‹ Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de la dynastie mandchoueChapitre 247 sur 265 · Mongols, II, p · texte numérisé non relu

Mongols, II, p

jjrcscnts qu'elle apportait, comme un acte d'hommage de la yait du roi de l'rance, et sa réponse, qu'elle envoya par des messagers qui accompagnèrent les deux dominicains, ne contenait que la sommation accoutumée de prêter obéissance, de payer tribut et de venir en personne rendre hommage au chef de l'empire mongol; en sorte que le roi de France, selon l'expression de Joinville, se repentit fort, quand il y envoya ».

« Quant li grans roys des Tartarins ot receu les messaiges et les presens, il envoia querre par asseurement plusours roys qui n'estoient pas encore venu à sa merci ; et lour fist tendre la chapelle, et lour dist en tel manière : « Signour, li roys de France est venus en nostre merci et sugestion, et vezci le tréu que il nous envoie ;. et se vous ne venez en nostre merci, nous l'cnvoierons querre pour vous confondre. » Assés en y ot de ceus qui, pour la poour dou roy de l'rance, se mistrent en la merci de celi roy.

» Avec les messaiges le roy vindrent li lour, et aportèrent lettres de lour grant roy au roy de France, qui disoient ainsi : « Bone chose est de pais ; quar en terre de pais manguent cil qui vont à quatre piez, l'erbe pesiblement. Cil qui vont à dous, labourent la terre (dont li bien viennent) paisiblement. Et ceste chose te mandons-nous pour toy avisier; car tu ne peus avoir pais se tu ne l'as à nous. Car prestres Jehans se leva encontre nous, et tex roys et tex (et moût en nommoient) ; et touz les avons mis à l'espée. Si te mandons que tu nous envoies tant de ton or et de ton argent chascun an, que tu nous retieignes à amis ; et se tu ne le fais, nous destruirons toy et ta gent aussi comme nous a\'ons fait cêus que nous avons devant nommez ». Et sachiez qu'il se repenti fort quand il y envoia 1. »

Les Frères Prêcheurs, qui s'étaient embarqués à Ch^-pre, passèrent par Antioche et mirent un an pour se rendre chez le Grand Khan : Kouyouk étant mort, ils assistèrent à l'élection de Mangkou Khan ; ils furent d'ailleurs bien traités .

Le roi de France ne pouvait rester sur cet insuccès ; il résolut d'envoyer aux Mongols une nouvelle mission dont

i. Joinville, Saint Louis, éd. Natalis de Wailly, 1868, p. 175.

il confia la direction au frère Guillaume, de Rubrouck, latinisé en Rubruquis, qui devait l'accompagner à la Croisade.

Nous ne savons, en dehors de la relation de son voyage, presque rien du franciscain Guillaume, né à Ruysbroek ou Rubrouck, dans la Flandre française et non en Belgique, mais il nous semble avoir été un homme pieux et un remarquable observateur : il est le premier écrivain d'Occident qui identifie la Sérique avec le Cathay, qui nous parle de l'écriture chinoise, qui mentionne les Buddhas vivants et la Corée, qui indique le Koiilan ou âne sauvage et VOvis Poli, etc. Noua ignorons la date de sa naissance et de sa mort, mais nous savons qu'il a rencontré en France Roger Bacon, qui incorpora ses découvertes géographiques dans son Opus Majus.

Guillaume partit de Constîmtinople le 7 mai 1253 et, par la mer Noire, se rendit en Gazaria (Crimée) et à Soldaia (Soudak), grand entrepôt des commerçants venant de Turquie et de Russie, où il arriva le 21 mai; le i^r juin il se mettait en route pour porter les lettres du roi à Sar- TACH, avec ses compagnons, frère Barthélémy de Crémone, GozET, porteur des présents, un turkmène interprète, un garçon nommé Nicolas, qu'il avait racheté à Constantinople, et deux hommes pour conduire les chariots, les bœufs et les chevaux; trois jours après avoir quitté Soldaia, il rencontre les Tartares, dont il décrit les mœurs :

(( Les Tartares, nous dit-il, n'ont point de demeure permanente, et ne savent où ils doivent habiter le lendemain : car ils ont partagé entr'eux toute la Scythie, qui s'étend depuis le Danube jusqu'au dernier Orient, et chaque Capitaine, selon qu'il a plus ou moins d'hommes sous soi, sait les bornes de ses pâturages, et où il doit s'arrêter selon les saisons de l'année. L'Hiver approchant, ils descendent aux pais plus chauds vers le Midi; l'Eté ils montent aux régions froides vers le Nord. En Hiver ils se tiennent aux pacages destitués d'eaux, quand il y a des neiges, à cause que la neige

i . Voir Recueil de Bergeron et William of Rubruck, by W. W. RocKHiLL, Hakluyt Soc, 1900.

lear sert d'eau. Les maisons où ils habitent pour dormir sor.t fondées sur des roues, et des pièces de bois entrelassées, et aboutissent en haut à une ouverture comme une cheminée, faite de feutre blanc, qu'ils enduisent de chaux ou terre blanche, ou de poudre d'ossemcns, pour la faire reluire ; quelquefois aussi de couleur noire : cette couverture de feutre par le haut, est embellie de diverses couleurs de peinture. Au devant de la porte ils pendent aussi un feutre tissu de diverses couleurs, qui représentent des seps de vignes, des arbres, des oiseaux, et autres bêtes. Ils ont de ces maisons-là de telle grandeur, qu'elles ont bien trente pieds de long : j'ai pris la peine quelquefois d'en mesurer une qui avait bien vingt pieds d'une roue à l'autre : et quand cette maison était posée dessus, elle passait au delà des roues 1. »

Leur boisson est l'été le « cosmos » (Koumis) ou lait de jument dont Guillaume nous indique le mode de fabrication, tandis que l'hiver ils composent une très bonne boisson de riz, de mil et de miel, qui est claire comme du vin; le vin vient de loin; ils mangent indifféremment de toutes sortes de chairs mortes ou tuées ;« les hommes se rasent un petit quarré sur le haut de la tête, et font descendre leurs cheveux du haut jusques sur les temples de part et d'autre. Ils se rasent aussi les temples, et le col, puis le front jusqu'à la nuque, et laissent une touffe de cheveux, qui leur descend jusques sur les sourcils; au côté du derrière de la tête ils laissent des cheveux, dont ils font des tresses, qu'ils laissent pendre jusques sur les oreilles ^. »

Guillaume nous donne encore une foule de renseignements sur les mœurs et les coutumes de Tartares, qui l'accueillirent d'abord assez mal, mais comme il était muni de lettres de l'Empereur de Constantinople pour leur chef Skakatay, parent de Bat ou, ils lui fournirent des guides. Guillaume ne mit pas moins de deux mois pour se rendre de Soldaia au camp de Sartach, à trois journées du fleuve Etiha (Volga) et pendant ce temps il coucha toujours à l'air ou sous ses

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