IX. — BIMBELOTERIE
La fabrication des jouets est très active dans tous les pays, car il y a partout des enfants, petits et grands.
On ne saurait imaginer une maison sans jouets, même la plus pauvre. Le jouet remplit un grand rôle dans la vie de l'homme; enfant, il l'amuse et l'instruit; plus âgé, il l'amuse encore et lui fait oublier les ennuis de l'existence. L'homme joue, en effet, à tous les âges. Si les poupées, les ménages, les soldats de plomb sont destinés aux enfants, l'homme devenu sérieux s'amuse encore avec les cartes, les dominos, les échecs, le billard, etc., etc. Auxfoules, il fautaussi les chevaux de bois, les tirs, les cirques et autres attractions des foires.
L'histoire des jouets serait bien curieuse à écrire : ce serait presque celle de l'humanité, car leur étude fournit de curieux aperçus sur l'industrie, les coutumes et les modes d'un pays. Prenons par exemple les poupées, le jeu par excellence des enfants. Que de choses intéressantes elles vont nous révéler!
« Tous les peuples anciens, écrit M. Rondot, ont amusé leurs enfants avec des poupées, et, chose singulière, avec des poupées mobiles ; grâce à la coutume païenne, que les premiers chrétiens ont conservée, de laisser aux enfants leurs jouets dans la tombe, nous connaissons ces figurines de bois, d'os, d'ivoire,
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de terre cuite, ou simplement de linges, dont les articulations sont llexibles. Nous retrouvons au moyen âge les poupées en tous pays. Les petites filles jouaient, au Pérou, plusieurs siècles avant l'empire des Ineas,avec des poupées faites de laine d'alpaca et brodées ; elles avaient, à Memphis et à Thèbes, sous les Pliaraons, de charmantes poupées de bois ou d'ivoire articulées, et à Panticapée, du temps de Mithridate, des poupées de terre cuite, également mobiles.
» Ce sont les poupées qui répandent les modes françaises par tout le monde. On sait avec quel goût et quel art les ouvrières de Paris composent l'habillement d'une poupée, mais ce qui est moins connu, c'est le bon marché prodigieux de ces poupées dont la parure est si fraîche, si élégante, et dont le trousseau est confectionné avec tant de soin. Aucun pays ne peut lutter avec les produits de M. Jumeau. Les poupées ont leurs fournisseurs attitrés : il y a des couturières, des modistes, des lingères, des cordonniers, des fleuristes, des perruquiers qui ne travaillent que pour elles. La plupart des bustes de poupée sont faits de papier mâché, c'est la Saxe qui nous les fournit et c'est d'Angleterre que nous tirons les bustes de cire. On a imaginé en France de faire des bustes de porcelaine, mais cette fabrication, négligée chez nous, a pris un grand développement en Bavière, en Prusse et en Autriche, surtout à Cobourg, Sonnenberg cl Nuremberg. »
Cela a cessé d'être vrai. M. Jumeau, dont les ateliers sont à Montreuil, près Paris, fait concurrence aux Allemands pour la fabrication des poupées. La tête de ses poupées est en biscuit de porcelaine, le corps en papier mâché. Les yeux, d'une fabrication très soignée, sont faits par des ouvriers très habiles au moyen de baguettes de verre d'émail, fondu et travaillé au chalumeau. On fabrique les corps avec du papier mâché pressé dans des moules en fonte, puis on les recouvre d'une couche de blanc de zinc et enfin on les vernit. La maison fabrique aussi, elle-même, la coiffure de liège et les perruques.
Un grand nombre de substances diverses servent comme ma-
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teriaux de construction des jouets : du bois principalement, du plomb, du fer, de la porcelaine, du caoutchouc, etc., etc Un grand industriel des Etats-Unis, M. Goodyear, de New-Haven dans le Connecticut, eut le premier l'idée d'appliquer le caoutchouc vulcanisé, qu'il avait inventé, à la fabrication des poupées et des jouets. Cette idée lui avait été suggérée par les sauvages de 1 Amérique et les indigènes de l'Assam qui amusaient leurs enfants avec de grossiers joujoux de caoutchouc, représentant des caïmans, des éléphants, des chevaux, des oiseaux, etc Ces jouets ne sont pas fragiles et peuvent recevoir un certain fini.
