‹ Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de la dynastie mandchoueChapitre 90 sur 265 · I. Mailla, VIII, p · texte numérisé non relu

I. Mailla, VIII, p

La première lune de iior vit la mort de l'impératricemèrc Hiang Che et celle du roi des Leao, Ye-liu Houng-ki, âgé de 70 ans, qui fut remplacé par son petit-fils Ye-liu Yen-hi ; celui-ci, pour venger la mort de son père assassiné à l'instigation de son oncle Ye-liu Y-sin qui aspirait au trône, fit jeter au vent les cendres de ce dernier.

Malheureusement les brillants commencements du règne de Houei Tsoung n'eurent pas la suite que l'on était en droit d'espérer; sous une apparence trompeuse de fermeté, le prince cachait un caractère faible et son ardeur pour la chose publique dissimulait des goûts puérils. Il avait la passion des objets rares; c'était un collectionneur, et les courtisans connaissant sa faiblesse s'ingéniaient à lui donner satisfaction pour en tirer eux-mêmes un bénéfice. L'eunuque T'oung Kouan, ami dévoué de Ts'ai King, partisan de Wang Ngan-che et de Tchang Tun, crut possible, et l'événement lui donna raison, de faire rentrer son ami en grâce en flattant et aidant les manies impériales ; en conséquence il écrivit à Ts'ai King, réfugié à Hang Tcheou, pour lui recommander d'envoyer de belles peintures, des pierres curieuses, etc., qu'il présenta si habilement à Houei Tsoung que celui-ci songea à récompenser cet ancien ministre; l'empereur envoya même à la première lune de 1102 à Sou-Tcheou et à Hang Tcheou, T'oung Kouan pour faire travailler les habiles ouvriers de ces villes aux bibelots qu'il recherchait pour ses collections.

D'autre part Fan Tche-hin recommandait à unTao Che de ses amis, nommé Siu Tche-tchang, qui passait pour avoir le secret de chasser les mauvais esprits et était bien vu au Palais par les impératrices, de faire continuellement l'éloge de Ts'ai King déjà considéré d'un œil sympathique à cause de ses envois fréquents d'objets de collection, si bien que l'ancien ministre, nommé gouverneur de Ting Tcheou, était peu de temps après promu au poste de Tai Ming fou. La situation intérieure se compliquait de la mésintelligence qui régnait entre les deux ministres Han Tchoung-yen et Tsen Pou; ce dernier, acquis à Ts'ai King, aurait voulu obtenir pour ce dernier la place de son collègue qu'il essaya

de faire disgracier; Teng Siun-wou, un des hauts fonctionnaires, adressa à l'empereur, dans le même but, un placet dans lequel il déclarait que Han Tchoung-yen était fils de Han K'i et, comme son père, hostile à la politique de Chen Tsoung; il était donc nécessaire de le remplacer par Ts'ai King; aucune réponse ne fut faite par l'empereur. Il est intéressant de noter la durée de l'influence de Wan Ngan-che et de ses idées, ainsi que la tradition funeste de l'empereut Chen Tsoung perpétuée par les plus mauvais éléments du pays. Le placet de Teng Siun-wou n'ayant pas eu l'effet désiré, les partisans de Wang Ngan-che crurent que Hang Tchoung-yen était la cause de cet insuccès : cet excellent ministre ayant en effet fait revenir toutes les victimes de Tchang Tun, on l'accusa d'employer des exilés, ce qui était vrai, mais ce qui n'était pas moins juste, et on travailla tellement Houei Tsoung que le faible souverain disgracia son meilleur serviteur et l'envoya comme gouverneur à Taï Ming fou, laissant la porte ouverte à tous les intrigants. Ts'ai King, nommé ministre d'État, s'empressa de casser Tsen Pou qui fut exilé à Jun Tcheou avec le titre de gouverneur, de rétabhr les lois de Chen Tsoung, et, pour briser toute résistance, de faire rentrer dans les rangs du peuple six cents membres des familles les plus considérées de l'Empire; avec la complici-té de l'eunuque Hao Soueï,il réussit même à faire dégrader à nouveau l'impératrice Moung Che; à la 9^ lune de 1103, Ts'ai King fait répandre dans toute la province une inscription infamante pour la mémoire de Se-ma Kouang, qui devait être gravée sur pierre et être exposée à la porte des yamens; rendu de plus en plus entreprenant par le succès de ses criminelles entreprises, le ministre eut l'audace de faire placer Wang Ngan-che dans la salle de Confucius, immédiatement après Mencius (7e lune, 1104); plus tard, en 1113, Mencius dut même céder sa place à la droite de Confucius à Wang Ngan-che, dont la statue fut d'ailleurs jetée hors du temple en 1172. Le frère puîné de Ts'ai King, Ts'ai Pien, gendre de Wang Ngan-che, ayant refusé au ministre tout puissant le gouvernement général d'une province frontière pour l'eunuque

LES SOUXG 127

T'oung Koiian, se brouilla avec Ts'ai King qui l'obligea à demander sa retraite et lui donna le gouvernement de Ho Nan fou. Une éclipse {1^^ lune 1106) effraya l'empereur et suffit à modifier sa politique : sur le conseil de Lieou kouei, les exilés sont rappelés et les marbres qui les diffamaient sont brisés; puis à la 2^ lune, Ts'ai King, disgracié, était remplacé par Tchao Ting-tchc, ami de Lieou Kouei.

Le premier jour de la 7^ lune, nouvelle éclipse, nouveau changement de politique : Tchang Kiu-tchoung, père de la reine Tcheng Feï, persuada à la girouette impériale que Ts'ai King n'avait agi que dans son intérêt à lui Houei Tsoung. Le crédule empereur croyant alors que Lieou Kouei avait calomnié Ts'ai King l'envoya en disgrâce gouverner Po Tcheou.

« Quelque temps après (1106), on apprit queWEiYEN- NAO,roi ou chef de Li Toung, royaume des Barbares du Midi, s'était soumis à la Chine, et avait remis le pays qu'il gouvernait entre les mains des officiers chinois. On donna ordre de diviser ce pays (King Youen Tcheou, du Kouang Si), comme il l'était auparavant, sous les noms de Ti Tcheou, de Wen Tcheou, de Lan Tcheou et de Pin Tcheou, et d'y établir des officiers 1. »

Comme on devait s'y attendre, l'empereur fit rentrer dans le ministère Ts'ai King qui, désireux de perdre Lieou Kouei, fit commencer une instruction contre sa famille à Sou Tcheou, l'impliquant dans une affaire de fausse monnaie; l'enquête menée par Li Hiao-cheou, gouverneur de K'ai Foung et les censeurs Chin ki et Siao Fou, ne put <^tablir la culpabilité de gens sans aucun doute innocents, victimes d'une vengeance; Ts'ai King, furieux de son insuccès, fit destituer les censeurs et exila Tchang Yen, beau-frère de Lieou Kouei. En iio7,Faxg Tchex qui avait la garde de la salle des ancêtres de la famille impériale, écœuré de ce qui se passait, adressa un mémoire à Houei Tsoung, qui le communiqua à Ts'ai King; celui-ci s'empressa de faire exiler à Lin Ngan le censeur inopportun. A la 3^ lune de 1109, Tchang Kang-houei, arrivé aux plus hautes fonctions

Page 1