Cf. v
3 C'est exactement ce que fait Juvencus lui-même, v. plus haut, p. 128.
4. Si, à l'origine, il n'avait eu que quatre livres (ainsi qu'on pourrait l’admettre d'après le passage de la dédicace cité plus haut, p. 398, remarque 3), il faut alors que le premier et le deuxième n'en aient formé qu’un seul, qui, dans ce cas, aurait eu le double du volume des autres. En renvoyant à Adam, la fin du premier livre élablit une connexion étroite entre celui-ci et le début du deuxième,
[360-1.] CARMEN PASCHALE 401
rose pleine de douceur, surgit des buissons couverts d’ épines.
Lèà-dessus, il raconte d'abord en abrégé les événements les plus remarquables de la vie du Sauveur jusqu’au premier des miracles qu'il opère, et il base son récit sur les Evangiles et principalement sur celui de saint Matthieu ; ce sont : la conception, la naissance (il en prend occasion pour célébrer la beauté du Christ, en se basant sur le fiancé du Cantique des cantiques,
v. 50 sq.), l'adoralion des bergers et des mages, le massacre . des saints Innocents, l'apparition du Christ au Temple à l’âge de douze ans, son baptème, la tentation de la part du démon, la vocation des Apôtres. Ce récit nous conduit jusqu’au vers 230. Cette partie est peut-être la meilleure de tout l'ouvrage, car elle se distingue par une grande vivacité et par le mouvement du récit qui ne cesse de séduire le lecteur. Le poète y rattache encore une explication de l’Oraison dominicale. —
Lelivre troisième (trois cent trente-neuf hexamètres) fait le ré-
cit des miracles du Sauveur et débute par le premier, celui qui eut lieu aux noces de Cana; viennent ensuite ceux que relate saint Matthieu, depuis le ch. 8 jusqu'au ch. 17; enfin, chose étonnante, le tout se termine par la question que les disciples adressent au Sauveur, afin de savoir lequel d’entre eux sera le premier dans le royaume céleste, et par la réponse que Jésus- Christ fait à cette question. (S. Matth., c. 18, init.) — Le quatrième livre (trois cent huit hexamètres) débute avec le retour du Christ de la Galilée en Judée, à travers le Jourdain (S. Matth, c. 49, v. 1 s.), après quoi, le poète, dans son exposé des miracles, suit encore le récit de saint Matthieu jusqu’au ch. 21 (en omettant toutefois l'entrée triomphale à Jérusalem) ; làdessus, il emprunte les miracles qui ne se trouvent pas dans saint Matthieu, aux autres Évangélistes, à saint Luc d’abord et ensuite à saint Jean. Il arrive ainsi à l’entrée dans la ville de Jérusalem, qu'il raconte à la fin du livre après avoir fait le récit de la résurrection de Lazare. — Le cinquième livre (quatre cent trente-sept hexamètres), pour lequel le poète suit d'abord spécialement le récit de saint Jean (c. 12 s.), nous offre le tableau de la passion, de la mort, de la résurrection, des appa-
ritions ct de l'ascension de Jésus-Christ, et l'ouvrage se terl 26
402 SÉDULIUS [361-2.]
mine par une paraphrase des deux derniers versets de l'É-. vangile de saint Jean.
Le but seul que se proposait le poète par ce travail sur des sujets bibliques donne à son poème une allure plus libre que ne l'offre l’Historia evangelica ; aussi, il ne se borne pas, comme nous l'avons vu, aux récits des seuls miracles, mais — abstraction faite naturellement du premier livre, — il raconte, dans le deuxième et surtout dans le dernier, et çà et là dans les deux autres, différents traits de la vie du Sauveur : telles sont, dans le quatrième livre (v. 222 sq.), les rencontres de Jésus- Christ avec la Samaritaine et avec la femme adultère. Sédulius suppose, chez le lecteur, ce que ne fait pas Juvencus, à savoir, une connaissance au moins générale de l’histoire évangélique : c'est ainsi que, la plupart du temps, il ne relie qu'imparfaitement, d'une manière extérieure, ou même pas du tout, les faits qu'il emprunte au récit biblique, en sorte que, souvent, ils semblent être une simple énumération ; ajoutons à cela qu'il les reproduit d'une manière plus libre, plus subjective, en se contentant d'indiquer le fait pour exprimer plutôt les sentiments qu'il lui inspire et les méditations qu’il y rattache. Par là, il donne à son ouvrage un caractère bien autrement original et même souvent une allure toute dramatique dans ses meilleures parties : en traduisant la Bible, il n'avait pas du tout l'intention de rendre la fidélité de l'expression. Il va sans dire que cette originalité n'empêche pas de voir que Sédulius avait été à l’école de Virgile: il ne se fait pas scrupule de lui emprunter un vers tout entier de l'Enéide. Quant au pittoresque et au brillant de ses descriptions (III, v.90 sq., ou bien IV, v. 175 sq.), et à l’art de peindre et de décrire à l'aide de la versification (v. III, v. 52 sq.),1l se révèle comme un élève habile du poète latin. Mais, çà et là, par contre, on trouve chez lui de vrais jeux de rhétorique (1). Dans quelques parties, j'ai été frappé par l’apparition fréquente de la rime léonine, notamment dans le deuxième livre, à partir du vers 82.
