DÉ VIRIS ILLUSTRIBUS
quent quatre-vingt-dix ans environ après celui de saint Jérôme. Il ne traite pas que des écrivains de ce siècle ou de ceux des dix dernières années du siècle précédent; Gennade, en se proposant non seulement de continuer, mais encore de suppléer saint Jérôme, a fait aussi entrer dans son récit des écrivains des temps antérieurs. C'est ce dont on peut déjà se convaincre par la lecture du premier article, qui traite de Jacobus Sapiens, évèque de Nisibe et auteur syrien, lequel s'était distingué, comme confesseur, pendant la persécution de Maximin : saint Jérôme n’en avait point parlé, et Gennade l'en excuse en disant que ce Père de l’Église ne comprenait pas encore alors le syriaque et que, par conséquent, 1l n'a pu parler que des auteurs syriens dont les ouvrages étaient traduits en grec. |
Gennade, ainsi qu'on le pressent par ce qui précède, suit la tendance universelle de saint Jérôme, laquelle consiste à énumérer tous les auteurs chrétiens en général ayant quelque célébrité, sans considérer en quelle langue leurs ouvrages sont écrits ; les Grecs et les Latins y sont donc sur le même plan, sans que, pour cela, l’auteur arrive, chez les uns et chez les autres, à tout dire sur le sujet; l’on n’était pas en droit d'exiger tant de perfection d’un écrivain de cette époque. La langue grecque était familière à Gennade : il nous apprend
connue ; tout au plus a-t-elle pu l'être quelques années. Si, par contre, on admettait que l’article relatif à Eugène de Carthage (c. 97), a été écrit par Gennade (ce dont je doute complètement), il faudrait alors reculer la composition de l'ouvrage jusqu'après 485. Mais parler de 490, comme le fait encore Baehr, c'est entrer dans le domaine de la fantaisie ; cette opinion en effet reposerait sur ce détail que, dans le dernier article consacré à Gennade lui-même, la notice est écrite ; il avait envoyé l'ouvrage au pape Gélase, lequel porta Ja tiare en 492 : or, cette opinion croule d'elle-même. Non seulement l'authenticité de l’article tout entier est douteuse ; non seulement les mots et hoc opus sentent l'interpolation, mais (ce qu’il y a d'essentiel) ils ne se rapportent même pas à miss ad beat. Gelas. dont ils sont suivis, mais bien à scripsi, qui les précède. Le régime de misi n’est que episétolam de fide mea. Cette donnée, quoique d'une autre plume que celle de Gennade, cowme je le suppose, ne peut pas cependant être inventée à plaisir; voilà pourquoi je suis loin de révoquer en doute l'envoi de cette Epistola de Gennade au pape Gélase. Gennade a donc encore vécu pour le moins quelque temps après 492. C’est là un motif qui doit d'autant moins permettre de reculer la date de l'ouvrage au delà de l'époque que j'ai assignée.
qu'il avait traduit plusieurs écrits christiano-grecs, entre autres celui du moine Evagrius (v. c. 41) (4). Dans le classement des auteurs, sa manière de procéder ne difière pas de celle de son prédécesseur, c’est-à-dire qu'il n'observe que d’une manière très générale l’ordre chronologique, et que ses dates sont presque toujours vagues et flottantes (2). Il lui arrive même de partir de suppositions erronées ; c'est ce que nous voyons quand il parle de Commodien, qu'il place même après Prudence. Et il croit que Commodien a mis Lactance à profit.
Le développement des articles est, en général, pour le fond et la forme, plus insignifiant encore que dans saint Jérôme, quelque précieuses que soient pour nous les notices qu'ils contiennent. Comme son prédécesseur, il a un procédé tout personnel. Il faut pourtant savoir reconnaitre que Gennade est indépendant d'autorités telles que celles de saint Jérôme et de saint Augustin; il faut aussi reconnaître la franchise de son jugement. Il n'hésite pas à blâmer, quand il le croit à propos, des hommes tels que ces Pères, et les égards qu'il leur doit ne l'empèchent point de rendre justice à leurs adversaires. Gennade penche, il est vrai, vers le semi-pélagianisme, qui régnait encore toujours dans le sud de la Gaule, Il ne comptait pas lui-même dans le parti des orthodoxes sévères ; il faut probablement attribuer à cette circonstance une certaine tolérance objective qu’il observait envers des hérétiques frappés des censures de l'Église, tels qu'un Origène et un Pélage (3); nous avons déjà reconnu cette tolérance même dans son prédécesseur.