V. — BONNETERIE
On désigne sous le nom de bonneterie tous les articles en laine coton, lin, soie et bourre de soie, constitués par des mailles élastiques, c'est-à-dire les bas, les chaussettes, les caleçons, les jupons, les gilets de tricot, certains fichus, certains gants, etc.
' L'art du tricot semble très ancien, mais il n'a été connu en Europe quauxvi" siècle. Jusqu'à cette époque, les bas n'étaient pas encore détachés du caleçon qui se continuait d'une seule pièce jusquaux extrémités des pieds; mais, vers 1564, on eu détacha le bas, qui fut alors tricoté. Les uns attribuent cette innovation à un Espagnol, d'autres à l'Anglais Jean Rider
Jusque vers la fin du xvi« siècle, les tricots se fabriquaient à la main au moyen de deux aiguilles en bois ou en acier comme le font encore les femmes de la campagne pendant les longues soirées ^d'hiver. En 1589, un ministre protestant anglais, du nom de Wilham Lea, inventa le premier métier à bas et vin fonder une fabrique à Rouen, sous les auspices de Henri IV Mais a la mort de ce roi, il retourna en Angleterre avec tous ses ouvriers et la nouvelle industrie, perdue pour la France, devint très prospère en Angleterre. En 1658, Colbert y envoya un mécanicien normand, Jean Hindret, qui étudia les procédés d outre-mer et revint créer une manufacture de bonneterie à
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Paris, au château de Madrid, enclave du Lois de Boulogne Cette manufacture servit de modèle à celles qui se fondèrent par la suite.
En 1739, l'Anglais Strutt inventa un nouveau métier qui. au heu de donner comme les machines précédentes des bas unis permettait de fabriquer des bas à côtes, à jours ou à fleurs' Ces métiers à tricot sont désignés sous le nom de métiers rectihgnes, parce qu'ils produisent un tissu continu, qu'on découpe ensuite en lanières et qu'on coud de manière à obtenir le vêtement désiré. Ils ont reçu de nombreux perfectionnements. t est ainsi que Tailbouis, en 1860, a inventé en France un métier à diminution automatique.
Au début de ce siècle apparut, en France également, le métier dit circulaire, qui donne en une seule opération plusieurs pièces identiques, entières et sans raccords. Ce perfectionnement si remarquable est principalement dû aux travaux de Buxtorf de Troyes.
C'est encore à un Français, à un simple paysan nommé Buron de Bourgthérouldc, dans l'Eure, qu'on dut, en 1806. l'invention de la première machine à tisser les filets. Cette machine fut perfectionnée plus tard par l'ingénieur Pecquœur, en 1849.
Les pays grands producteurs de bonneterie sont la France et l'Angleterre, qui fabriquent : la France pour environ 120 millions de francs chaque année, et l'Angleterre pour 170 millions.
En France, la bonneterie de coton tient le premier rang, pour 60 millions; viennent ensuite la bonneterie de laine pour .^millions, celle de soie pour 7 millions, celle de lin pour 1 million seulement. Les centres principaux de fabrication de la bonneterie de coton sont Troyes et Bomilly, en Champagne. Troyes excelle dans la fabrication des bas et des gants en fil. d'Ecosse, c'est-àdire en coton travaillé en blanc, fabrication sans rivale et exclusive à la France. La bonneterie de coton est concentrée dans la partie de la Picardie nommée Santerre, à Villers-Bretonneux Boye. Hangest, etc. L'Oise et l'Aube fabriquent les articles pour enfants, surtout à Aix-en-Otbe. Sous le nom de castor, on désigne une ganterie en tricot de laine fort remarquable. Hesdin
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dans le Pas-de-Calais, a la spécialité de la bonneterie de lin, fort abandonnée à cause de son peu de durée. Quant à la bonneterie de soie, qui consiste principalement en gants et en bas pour ecclésiastiques, elle se fabrique dans le Midi, à Nîmes, au Vigan, à Ganges, à Saint-Hippolyte du Gard, à Lyon, et aussi à Paris, à Troyes, à Saint-Just dans le Nord.
L'Angleterre est la contrée qui fabrique le plus de bonneterie et ses produits sont partout très recherchés. Les grands centres de production se trouvent dans les comtés de Nottinghan, Leicester et Derby. On en fait aussi un peu en Ecosse et en Irlande. Dans les manufactures anglaises, colossales et admirablement outillées, tout se fabrique mécaniquement. La France, qui conserve toujours la suprématie du goût, s'est laissée distancer par l'Angleterre et les États-Unis pour tout ce qui concerne la partie mécanique. C'est l'Angleterre qui a inauguré la bonneterie en couleur pour gilets de chasse, vêtements d'hommes et d'enfants, jupons, etc.
En dehors de l'Angleterre et de la France, la bonneterie a peu d'importance. Signalons seulement les bas de coton blanc et l'excellente ganterie de la Saxe ; les fez orientaux de l'Autriche qui donnent lieu à une immense exportation ; les produits du Caucase, d'une délicatesse extrême.