‹ Histoire générale de l'industrie. 1, Industries du règne végétalChapitre 149 sur 214 · TISSUS A CHAINE. IH · texte numérisé non relu

TISSUS A CHAINE. IH

Machines préparatoires. — Ces machines servent à mettre les fils et les appareils de tissage en état de fonctionner. Les opérations préliminaires sont au nombre de trois : le bobinage du fil sur les bobines des métiers, fil que les filatures livrent en écheveaux, fuseaux ou broches ; V ourdissage, c'est-à-dire la mise en place des fils de la chaîne ; X encollage et le parage des fils avec de la fécule et du sulfate de zinc ou de cuivre.

Métiers pour tissus unis ou doubles. — On dit qu'un tissu est uni quand on ne fait usage que d'une seule chaîne ; tels sont la toile, les draps unis ou croisés, les calicots, les cotonnades, les taffetas, les serges, les satins, les coutils, etc. ; on nomme tissu double celui pour lequel on fait usage de deux chaînes, par exemple les velours unis et les peluches.

L'idée du premier métier automatique pour le tissage des tissus unis semble appartenir à un Français, l'officier de marine Gennes, qui présenta sa machine à l'Académie des sciences en 1668. Cette machine ne reçut d'ailleurs aucune application. Il en fut de même pour un autre métier qu'inventa Vaucanson en 1743. Mais, un peu plus tard, quand les Anglais eurent inventé leurs machines à filer, ils songèrent également à tisser mécaniquement leurs étoffes. Le pasteur Edmond Cartwright, en 1787, résolut pratiquement le premier ce problème. Ses premiers métiers furent montés dans une fabrique de Duncaster. Après de nombreux perfectionnements, ils se répandirent rapidement dans toute l'Angleterre. En 1806, on ne comptait encore que quelques métiers mécaniques à Manchester; en 1820, l'Angleterre en possédait 14 000. Il y en avait 300 000 en 1870. La France ne posséda des métiers mécaniques que vers 1804, grâce aux efforts des filateurs Biard et Despiau. Ils ne servirent d'abord qu'à tisser le coton; on généralisa peu à peu leur emploi pour le tissage do la laine, du chanvre, du lin et de la soie. Le tissage mécanique de la laine et surtout celui de la soie présentent cependant encore de sérieuses difficultés à cause de la faible résistance de ces textiles.

Les étoffes à double chaîne sont les plus difficiles à obtenir mécaniquement. Cependant, en 1867, Joyot parvenait à inventer

iifl

TISSAGE

un métier mécanique pour les velours les plus fins et les plus réduits.

Métiers pour tissus façonnés. ~ Les tissus façonnés se distinguent des tissus unis ou doubles par un croisement particulier des fils qui produit un dessin régulier; autrement dit, ce sont des tissus portant des ornements à leur surface. Ces tissus ont été fabriqués par les peuples dès la plus haute antiquité Venise a pendant longtemps importé en Europe les tissus façonnés de soie de l'Inde et de la Chine. Jusqu'au début de ce siècle, on se servait du métier dit à la tire, dont les fils de la chaîne sont soulevés isolément et dans l'ordre voulu pour les complications du dessin par des ouvriers dits tireurs de lacs.

La ville de Lyon a eu l'honneur de donner naissance aux inventeurs des procédés mécaniques propres au tissage des tissus façonnés. En 1801, un ouvrier tisseur de cette ville, Jacquard, ayant vu par hasard au Conservatoire des arts et métiers de Paris une ancienne machine de Vaucanson, combina l'idée de cet illustre inventeur avec la sienne et parvint, avec l'aide du mécanicien Breton, à créer la machine qui porte son nom et qui a été adoptée partout depuis 1812. La jacçuart a reçu depuis cette époque une multitude de perfectionnements.

