CisiB, Comment., V
2. « Les Bretons, dit Tacite, poovaient & la rigneur supporter les relations» mais, quoique domptés, ils préféraient la mort à la servitude, a Si injuriai »dtint, has œgre tolérant, jam domiti, u( pereant, nondum ut lervianl {Juin Agricolœ vita, XIII, 9).
3. Plusieurs savants, conjecturent que Pelage a construit son système k Borne. Dom Cabeoi, L'Angleterre chrétienne, Paris, 1909, p 32.
4. Une grande partie des Jutes s'était lizée sur la presqu'île appelée depuis Jntland. Quatre chefs saxons fondèrent quatre royaumes : ceux de Kent, de Snasex, de Wessex et d'Esaex. Les Angles fondèrent trois royaumes : ceux da Korttiumbrie, d'E3t-.4ngIie et de Mercie on West-Anglie. Les sept royaumes constituèrent ce qu'on a appelé dans Tbistoire l'Ueptarciiie anglo-saxonne. EU*
foule les Bretons devant eux. « Juste châtiment dus anciens crimes ! s'écrie, dans son style étrange, un des témoins de ce désastre, le moine Gildas. Dune mer à l'autre mer s'étala l'incendie, dévastant les villes et les campagnes, et ne s'arrêtant que lorsque sa langue ronge et sauvage eût léché à pen près toute la surface de l'île, jusqu'à l'océan occidental » '. m Les prêtres étaient massacrés, dit le Vénérable Bède, on pourchassait par le fer et le feu l'évêque et son troupeau, et personne n'était 15 pour ensevelir les cadavres mutilés '. » L'évêque de Londres, Théonus, et l'évoque d'York, Tadioc, gagnèrent les montagnes galloises avec les débris de leurs chrétientés. Beaucoup, s'entassant dans des barques de cuir, avec leurs prêtres et leurs bardes, parvinrent en Armorique * et jusqu'en Espagne. Des nombreux monuments de la foi chrétienne élevés par les vieux Bretons sur le sol de leur pays il ne subsista guère que la petite église, plus tard dédiée à saint Martin, que la piété vénère aujourd'hui encore à Cantorbéry.
Mttar» âes La race nouvelle apporta en Grande-Bretagne les mœurs des ABgioSaioni. peuples de Germanie, leur «rganisation politique et leur mythologie, avec quelque chose de particulièrement âpre et brutal, mais aussi de singulièrement viril. Ces grands hommes aux yeux bleus ', aimaient à répéter les vers de leurs poètes, célébrant « les champs de bataille où le sang ruisselle, et les repas où l'on mange le cœur de son ennemi, et les lieux maudits où la vague noire monte jusqu'aux nuages », mais ils aimaient aussi les pnèmes où la grave pensée de la mort n'a rien qui épouvante, et quand ils chantaient l'amour, c'était un
comprenait l'Angleterre sctnelle, moins le pays de Galles, pins la partie miri(' ..aie de l'Ecosse.
1 LiiLDÀi, De fxcidio Britannia. Micii, P. L., t. LXIX, p. 3t9. Pm:i, il numenta britantiica historiea, p. H.
î Dioi, Bist. eccl. Miuiii, t. XCV, col. 44.
3. Ce tut un bienfait pour notre Brclnpire rrnnçaise, qui conserve avec vioiratiun le culte des saint évoques qui lui oui apporté la loi : saiot Briene. laint Pol, aaial Corentln, laint Malo.
4. Cantlci oeuU, magua eorpora. dit Taciti, D* mor. Germ., t. n.
l'église chez les peuples BAnBARES 165
imour sérieux et fidèle, qui deviendrait facilement l'amour chevaleresque '.
C'e.=t pourquoi leur aspect, farouche dans l'ardeur de la bataille, éveillait, au repos, de profondes sympathies. Saint Grégoire, rencontrant au Forum déjeunes Anglo-Saxons, avait regretté « que la grâce de Dieu n'habitât pas sous ces beaux fronts ». Ne pouvant les évangféliser lui-même, il avait dési- La aaissaac» gné quarante moines du couvent de Sam t- André, pour aller guttia. porter à ces peuples la lumière de l'Evangile. Ces moines étaient tous d'origine modeste. « C'était des hommes craignant Dieu », dit simplement le Vénérable Bède. On ne connaît rien de particulier sur l'origine et sur la vocation de celui qui, prieur du couvent de Saint-Andié, devint le chef de la mission. Il s'appelait Augustin. Nous savons, par la correspondance de saint Grégoire, que la petite troupe, en traversant la Gaule, où le Pape lavait recommandée à plusieurs saints évêques, se trouva subitement découragée. Des bruits effrayants circulaient autour d'eux, parmi le peuple, sur ces terribles conquérants de la Grande-Bretagne, que l'historien Procope lui-même présente comme des êtres à moitié fantas- Saiot Aago» tiques et très malfaisants. Les bons moines, liab:tues a la tranquille vie de leur monastère, se troublèrent. Augustin, leur chef, fut obligé d'aller demandera Rome de nouvelles instructions. 11 en revint avec la lettre suivante, dont la calme et confiante énergie réconforta les missionnaires : « Avec grand soin, mes très chers fils, disait le Pape, vous devez mener à bonne fin ce que vous avez entrepris, par la grâce du Seigneur. Que ni la fatigue du voyage, ni les langues méchantes ne vous effraient. Obéissez en toute humilité à votre chef Augustin, qui revient à vous. . . Je ne puis travailler avec vous : puissé-je, du moins, me trouver, pour prix de mes désirs. dans la joie de la récompense ! Mes très chers fils, que Dieu vous garde '^ » !