Le jouet, pour remplir complètement son but, doit satisfaire à de multiples conditions : il doit être tout à la fois amusant utile, bien fait et bon marché. Il faut l'avouer, il est bien rare de trouver un jouet remplissant toutes ces conditions. Trop souvent il verse dans le luxe, trop souvent aussi il est d'une fragilité désespérante. Combien sont rares enfin les jouets qui amusent et instruisent en même temps !
La mécanique, qui envahit tout dans l'industrie, a fait aussi son apparition dans le jouet et commence à y régner en maîtresse. On ne saurait imaginer quelle immense quantité de recherches, de tâtonnements, de combinaisons, exige un jouet mécanique. Certains de ces jouets constituent de véritables tours de force.
Les jeux forains, qui représentent en somme une branche importante de l'industrie des jouets, commencent à utiliser depuis quelques années les combinaisons de la mécanique et la force de la vapeur. Qui de nous n'a été plus d'une fois intéressé par les évolutions de quelques mannequins de cire et surtout par les manèges à vapeur, dont les sifflets stridents et étranges sont une nouvelle application originale des lois de l'acoustique.
STATISTIQUE
Les pays qui fabriquent le plus de jouets, sont : la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche et la Suisse. France. — En France, on fabrique beaucoup de jouets dans
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le Jura, les Vosges, l'Isère, mais surtout à Paris. Paris a pour ainsi dire le monopole des jouets riches, très recherchés à l'étranger pour leur élégance, le bon goût et la variété ; on y fabrique aussi beaucoup de jouets communs. L'ouvrier parisien, pour lutter contre la concurrence allemande, doit diviser son travail et posséder un outillage très perfectionné. Pour un grand nombre d'articles communs, la lutte est même impossible, car l'Allemagne a l'avantage du bas prix de la matière première et de la main-d'œuvre. Si la France exporte peu de jouets, cela lient à un défaut, d'ailleurs général et qui s'applique un peu à tous les autres produits industriels d'exportation : c'est que le fabricant français ne consultant pas assez les goûts des nations étrangères, veut imposer les modes françaises, alors que les Anglais et les Allemands vont sur place étudier les mœurs des peuples auxquels ils veulent vendre, et opèrent en conséquence.
Allemagne. — L'industrie des jouets est considérable en Allemagne. L'ouvrier allemand produit plus vite et à meilleur marché que l'ouvrier français, car il se contente de copier ses modèles et n'est pas créateur comme l'ouvrier parisien. Les principaux centres de fabrication sont Berlin ; la Saxe où l'on compte plus de ( J00 fabriques de jouets en bois et en vannerie; le Hanovre, le Wurtemberg qui fabriquent surtout des jouets en tôle de fer, soldats, chevaux et carrosses; la Bavière et la Forêt-Noire; surtout à Nuremberg, Manheim, Cobourg, Sonnenberg, Bodacb, Neustadt, etc.
La Bavière excelle dans la fabrication des soldats en plomb. Cette industrie est très ancienne, elle date du xiv c siècle ; mais à cette époque on fondait les soldats en étain. Ce genre de jouet serf à entretenir le patriotisme allemand et le chauvinisme d outre-Bbin ; le texte explicatif qui accompagne les soldats exalte les victoires nationales au détriment des autres peuples. Les procédés usités sont très simples : on coule un alliage de plomb, d'étain, de bismuth ou d'antimoine dans des moules en ardoise ou en laiton, noircis avec du noir de fumée. Les couleurs sont appliquées par des femmes. A Furth et à Nuremberg, les deux grands centres de cette fabrication, plus de 800 ouvriers I. 12