CHAPITRE PREMIER
Les Cinq Dynasties : Woii Tai.
CETTE période d'anarchie de cinquante-trois ans, qui succéda à la longue administration des T'ang, est désignée dans l'histoire de la Chine, sous le nom de Wou Tai, les « Cinq Familles », ou « Cinq Dynasties », ou de Heou Wou Tai, les « Cinq Familles postérieures- », pour les distinguer des Ts'iex Wou Tai, les « Cinq Familles antérieures » qui régnèrent entre les Tsin et les T'ang. Ces Cinq Familles qui n'ont d'ailleurs exercé l'autorité que sur une petite partie de la Chine, sont par ordre de succession, les Heou Leang, les Heou T'ang, les Heou Tsix, les Heou Han et les Heou Tcheou.
Il faut avouer que cette période de l'histoire de Chine n'offre qu'un médiocre intérêt; ces chefs qui convoitent le titre d'empereur, qui n'ont pour objectif que la conquête des terres de leurs voisins, guidés seulement par l'ambition, le lucre et leur ardeur combative, sans idées générales, hommes grossiers, sans éducation, superstitieux, ne redoudant que les sorciers et leur magie, rappellent certains barons de notre féodalité, véritables animaux de proie, guettant la victime sur laquelle ils se jetaient au moment favorable, pillant villes et campagnes pour recueillir le butin qu'ils accumulaient dans leurs repaires fortifiés. Pas une idée politique, pas une idée morale, pas une idée noble, la force brutale leur seul mo3'en d'action, le vol, le meurtre les seuls buts de leur conduite; à peine retenus, non par un véritable sentiment religieux, mais par une terreur superstitieuse de forces impondérables qu'ils ne comprennent pas, mais dont ils connaissent et redoutent les effets. La faiblesse des empereurs, la puissance des gouverneurs causent une anarchie dont souffre tout le pays.
XIV^ Dynastie : les Heou Leang ou Leang Postérieurs.
TcHOU Wen, jadis Tchou San, perfide et débauché, qui ne se distinguait ni par une intelligence supérieure, ni par des talents d'administrateur, ni par une grande bravoure sur les champs de bataille, avait été servi par les circonstances, la faiblesse et l'incapacité des derniers T'ang, la rivalité des gouverneurs de province, l'anarchie dans la direction des affaires, surtout par son absence de tout scrupule jointe à une cruauté sans égale. Simple particulier à Tang Chan (Kiang Nan), rebelle avec Houang Tch'ao, ayant reçu de l'empereur un emploi dans son armée, il réussit à se substituer au Fils du Ciel. Quand il monta sur ' le trône, le grand ancêtre. T'ai Tsou, d'une nouvelle dynastie, les Heou Leang (Leang Postérieurs), il y apporta les germes de la ruine rapide de sa famille et il ne tarda pas à s'apercevoir que le titre d'empereur ne suffisait pas à conférer la toute puissance et que le cadre exigu dans lequel il exerçait le pouvoir était pressé de toutes parts par des chefs qui s'étaient rendus plus ou moins indépendants et ne redoutaient nullement un usurpateur qu'ils savaient possible de renverser quand ils le voudraient. Le Fils du Ciel se trouvait dans une position analogue à celle du roi de France en présence de ses grands feudataires et à tout moment pouvait surgir une Ligue du Bien Public pour faire chanceler ou renverser un souverain qui avait les apparences plus que la réahté du pouvoir.
Sans les faire entrer dans ses intérêts, Tchou Wen, renonçant à gagner les grands gouverneurs, combla de ses faveurs Ma Yin, Ts'ien Lieou, Lieou Yin, Wang Chen-tche et Kao Ki-tchang. Un seul homme repoussa ses avances : son propre frère aîné, Tchou Ts'iouen, qui déclina le titre de prince, abandonna même la cour, et se retira dans son pays au Tang Chan, montrant ainsi qu'il était étranger aux crimes de Tchou Wen, mais il ne put empêcher celui-ci de créer princes du premier ordre, ses trois fils à lui Tchou Ts'iouen.
Ma Yin possédait 23 villes dans le Hou Kouang qui con-
HEOU LEANG y
stituaient son royaume de Tchou sur lequel il régna 34 ans, depuis 896; il eut pour successeurs ses fils Hi Ching, 3 ans; Hi Fan, 15 ans; Hi Kouang, 3 ans; Hi Wou, un an; Hi Tsoung, 9 mois; ce royaume disparut en 951, après avoir duré 56 ans, sous six princes.