L'idée première de Jacquart est simple. Pour obtenir le dessin, on fait contourner autour de chaque point de la chaîne un fil de trame d'une nuance déterminée. On arrive à ce résultat au moyen de la mise en carte, dont l'idée première est attribuée au peintre Revel, vers 1770. On marque, sur une bande de carton, toutes les places des aiguilles qui portent les fils de la chaîne, puis on pratique de petits trous en tous les points où les aiguilles et les fils doivent rester immobiles, tandis que le carton reste plein aux points où ces aiguilles et ces fils doivent être soulevés ou abaissés pour laisser voir les fils de trame. Il faut autant de cartons qu'il y a de couleurs différentes. Chaque fois qu'on veut changer de couleur dans la trame, on abaisse un carton. Les aiguilles qui doivent être arrêtées s'immobilisent en pénétrant dans des trous, tandis que les autres font dévier le fil qu'elles portent.

TISSUS A CHAINE. nl -o7

En 1838, M. Meynier, de Lyon, inventa le battant-brocheur, métier mécanique permettant d'obtenir sur étoffe unie des dessins ou des bouquets séparés. L'étoffe est dite alors brocher. C'est grâce à l'emploi de ce métier que la ville de Lyon doit la supériorité incontestable de ses soieries et de ses châles, d'une perfection égale aux produits similaires de l'Inde.

Machines à apprêts. — Les tissus ainsi fabriqués mécaniquement ne peuvent être livrés tels quels au commerce. Ils doivent subir un grand nombre d'autres manipulations: le blanchiment, la teinture ou 1 "impression, s'il y a lieu. Nous étudierons plus tard l'art de la teinture et celui de l'impression, qui ont pris dans ces dernières années une très grande importance. Nous voulons dire maintenant un mot sur les apprêts, qui nécessitent aussi de vastes usines.

L'apprêt, qui varie d'ailleurs avec la nature de chaque tissu, a pour objet de rendre un tissu plus agréable à l'œil ou de lui donner des qualités spéciales.

1° Grillage, tondage. — Ils ont pour but de donner aux tissus une surface nette et lisse. A l'origine, on passait rapidement sur l'étoffe des cylindres ou des plaques de fonte ou de cuivre convenablement chauffés. Plus tard, on passa l'étoffe sur la flamme d'un lit de coke. Enfin, on se servit de petits jets de flammes d'alcool ou plutôt d'un mélange de gaz d'éclairage et d'air. M. Dehaitre a substitué aux jets multiples de plusieurs rampes une nappe continue du mélange enflammé.

2° Foulonnaçje. — Il a pour effet de resserrer davantage les fibres. On se servait jadis de maillets ou de pilons verticaux. Actuellement, on comprime dans le sens de la longueur et dans celui de la largeur.

3° Calandrarje. — Il donne aux tissus une surface lisse. On se contentait autrefois d'enrouler le tissu sur un cylindre de bois et de comprimer au moyen d'une charge de pierres. Actuellement, on comprime le tissu enroulé sur un cylindre de métal au moyen de deux autres cylindres en carton ou en papier. Le cylindre métallique peut être chauffé intérieurement au moyen de la vapeur.

TISSAGE

4° Tirage à poil. - H est destiné à assouplir le tissu et à lui donner une apparence laineuse et pelucheuse. On frappait jadis le tissu avec des baguettes; on se sert actuellement de cylindres garnis de hérissons métalliques.

VHumectage etdécatissage. Ils ont pour but de donner à l'étoffe l'humidité nécessaire. On se sert de jets de vapeur d'eau ou de pulvérisateurs qui lancent avec force de fines gouttelettes d'eau.

6° Ramage. — Il est destiné à étendre davantage le tissu dans tous les sens, soit au moyen de forts châssis, soit plutôt par étirage au moyen d'air chaud dans les chambres en tôle.

7° Gommage. - On raffermit les tissus en les imprégnant de colle, puis comprimant et chassant l'excès de liquide au moyen de cylindres.

8° Gaufrage. — Son but est d'imprimer sur le tissu des dessins en relief. On faisait jadis passer le tissu entre deux cylindres compresseurs, l'un gravé en relief, l'autre en creux, de manière à faire coïncider exactement les mêmes traits' Actuellement, on préfère tondre l'étoffe avec des machines spéciales, de manière à creuser les dessins dans le tissu. Ces machines ondulent et frisent les étoffes.

9° Èpentissage. — On enlève les boutons et les nœuds à la surface des tissus au moyen de peignes à dents de scie.

Page 1