Mailla, p
Il8- HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CHINE
princesse Te Fei que l'impératrice régente, qui n'avait pas eu d'enfants, fit reconnaître comme impératrice ; la régente se montra à la hauteur de la situation et répara les malheurs de l'administration précédente; agissant avec fermeté, dirigeant les affaires avec habileté, elle fit rentrer dans son conseil privé l'illustre Se-ma Kouang qui, depuis quinze ans, \-ivait au pays de Lo Yang, et Liu Koung-tchu ainsi que Tch'eng Yi, frère du savant Tch'eng Hao. xA. la cinquième lune de 1086, elle retint aussi pour le ministère Han Wei, venu de son gouvernement pour les funérailles de l'empereur. Wang Ngan-che venait justement de mourir, il n'eut pas le chagrin de voir anéantir son œuvre néfaste.
Li Ping-tchang, roi des Hia, mourut la même année à la septième lune : Se-ma Kouang fit régler immédiatement les questions pendantes entre les deux empires et remettre des lettres patentes à Kien Chouen, fils du souverain défunt ; ce fut le dernier service que rendit Se-ma Kouang ; ce sage ministre avait changé tous les fonctionnaires de Wang Ngan-che, rétabli l'empire sur son ancien pied, rendu la paix au peuple; il mourut à la neuvième lune de 1086, âgé de soixante-huit ans ; il n'avait d'ennemis que les taoïstes et les bouddhistes ; par son caractère concihant, il s'était fait aimer de tous ; son corps fut transporté de K'aï Foung dans son pavs de Chen Tcheou pour y être enterré.
En 1087, Liu Koung-tchu fit promulguer un décret pour qu'à l'avenir on s'en tînt pour les examens à la doctrine des King et il défendit que l'on se servit du dictionnaire publié sous le nom de Wang Ngan-che. Se sentant fatigué, âgé, à la quatrième lune de 1088, cet excellent ministre désira de prendre sa retraite, mais l'impératrice refusa de le laisser quitter le palais. L'ancien adversaire de Wang Ngan-che ne devait survivre que fort peu de temps à cette nouvelle marque de faveur; sans avoir été malade, il mourut à la deuxième lune de 1089, âgé de soixante-douze ans.
A la deuxième lune de 1090, le nouveau roi de Hia, en renvoyant 149 prisonniers chinois, officiers et soldats, demanda qu'on lui restituât les villes de guerre de MiTche,
Kia Lou, Feoii Ton et Ngan Kiang (de King Yang fou, dans le Chen Si), menaçant, si on les lui refusait, de les prendre de force; pour éviter la guerre, la régente les leur fît rendre, ce qui n'augmenta pas le prestige des Chinois aux yeux des Tartares. • La majorité de l'empereur approchant, l'impératrice lui fit épouser, en 1092, une jeune hlle de seize ans, fille de Moung Youen, officier de cavalerie, dont on disait le plus grand bien; l'année suivante (9^ lune, 1093), mourait l'impératrice régente, qui, par sa volonté, ses grandes qualités d'administrateur, sut maintenir la paix dans l'empire, se faire respecter, rétablir l'ordre troublé par Wang Ngan-che ; ses mérites l'ont fait comparer aux sages empereurs Yao et Chouen. Son œuvre ne devait pas lui survivre : son fils faible et incapable, en prenant les rênes du gouvernement, renouvelant des errements fatals à certains de ses prédécesseurs, eut la fâcheuse idée de faire revenir au palais dix eunuques dont l'un d'eux, Lieou Youen, avait été chassé par l'impératrice régente à cause de son génie de l'intrigue. De concert avec Liu Ta-fang, ils firent rappeler Tchang Tun et Liu Houei-king, tandis que Fan Tsou-yu qui leur était hostile se retira éloigné de la Cour comme gouverneur de Tchen Tcheou ; libres d'agir, ils firent rétablir l'état de choses qui régnait sous Chen Tsoung; ils poussèrent l'audace jusqu'à demander qu'on jetât à la voirie les corps de Se-ma Kouang et de Liu Koung-tchu ; c'était pousser trop loin leur désir de vengeance : l'empereur s'opposa à leur projet, mais ce souverain faible consentit que l'on supprimât les honneurs posthumes rendus à ces illustres serviteurs de sa dynastie.
Par suite d'une intrigue de Cour à laquelle fût mêlé le ministre Tchang Tun, l'empereur amoureux d'une fille du palais, Lieou Tsieï-yu, répudia l'impératrice Moung Che, à la neuvième lune de 1096.
La faiblesse du gouvernement chinois, enhardissant les Hia, à la dixième lune de 1096, leur roi Li Kien-chun pénétra avec une grande armée dans le pays de You Tcheou et s'empara de la forteresse de Kin ming tchaï, défendue,