Wang Chen-tche était maître du royaume de Yin ou de Min depuis 892 ; il régna 34 ans à Fou Tcheou et mourut à la 12^ lune de 925; il eut cinq successeurs; ses fils Wang Yen-han, un an, tué à la 12^ lune de 926, et Wang Yen- Kiun (Houei Tsoung), 9 ans, tué à la lo^ lune de 935 ; Wang Ki-ping (Wang Tch'ang, K'ang Tsoung), fils de ce dernier, 3 ans, tué à la 7^ lune de 939; Wang Hi (King Tsoung), fils de Chen-tche, 6 ans, tué à la 6^ lune de 944; Wang Yen-tch'eng, également fils de Chen-tche, 4 ans, qui s'était proclamé roi à Kien Tcheou en 942 et avait pris Ta Ying-Kouo pour son titre dynastique; lorsque son frère eut été tué, il transféra sa capitale à Fou Tcheou et changea son titre d^-nastique en celui de Ta Min-Kouo. Ce royaume, qui comprenait cinq villes du Fou Kien, cessa d'exister en 946; Wang Yen-tch'eng s'était soumis au Nan T'ang en 944, à la 8® lune et mourut en 951.
Les K'i Tan qui avaient déjà causé tant de soucis à la Chine, allaient avec un chef entreprenant, prendre part à la curée et créer une dynastie, celle des Leao, qui après avoir régné sur le nord de la Chine, ayant été repoussée par les KiN en 1125, devait régner sur l'Asie Centrale jusqu'à la fin du xii^ siècle. Sous l'empereur Hi Tsoung, des T'ang, les K'i Tan étaient répartis en huit hordes campées sur le Kara Mouren, le Sira Mouren, et autres fleuves de Mongolie, pouvant mettre chacune sur pied un effectif de 10,000 hommes; tous les trois ans, ils choisissaient un chef dont les pouvoirs n'étaient pas renouvelables ^ Il arrivaque l'un de ces chefs, Ye-liu A-pao-ki, qui s'était illustré par ses conquêtes, en particulier par celles du pays des Ta Tche, dans le Yin Chan, et des Hi au sud des K'i Tan, près de la Grande Muraille, dans le Tche Li, au nord-est de Kou pe k'eou, voulut garder le pouvoir à l'expiration de ses
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fonctions; en conséquence, il se retira avec sa horde, et alla s'établir au pays de Han Tcheng, <( près d'un lac dont les eaux lui donnèrent du sel en abondance : il en fit labourer les terres, où il sema cinq sortes de grains qui donnèrent une abondante récolte, et par ce moyen il se procura la facilité de subsister sans le secours de personne. » ^ Puis, a3'ant exercé ses sujets au maniement des armes, il attaqua les sept hordes qui avaient refusé de le laisser au pouvoir et les soumit ; marchant ensuite au nord il conquit les royaumes de Che Wei et de Niu Tche; ensuite, à l'ouest, il ■ conquit tout l'ancien domaine des Tou Kiue; devenu puissant, il compara sa force à celle des gouverneurs de la Chine, à celle même du Fils du Ciel, et il songea à la conquête de l'Empire. Il fallait toutefois agir avec prudence.
Li K'o-YOUXG lui parut le plus redoutable de tous ces chefs, aussi voulut-il gagner son amitié. A pao-ki se rendit de Parin, son campement, sur le Kara mouren, chez Li K'o-young, aux environs de Ta T'oung fou (905) et les deux chefs se jurèrent fidélité ; au banquet qui suivit, A-paoki s'étant enivré, on conseilla à son hôte de l'arrêter, mais Li était trop honnête pour manquer à la foi jurée; en revanche, A-pao-ki ne fut pas longtemps avant d'oublier ses serments, et dès que Tchou Wen fut monté sur le trône, le Barbare lui offrit son alliance que l'empereur s'abstint prudemment d'accepter, tout en donnant de bonnes paroles et en offrant des présents aux envoyés du chef K'iTan qui, resté sans appui, fut obligé de renoncer momentanément à ses projets ambitieux (907).
Tchou Wen voyant en Li K'o-young le principal obstacle à l'extension de sa puissance envoya son général Kang HouAi-TCHEN avec une armée considérable mettre le siège devant Lou Tcheou (Lou Nan fou, au Chan Si) qui appartenait à son ennemi. Mais Li K'o-young envoya au secours de Li Se-tchao, gouverneur de la ville, Tcheou Te-wei; Kang Houai-tchen défait est remplacé par Li Se-ngan qui ne réussit pas mieux; malheureusement le prince de Tsin meurt à T'aï Youen, à la première lune de 908 (23 février), âgé