitaiat ootumbcc. Lib. Pontife U, 106.
3 Lib. Pontif.. VL, 107.
LE SAINT E.\:PIKE IlOMAIN 3iS7
qui était le plus capable de la défendre au milipu des p(*riK Sa consi'cration fut cependant retardée. I)eni;iiiilt»rait-on un. conflrmatioa préalable à rt-mpereur? Le souvenir des vive-réclamations de celui-ci à l'occasion de l'ilection du Paji Serge et des dévastations de son armée sous les murs de Ronnen faisait pencher plus d'un vers une solulioii allirniati\ (% qui révoltait la conscience chrétienne des autres. Tandis quon héoitait, le bruit courut de nouveau que les Sarrasins approchaient. Ce fut la cause ou le prélexte d'un sacre qui fut tout aussi précipité que l'élection et qui eut lieu le 40 avril, jour de Pâques. L'empereur, celle fois, ne protesta pas.
Gîs paniques populsures n'étaient pas sans motifs. Par les v-n"-»- .<•« embouchures des cinq grands fleuves, Tibre. Rhône. Loire "»'»"""" "JJJ- Seine et Rhin, les Sarrasins et les Normands, encouragés par le rii».ue. désordre intérieur de l'empire, envaliissaient l'Europe. En 8i-6, des pirates normands s'étaient rendus maîtres de la Frise presque entière ', D'autres portaient leurs ravages le long de la Seine et s'avançaient vers Paris -. Par la Loire, d'autres étaient parvenus jusqu'à Tours, refoulant les populations affolées vers le Midi. En même temps, des troupes danoises, contournant l'Espagne, pénétraient dans l'embouchure du Rhône et faisaient de la Camargue leur quartier général '. C'est de là qu'ils devaient partir, en 860, associés aux Sarrasins, pour piller la ville de Pise et dévaster le littoral italien.
Plus menaçantes encore étaient les bandes sarrasines, qui, dès 8i2, avaient remonté le Rliône jusqu'à Arles, le Tibre jusqu'à Rome, s'étaient établies à demeure en 8i0, sur le territoire de l'Apulie, à Bari ', et rayonnaient de là, répandant partout l'épouvante.
L'anarchie féodale ne faisait qu'augmenter. La forte main de i-^„„...hipr^,^ Charlemagne eût seule pu maintenir un peu d'ordre dans ce ''■•'•• chaos. En 843, le duc de Provence et comte d'.\rles, Solocrat, et tous les seigneurs de la région s'étaient détachés de l'em-
l. AnnaUs de Saint Berlin, a. 841. Niihaud, IV, 2. Hist. des Gaules, VII, 64, 152, 164, 380 2 Ann. Bert., ann. 857.
3. PooPABoui, Le rcyaumè de Provence sous le» Carolingiens, Paris, 1901, p. 25.