TOILES
torchons, des sacs et dos toiles d'emballage, des sangles, des fonds de lit, etc. Depuis quelques années, le jute et le phormium remplacent avantageusement le chanvre pour ces derniers usages. Des filatures et des tissages mécaniques très importants ont été fondés dans la Somme, où la maison Saint frères occupe jusqu'à 5000 ouvriers; à Angers, où les établissements ont aussi acquis une importance considérable ; dans la Sarthe, la Mayenne, l'Orne, etc,
Le lin sert à fabriquer les toiles fines et demi-fines, les toiles à voile et les grosses toiles. Les étoupes remplacent le chanvre pour la confection des toiles grossières. En France, les centres principaux pour la fabrication des toiles de lin se rencontrent dans le Nord. Lille, Armentières. Cambrai, Valenciennes ; en Normandie, Lisieux, Alençon, Vimoutiers ; en Bretagne et dans les Vosges et le Midi (Aude et Aveyron).
La France n'occupe que le second rang pour la fabrication des toiles de chanvre et de lin. Le premier revient à l'Angleterre et surtout à l'Irlande. Les toiles de Belfast sont remarquables entre toutes par leur blancheur et leur apprêt, ce qui est dû au climat et à la pureté particulière des eaux. Les toiles de la Belgique, de Courtrai, de Boulers, d'Iseghem, sont aussi très remarquables. L'industrie des toiles de lin est d'ailleurs implantée dans les Flandres depuis un temps immémorial. Il convient aussi de citer les belles toiles de l'Autriche, d'une blancheur comparable à celles de l'Irlande, celles de la Prusse, du Wurtemberg, de la Saxe et de la Westphalie.
^ La toile-coutil mérite une mention spéciale. C'est une toile à fils croisés, plus solide que la toile ordinaire. Elle sert à fabriquer la literie, des pantalons, des vêtements, des corsets, etc. D'abord fabriquée en Belgique, à Bruxelles, elle fut importée à Évreux en France, en 1778, par un tisserand du nom de Bourlet. Laval' dans la Mayenne, devint bientôt un grand centre de fabrication' puis Lille et Boubaix, Nantes, Fiers et Troyes. Le coutil se tisse avec du chanvre, du lin ou du coton. Celui de Laval est surtout tissé en chanvre.
Les coutils d'Angleterre et de Belgique sont les plus renommés.
TISSAGE
Il convient de citer aussi ceux de l'Allemagne et de l'Autriche. De tous les tissus de lin, le plus fin et le plus délicat est la batiste. La batiste, ainsi nommée du nom de Baptiste Chambray, qui, dit-on, l'inventa à Cambrai, au xm e siècle, est une toile blanche très fine et très serrée. Elle a eu de tout temps une grande vogue. On en fait principalement des mouchoirs et des chemises, du linge de table. Jadis, la France en avait le monopole exclusif; on en fabrique maintenant en Angleterre, en Hollande, en Suisse, etc. Il n'y a pas longtemps, les tisserands travaillaient à leur pièce dans tous les villages du Cambraisis, dans une cave basse et humide, condition nécessaire pour la parfaite conservation des fils. Ils y gagnaient fréquemment des infirmités très graves. Actuellement la batiste se tisse presque exclusivement dans de vastes usines à Cambrai et à Valenciennes. Les toiles de Cholet, en Maine-et-Loire, rivalisent avec celles du Nord. Citons aussi les batistes de Belfast, en Irlande, de Courtrai en Belgique et de Lauban en Prusse.
Coton. — C'est au pasteur Cartwright, qui monta à Duncaster en 1786 le premier tissage mécanique, que l'Angleterre doit la majeure partie de sa puissance industrielle et de sa prospérité. L'Angleterre devait naturellement devenir le grand centre de fabrication des étoffes de coton, car sa marine lui apportait le coton à bas prix et le sol de la contrée lui fournissait en abondance la houille et le fer pour la construction de ses machines. Les populations se portèrent en masse vers les grands centres de tissage du coton. Manchester et Glasgow, qui avaient chacune au milieu du xvm c siècle une population de 40 000 habitants, en comptaient 200 000 un siècle plustard.Liverpool, qui n'était qu'un village de 5000 habitants, devenait aussi une ville immense de
16o000âmes;sapopulationactuelleestdeplusde300000habitants. La France ne fabriqua que très tard des tissus de coton, seulement à la fin du xvm c siècle. Cette industrie ne prit même son développement qu'au commencement du xix e siècle. Malgré tous ses etforts, elle est de beaucoup distancée par l'Angleterre et les Etats-Unis. Tandis que l'Angleterre comptait en 1867 plus de 750 000 métiers et les États-Unis 123 000, la France n'en pos-