‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 179 sur 352 · Septima lux magnum ut vidit cessasse Parentem · texte numérisé non relu

Septima lux magnum ut vidit cessasse Parentem

Sed generum tantum numeros desisse creare. I, v. 162 s.

[355-6.] COMMENTARIS IN GENESIM 395

exemple, la réponse à la question suivante : Pourquoi nos premiers parents ne se sont-ils pas habillés plutôt? Voilà une explication peu biblique(1). Il faut ranger aussi sous cette rubrique l'explication allégorique et mystique qu'on trouve çà et là dans le poème, à la fin, par exemple.

Si ces explications élargissent, en différents endroits, la matière biblique, cela a lieu en grande partie au moyen de longues digressions (c'est le nom que leur donne le poète luimême), qui n'ont rien de commun avec un commentaire de la Bible. Il existe un exemple du genre dans la courte sortie contre le polythéisme (I, v. 994 sq.), rattachée au discours du serpent (Gen., c. 3, v. 5), et erttis sicut dit, où le polythéisme est nommé pour la première fois parce que le pluriel du mot Dieu s'y trouve prononcé. Nous en voyons encore un autre exemple dans la longue digression (ILE, v. 405 sq.) sur la première apparition du polythéisme et du fatalisme que le démon introduisit dans le monde avec l'astrologie, la science des aruspices et tous les arts magiques. Nemrod, le premier, tombe dans ces crimes, et c'est à sonnom{Genes., c. 10, v. 8 sq.) que se rattache la digression qui remplace tout ce chapitre purement généalogique dont l’auteur ne dit pas un mot. Pour se consoler de la perte de son fils unique, Nemrod lui élève une statue de marbre, à laquelle il ordonne de rendre les honneurs divins. Laplusintéressante et la plus réussie de toutes les digressions, par rapport à l’idée comme par rapport au développement, est celle qui se trouve au début du deuxième livre, et qui ne comprend pas moins de cent quarante-neuf vers. Le poète y décrit la situation de nos premiers parents, qui, chassés du paradis, arrivent sur une terre couverte encore d’antiques forêts. Ce n’est qu'alors qu'ils reconnaissent tout le prix de l'Éden qu'ils ont perdu et dont ils ne peuvent oublier le souvenir. Le faim les pousse au travail; mais la culture du sol leur est encore inconnue, et, avant tout, il faut le conquérir sur la forêt, ce sol. Il s'adressent à Dieu par la prière. Mais, sur ces entrefaites, voilà que le serpent apparaît de nouveau.

1. V. I, v. 411 sq. Celui dont le sens est dirigé seulement vers le ciel, ne se soucie pas du corps.

Éve provoque Adam à le tuer, lui qui a introduit la mort dans le monde. Ils lui lancent des pierres et le serpent cherche à se cacher entre des rochers ; il réussit à s'échapper; mais un coup de pierre ayant atteint un silex, une étincelle jaillit aussitôt, et la forèt est bientôt en flammes. C'est pleins d'effroi et d’étonnement que nos premiers parents voient d'abord le feu et contemplent sa puissance. L'incendie, qui s'attaque même à la racine des arbres, ouvre le sein de la terre et leur découvre les trésors de ses métaux; puis, tombe une pluie bienfaisante qui fertilise le sol et lui fait produire les premières moissons. — À elle seule, cette partie prouve que l'auteur était capable de conceptions poétiques et qu'il savait leur donner, suivant les modèles classiques, une expression convenable, soit dans la langue, soit dans le vers, qu'il manie avec facilité. La rhétorique, il est vrai, qui, depuis l'âge d'or. domine la poésie romaine et surtout l'épopée, ne s’en montre que mieux dans les œuvres des Épigones postérieurs; en face de la naïveté si simple du récit biblique, cette pompe extérieure de langage, telle qu’elle se trouve ici, nous apparaît sous un jour d'autant plus défavorable ; mais les Romains contemporains y trouvaient leur plaisir. Par ce moyen encore le poète parvenait à élargir la matière (1).

On attribue encore au même auteur un autre poèmeintitulé: Epistola de perversis suae aetatis moribus ad Salmonem abbatem. Cet opuscule de cent cinq hexamètres nesaurait, à proprement parler, être désigné sous le nom d'«Épitre, » car, quoique présentée sous la forme d’une conversation entre le poète et l'abbé, c’est une parfaite satire, dans le style des épîtres d'Horace : le premier, il est vrai, a presque seul la parole. De retour dans sa patrie, après une longue absence, le poète veut faire une visite au moine Thesbon, son ami, qui lui a donné l’hospitalité : c'est ce que nous apprend l’allocution de l'abbé au début du poème : il indique au poète le chemin, et celui-ci en profite pour s’entretenir avec lui du déplorable état dans lequel

1. C’est ainsi qu'à l’occasion de la délivrance de Loth par Abraham (Gen., c. 14), le poète nous fait la description d'une bataille en prenant, comme toujours du reste, Virgile pour guide, IL, v. 387 sq.

[357.] EPISTOLA AD SALMONEM 397

il a trouvé sa patrie. Le Barbare l'opprime, il la rend semblable à un désert; mais elle a encore plus à souffrir d’un mal intérieur, d'un ennemi secret, par lequel, dans notre inertie coupable, nous nous laissons enchaîner : je veux direl’immoralité. Ce que ravagent les Barbares, on cherche à le réparer, quoique souvent on ait peu d'espoir d'y réussir; mais on ne pense pas à rendre ses mœurs meilleures. « Rien n’est sacré pour nous que le gain», s'écrie le poète ; ce qui est utile, voilà le bien, et, par euphémisme, on donne au vice le nom de la vertu. On ne cultive que la sagesse de la terre, et les hommes s’imaginent déjà savoir ce que Dieu seul connaît. Les fautes des femmes aggravent encore cet état moral, et nous ne sommes pas étrangers, dit-il, aux fautes des femmes : c'est la parure et le luxe ; l’une ne veut pas rester inférieure à l’autre, et, par là, elles ne font que prévenir la sensualité des hommes. Et cette coquetterie est aussi cause que les femmes, méprisant la sagesse de saint Paul et de Salomon, prennent plaisir à lire Térence, Virgile, Horace et Ovide (v. 72 sq.) : en cela, d'ailleurs, elles ne font que suivre notre exemple. Si nous étions meilleurs au point de vue moral, dit le poète en terminant, les ennemis extérieurs seraient impuissants contre les serviteurs de Jésus-Christ. L'abbé a objecté ensuite que les braves gens ne sont pas si rares que le prétend le poète; celui-ci lui demande alors comment il s’est porté pendant son absence : mais Salmon, que l’heure avancée appelle aux vêpres, remet la réponse au lendemain. — Ainsi finit ce poème qui offre, au point de vue de la civilisation, un tableau intéressant.

398 SÉDULIUS 1358.]

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