1. Par ex., II, v. 845. . legemque legendo Negligis et regi regum tua rezna minaris.
De tels passages sont cependant rares. Cf, aussi II, v. 7 s.
[362-3.] OPUS PASCHALF. ELEGIA 103
Comparé à Juvencus, notre poète a encore un autre trait particulier qui se rattache à celui dont nous venons de parler : c'est l'explication mystique dont il accompagne souvent le texte biblique. C’est ainsi, par exemple, que le nombre quatre, appliqué aux évangélistes, correspond aux quatre saisons; le nombre des douze disciples représente les douze heures du jour et les douze mois (I, v. 360.sq.) ; les trois heures pendant lesquelles, à la mort du Christ, le soleil obscurcit sa lumière, sont un symbole des trois jours qu’il resta dans le tombeau (V, v. 241 sq) (1). Sédulius donne aussi une signification mystique au récit qu'il fait de l'aveugle envoyé par le Sauveur à la piscine de Siloé (IV, v, 263 sq.) (2), au voile du Temple qui se déchire (V, v. 273 et s.), à la pêche de saint Pierre, racontée au chapitre XXI de saint Jean ( v. 404 sq.) etc. (3). |
Sédulius traduisit plus tard en prose ce poème et 1l appela sun nouveau travail Opus paschale, afin de le distinguer du Carmen. Ce fut sur les instances de Macédonius que l'auteur (il le dit dans la dédicace), avait entrepris ce nouvel écrit, et ce fut encore à Macédonius qu'il le dédia. Afin de mettre son ouvrage à l'abri des attaques de ses calomniateurs, lesquels pour” raient bien lui reprocher d'être infidèle à la tradition et d'avoir admis dans la prose des traits qui n'étaient pas dans le poème, Sédulius le place sous le patronage et l'autorité de Macédonius, Il n’a pas changé les faits, dit-il; il les a simplement présentés sous une forme plus complète. Le deuxième ou-
1. (Lux) Non absens mansura diu, sed mystica signans Per spatium secreta suum ; quippe ut tribus horis Coeca tenebrosi latuerunt sidera coeli, Sic Dominus clausi triduo tulit antra sepulcri. 2. .… Cognoscite cuncli, Mystica quid doceant animos miracula nostros, etc. . 3. Faisons encore remarquer le passage suivant, relatif à la forme de la croix (V, v. 188 sq.) : Neve quis ignoret, soeciem crucis esse colendam, Quae Dominum portavit ovans, ratione potenti Quattuor inde plagas quadrati colligit orbis. Splendidus auctoris de vertice fulget Eous, Occiduo sacrae lambuntur sidere plantae, Arcton dextra tenet, medium laeva erigit axem.
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vrage forme une sorte de complément du premier. C’est, en effet, par ces additions seulement que les deux ouvrages se distinguent l’un de l'autre : le Carmen, par exemple, se contente d'indiquer parfois des passages de la Bible, surtout ceux de l’Ancien Testament, tandis que l'Opus les reproduit intégralement, en sorte que le dernier peut çà et là servir d’explication au premier. Le deuxième ouvrage de Sédulius emploie, ailleurs aussi, dans les passages principaux, les termes mêmes de la Bible, et par là 1l revêt un caractère ecclésiastique. La prose, qui devrait, semble-1-1l, être poétique, est écrite en un style maniéré et pompeux, qui contraste singulièrement avec celui du poème : celui-ci se distingue en général par une diction facile, simple, qui lui valut l'estime non pas seulement des poètes de l’époque suivante, d'un Venantius Fortunaius, d'un Aldhelme et d’un Bède, mais celle aussi des poètes de l’époque de Charlemagne, et même, plus tard, celle des Humanistes.
