‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 159 sur 352 · DE PROVIDENTIA DIVINA · texte numérisé non relu

DE PROVIDENTIA DIVINA

est ravagé comme si tout l'Océan l'avait inondé : bétail, semences, vignes, oliviers sont détruits ; les villes sont prises d'assaut et brülées; nobles et roturiers sont mis à mort; le glaive n'a pas épargné les enfants, les religieuses et les anachorètes eux-mêmes. Et le poète a eu, lui aussi, à en souffrir : ses pauvres effels sur le dos, il prit la route et marcha dans la poussière, entre les voitures et les armes des Goths, lorsque « çet évêque vénérable par sa vieillesse » emmenait son peuple chassé de la ville réduite en cendres (1 (1 ). Mais s’il en était ainsi pendant la guerre, ajoutent ceux qui doutent, il faut dire pourtant que, pendant la paix aussi, le sort des méchants a tôujours été, de mémoire d'homme, généralement meilleur que celui des justes.

Dès le début du poème lui-même, l’auteur passe à la réfutation de ce doute ; comme point de départ, il dit (ce que du reste la nature nous enseigne et ce qui est une connaissance innée dans l’homme) qu'un Dieu éternel a créé le monde et tout ce qu'il renferme, que ce Dieu est bon et que tout ce qu'il produit est exempt de défaut (2). Il gouverne aussi le monde qui, créé par lui, ne peut exister sans lui. On fait deux objeclions contre la Providence. Voici la première : un seulêtre ne

mais plutôt, les uns aprés les autres. La mention seule de Vandales ne permet pas de penser à des guerres postérieures. Le poème était donc écrit en &15. Cette date n'est pas en contradiction avec les allusions que contient le poème relativement à la diseussion sur les deux natures du Chris : la diseussion ne devint brûlante il est vrai et ne passionna le monde chrétien que depuis l’apparition de Nestorius en 428, mais on l'avail traitée auparavant en Occident et précisément en Gaule. En 426 déjà, le moine Léporius avait élé chassé de la Gaule, sa patrie, pour avoir rejeté l'expression qui dit que Dieu naquit de la Vierge Marie. La manière dont cette question est présentée dans notre poème montre déja, à mon avis, qu’il n'existait pas encore de décret conciliaire, tel qu'il fut promulgué d’abord à Éphèse, en 431. Le poème ne mentionne pas non plus le combat déjà ouvert entre l'augustinisme et le semi-pélagianisme, quoique l’auteur ait un faible pour ces doctrines qui pourtant ne sont pas encore développées dogmatiquement dans les poèmes. — Lo dute que nous adoptons pour la composition de ce poème est enfin confirmée par le Commonitorium d'Orientius qui le met à profit et dont nous parlerons dans le livre suivant.

1. V. 59 sq. « Cum sacer ille senex plebem usta pulsus ab urbe Ceu pastor laceras duceret exul oves.

2. Est igitur Deus, et bonus est, el quidquid ab illo Effectum est, culpa penitus vacat atque querela. »

saurait avoir une si grande puissance. Cette objection a sa base dans les connaissances bornées de l’homme; le poète la réfute par une peinture pleine de poésie et d'élan, où il nous montre l'immensité de l'essence divine par rapport au temps et à l’espace. La seconde objection consiste à dire que Dieu a bien la puissance, mais non la volonté de gouverner le monde et de se soucier de l’homme qui n’est sur cette terre que pour un court espace de temps. Ceux qui prétendent de telles choses, ravalent l'homme au niveau de la bête : c'est par le Christ, qui lui a rendu « la vie perdue », qu'il s'est vu rouvrir Je chemin de l’immortalité. Pour développer cette idée, l’auteur remonte à la création de l’homme et à sa désohéissance, et il montre ensuite comment la Providence se manifeste dans l’histoire des Juifs. Il Ia développe jusqu'à leur sortie d'Égypte; de là, il passe à la rédemption par le Christ, qui renouvelle l'homme que la chute d'Adam avait dégradé. C'est ici que le poète touche à la double nature de Jésus- Christ, qui est tout aussi bien homme qu'il est Dieu. — Mais la mission du Christ est une preuve manifeste que Dieu se soucie de l’homme et que le salut est offert à tous. Être bon ou mauvais ne dépend que de Ia seule volonté de l’homme, qui est libre. Les bons et les méchants sont égaux par la naissance. La victoire sur les passions donne la couronne : sans efforts, impossible de l'obtenir. Dans une longue digression, le poète combat la croyance à l'influence des astres sur l’homme. Ce n'est point des astres, mais de notre cœur que viennent les obstacles à la vertu. La liberté ellemême excite le combat que nous avons à soutenir ; c'est une guerre civile. Les éléments n'ont jamais reçu aucun droit sur nous; c'est plutôt nous qui en avons sur eux. Î] montre après cela comment l'astrologie met à néant la morale et la religion. — Enfin l’auteur réfute encore une objection contre l’admission d’une Providence divine : souvent, ici-bas, les bons sont malheureux tandis que tout réussit aux méchants. A ce propos, il dit notamment que, si Dieu donnait dès ici-bas à l’homme la récompense qu’il mérite, tous les méchants devraient être anéantis, et les justes amenés dans un autre monde; mais, par là, la race humaine cesserait d'exister et les méchants se

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