Augustin était porteur d'autres lettres de saint Grégoire. L'une de ces lettres était adressée à la reine Brunehaut, aJori
1. Vnir plusieurs d« ces chants dans Augu-lin Tnii»»!. Hi'tnire de la eoi%f fuéte d- iAfiijIet. par lex Koymandu. t I, p. iU de la 3« édition.
2 M 0. U. ftig. ^iregor.,\l.lô. Miotii, t. LXXVII, col. 836. BàDi, Jîùl. 'Iioiti, XCV. col. 53.
166 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LifXLISE
à l'apogée de sa puissance. Le Pape, en des termes pleins de déférence ', recommandait à la haute protection de la reine d'Auslrasie ses quarante missionnaires. Tout l'hiver de î)96- 597 fut employé à traverser la Gaule. Au printemps de l'annde 397, un navire, monté par Augustin, par ses moines et par quelques prêtres de race franque destinés à lui servir d'interprètes, remonta l'embouchure de la Tamise et aborda k l'Ue de Tanel. Une lettre fut aussitôt envoyée au roi de Kent, Ethelbert.lui annonçant que des messagers venus de Rome lui apportaient, à lui et à son peuple, la bonne nouvelle du royaume de Dieu.
Eibeiberi roi Augustin, renseigné en Gaule, connaissait l'histoire de ce reiat Bertbe jeune roi Anglo-Saxon, ardent et fier, ambitieux et droit, qui, sept ans auparavant, était venu chercher une alliance parmi les princesses catholiques de la cour des rois de France. Une arrière-petite-fille de sainte Clotilde, digne descendante de l'épouse de Clovis, Berthe, fille unique et orpheline du roi de Paris, Caribert I", et de l'infortunée reine Ingoberge, avait consenti à unir sa destinée à celle du monarque païen. Elle avait emmené avec elle comme chapelain le pieux cvéque de Senlis. Luidhard. Dans la petite chapelle de Cantorbéry, dernière relique de l'église bretonne, que le roi mit à sa disposition et qu'elle dédia au patron des Gaules saint Martin, la reine Berthe trouva, avec le souvenir de sa patrie, la consolation du culte de nos pères.
Le roi, que ses entretiens avec la reine et l'évêque Luidhard avaient sans doute déjà prévenu en faveur du cliristianisme, jugeaitencore toutes ces questions de religion avec ses préjugés de barbare. 11 accepta une conférence avec les messagers de Rome, mais en plein air, de peur, dit-il, d'être victime de quelque maléfice que pourraient lui jeter ces inconnus '. Le
1 Le ton général de la correepondsnce de saint Grégoire le Grand avec la reine Krumliaut a étonné plutleurit liisitoriens. Comment, dit on, nn pape a-t- 11 pn prodiguer les éloges à la terrible et ï^anguinaire reine d'Anitrasie? Mail one crilii|ue mienz informée a réhabtiilé, sinon U politique de Bruoebanl, qui futrrlle de labsolutisme royal, au moins son earactèrp, qui fut noble, etf| vie privée, qui fut sans taclie. V. Kdrtb. Urunehaul, dans// dtt çu. hUl , t L p 5 et iuiv., 1891, et l'risTin, dans Hi.it. de F. de Laiissi, t. Il, l'« partie p 148 149. D'ailleurs la lellre de saint Grégoire a été écrite avant l'époque ot le placeraient les crimes rc|irui'liéd h la reiue d'AusIrsiie.
i. PlBi. Mi«n, P. L., .XCV. col. 55.
L CGLISE CHEZ LES PEUPLES BARBARES Un
Vénérable Bède nous a fait ce récit de l'entreviie. « Au jour
' l.a coiticreoes
fixé, dit-il, le roi vint dans lîle de Tanet et s assit, entouré de » de Tanet ses guerriers >. . Ils étaient sans doute, suivant l'usage, « en armes, la lance ou le sabre à la main, le casque de fer forgé en hure de sanglier sur la tête, la cotte de mailles sur le corps, et, au bras, le bouclier de tilleul à bosse de fer ' », « Les moines, continue le vieil historien de l'Angleterre, s'avancèrent en procession, portant, en guise de drapeaux, une croix d'argent, puis une bannière portant l'image du Sauveur. Ils chantaient des litanies, implorant Dieu pour leur propre salut et pour le salut de ceux vers qui Dieu les avait envoyés '. Sur l'invitation du roi, ils s'assirent et Grent retentir aux oreilles du roi et de ses compagnons les paroles de la vie éternelle. Quand ils eurent fini, le monarque répondit : « Vos paroles sont fort belles, et magnifiques sont vos promesses. Mais tout cela est nouveau, et je ne puis y adhérer, laissant de côté, tout à coup, ce que j'ai si longtemps observé avec toute la nation des Angles. Vous êtes venus ici de bien loin, et, à ce que je comprends, vous n'avez d'autre désir que de communiquer aux autres ce que vous croyez être le vrai et le bien. Je ne vous en empêcherai pas. » Et le roi les reçut comme des hôtes à Durovernum (Cantorbéry), et leur donna toute liberté de prêcher leur doctrine » '.
Cette scène, que nous venons de traduire de l'histoire du Vénérable Bède, est caractéristique. Elle révèle déjà tout ce qui devait se manifester, dans la suite, de prudemment calculateur et de sagement libéral dans le génie de la grande nation anglaise. Dans la mêlée d'un champ de bataille, le premier roi chrétien de France, Qovis, décide, par un geste enthousiaste et spontané, de son avenir et de celui de son peuple ; assis sur son tertre de gazon, le roi anglo-saxon a l'air de promulguer, après délibérations, une charte des libertés civiles et religieuses *.