Nous avons encore deux poèmes de Sédulius : l’un est une . élégie (Elegia) de cinquante-cinq distiques qui nous offrent tous les raffinements de l’épanalepse ; on doit même dire que c'est par amour pour ce jeu d'esprit que le poème a élé composé.
Il a pour sujet les louanges du Christ et contient, en grande partie du moins, des faits de l'Ancien Testament que le poète met dans une relation typique avec des faits de la nouvelle Alliance; ce travail convenait précisément à l’Epanalepse (1). C’est ce qui a fait donner à cet ouvrage le titre de Collatio veteris et novt Testamenti. Il va sans dire que la justesse et la clarté d'expression sont sacrifiées fréquemment à ce jeu de la versification. Sans valeur quelconque, et surtout sans valeur poétique, ce poème est pourtant intéressant pour les connaissances typologiques. Celui qui suit a plus de valeur poétique ; il est intéressant même au point de vue de l’histoire littéraire.
C'est une hymne-abécédaire en l'honneur du Christ, et dans
4. Voici, comme exemple, un des meilleurs distiques, v. 7 ets. : Sole fuit mulier, patuit qua janua leto : | Et qua vila redit, sola fuit mulier.
la forme de l'hymne ambroisienné. La première lettre des strophes correspond à l'ordre alphabétique, comme dans le psaume de saint Augustin (v. plus haut p. 271). L’alphabet y étant au complet, l'hymne comprend donc vingt-trois strophes de quatre lignes, dans lesquelles le poète chante brièvement les actions principales de la vie du Sauveur. L'expression en est simple sans être commune, et maint passage respire les sentiments intimes du poète. Aussi l’Église s'est-elle déjà de bonne heure approprié certaines parties de cette hymne pour s’en servir dans ses offices : par exemple, les sept premières strophes (de À à G) comme chant de Noël, et les strophes huit, neuf, onze et treize (H, I, L, N) comme chant de l’Epiphanie (1).
Cette hymne est encore plus remarquable au point de vue du vers qu'au point de vue du style et de la matière qu’elle traite. Comparée à celles de saint Ambroise, comme à celles de Prudence, elle nous montre, en certains traits, une différence très significative. Dans l’une comme dans les autres, il est vrai, ka quantité des syllabes est rigoureusement observée; c’est à peine si une seule fois on y voit une brève rehaussée par l'Arsis; le spondée lui-même, si l’on en excepte un nom propre, ne se montre pas au deuxième pied; une fois, par contre (v. 17), nous voyons poindre l’hiatus. Mais ce qu'il y a de plus important, c'est que la lutte entre l'accent grammatical et l’accent du vers est bien moins fréquente ici que dans saint Ambroise ; elle est même régulièrement absente dans l’intérieur du vers, aux deuxième et troisième pieds; deux strophes entières même (B et L) n'offrent nulle trace de cette lutte. Et, ce qu'il ne faut pas perdre de vue, cela a lieu dans un poète qui, ainsi que le montre le Carmen paschale, a été à la meilleure . école et s’est fait connaître comme artiste dans le sens classique. C’est encore ün fait bien digne de remarque de voir la rime apparaître si fréquemment dans cette hymne qu'on doit la considérer comme un moyen artificiel intimement lié avec cette particularité populaire dont nous venons de parler, et qui
1. V. Daniel, Thes. hymnolog., I, p. 143 sq. On observa également le même procédé à l’égard de Prudence : V. plus haut, p. 276. On trouve l'hymne de Sédulius dans Du Méril, Poésies popul. lat. antér. au douzième siècle, p. 142 sq.
406 SÉDULITS [365.]
se manifeste dans la persistance de l'accent grammatical (1). On ne peut pas plus dire que la rime soit ici accidentelle et un simple fait du hasard, qu’elle n'est le résultat d’un travail fait dans l'esprit de l'antique poésie artificielle : elle apparaît plutôt ici‘comme un élément musical, qui contribue à la beauté du rythme et qui, tout en renforçant l'élévation de la syllabe finale du vers, en porte et marque le mètre. Elle offre donc une compensation à la lutte de moins en moins fréquente entre l'accent du vers et celui du mot. Par là, nous voyons déjà indiquée la marche que prendra dans la suite le développement métrique : ce genre de poésie, qui a son point de départ dans la poésie artistique ct quantitative de l’antiquité, se développera sous l'influence de l'accent qui, dans la languc du peuple, triomphe complètement de la quantité, et sous celle de la composition musicale, qui s'émancipe du mètre de plus en plus. C’est également une chose digne de remarque que d'observer comment, dans cette hymne, se montrent déjà, sans que l'intention du poète y soit pour rien, les genres de rime les plus variés : on y voit régner, d’une manière absolue, les genres les plus simples et Les plus populaires, c’est-à-dire la rime accouplée à une autre rime ou bien la strophe monorime. A côté de la rime pleine, se trouve également la rime de la simple voyelle (assonance); cette dernière était alors fréquemment, dans la prononciation du peuple, une rime pleine, vu que plusieurs consonnes finales étaient devenues muettes (2).
* Mais ce qui donne, sous tous ces rapports, une très grande valeur à cette hymne, c’est que le nom de son auteur du moins lui assure une date certaine : d'après ce qui précède, il faudrait en reporter la composition au commencement de la deuxième moitié ou bien dans le deuxième tiers du ve siècle.
1. Ce phénomène est d’autant plus facile à expliquer dans ua poète qui, nous l'avons vu plus haut, p. 402, avait déjà un attrait tout particulier pour la rime.
2. Ce procédé semble avoir été plus favorable à la strophe monorime : telles sont les strophes A, C,K, L, P, R, Y, Z. (A et Y ne sont que monorimes, parce que " final était alors sûrement muet), La strophe H nous offre aussi des rimes trissyllabes.
[366.] RYMNUS 407
Parmi les hymnes qu'on attribue à saint Ambroise, abstraction faite par conséquent des quatre qui sont certainement authentiques, plusieurs sont sans conteste également de ce siècle, par exemple :’Splendor paternae gloriae (1), ou bien {lluxit orbi jam dies, que Daniel attribue à saint Ambroise (2). Dans ces hymnes apparaît, moins fréquemment que dans celles de saint Ambroise, la lutte entre l’accent du vers et l'accent du mot; la rime y est plus fréquente; tandis que,” par contre, l'hymne J{uminans ultissimus se rattache, à ce double point de vue, aux quatre hymnes authentiques de saint Ambroise ; elle s'y rattache également par la composilion et l'expression, sans être cependant une simple copie (3), de sorte que plusieurs traits plaident en faveur de la paternité de saint Ambroise (4) et qu'elle est, en tout cas, antérieure aux deux dont nous avons parlé ainsi qu'à celle de Sédulius. Il est à peine besoin de dire que, dans toutes ces hymnes, la quantité a été observée, car la remarque importante de saint Augustin, que nous avons donnée plus haut (p. 271- 2), montre que le caractère rigoureusement métrique, c'est-àdire conforme à la quantité, était regardé comme une chose si naturelle, qu'il n’admettait point d'exception ; par là se trouve complètement confirmée notre manière de voir au sujet de la forme des vers dans ces hymnes antiques et, en
1. Daniel, Thes. hymnol., I, p. 24 et s.; Mone, Lat. Hymnen, I, p. 373. Aurelianus, évêque d'Arles, en fait mention dans sa Regula ; or, sa mort étant arrivée en 555, il s'ensuit que l'hymne a une date antérieure. V. Daniel, 1. c., p. 45.
2. Mone, Op. c., p. 77 : Daniel, p. 41 sq. Il pense que le passage du commentaire des Psaumes de Cassiodore (Ps. 74, v. 8) se rapporte à cette hymne : on âvait jusque-là rapporté ce passage à l'hymne Znluminans altissimus. Il a raison, en effet, de croire que ce passage convient mieux à J'hymne en question ; mais il n’a pas vu la vraie raison de cette convenance, je veux dire le: Pallor ruborem parturit; toutefois, le témoignage de Cassiodore ne saurait être ici suffisant.
3. Comme, par ex., Somno refectis urtubus, ou bien Consors paterni luminis. Daniel, 1. c., 1, p. 26 ets.
&. Le témoignage même de Cassiodore (v. ci-dessus, rem. 2) confirmerait cette opinion, si le passage cité se rapportait à cette hymne : ce serait assurément le cas si, au v. 14, on pouvait lire ruborem au lieu de saporem ; mais ce changement de mots n'offre pas de difficulté. V, l'hymne dans Mone, I, p. 75 et dans Daniel, I, p.19 ets.
408 DRACONTIUS [367.]
particulier, au sujet de la forme des hymnes de saint Ambroise (1).