‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 237 sur 352 · ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE. 8. LEON. CAESARIUS · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE. 8. LEON. CAESARIUS

L'éloquence de la chaire, à cette époque, est représentée de la façon la plus remarquable par un beau recueil de sermons du pape saint Léon (3). La postérité a donné à ce Pontife le sur-

1. C'est ainsi que s'explique, à mon avis, la façon .de s'exprimer de Gennade quand il dit, au ch. 64 : « Cujus operis quia secundi libri maximamin schedulis partem a quibusdam furatam perdidit, recapitulato ejus paucis sermonibus sensu prislino, compegit et uno in libro edidit. » La marche du récit en certains endroits laisse voir, à mon sens, avec certitude, que cette récapitulation a été élargie après coup. Voilà pourquoi la récapitulation du contenu du deuxième livre est plus longue, plus détaillée que celle du premier livre.

2. 11 dit lui-même, c 1, qu'il visait à un langage facile : facilis communisque sermo, et non un style pompeux, ornatus et exactus.

3. S. Leonts M. opera, post Pasch. Quesnelli recensionem ad complures et praestantiss. mss. codd. ab illo consultos eracta, emend. et ineditis aucta etc. curant. Petro et Hieronymo fratribus Balleriniis. 3 tom. Venise, 1753. in-fol. (Praeff.).Cf. plus haut p. 480, rem. 1; Arendt, Leo der Grosse und seinc Ze't., Mayence, 1835.

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nom de Grand, à cause de sa puissante activité. Saint Léon occupa la chaire de St-Pierre, de 440 à 461. C’est à cette période qu'il faut fairé remonter les sermons (Sermones) qui nous restent de lui (4), vu que c’est en sa qualité de pape qu'il les a prêchés. Parmi eux, il y en a environ cent d’authentiques : un certain nombre sont des sermons de carème ou prononcés pour des collectes ; d’autres, des sermons pour la Nativité, l'Epiphanie, la Passion; il y en a quelques-uns pour le jour de Pâques, l’Ascension et la Pentecôte ; quelquesuns ont été prononcés le jour de son ordination et un enfin le jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul.

Sobres de détails, souvent même d'une concision étonnante, ces sermons se distinguent par la clarté de la disposition, ainsi que par la simplicité d'un style qui est, en général, facile à comprendre (2), relevé et d’une pureté étonnante pour cette époque. Il n’y faudrait chercher néanmoins ni la richesse de pensées ou la dialectique puissante de St Augustin, ni l'élan oratoire et le poli des sermons de saint Ambroise. Dans le dernier des sermons que j'ai nommés (sermo 82), saint Léon prend un essor qu'il n’a pas eu dans les autres; là, il est porté par le sentiment de la puissance et de la grandeur de cette nouvelle Rome qu'il a vraiment fondée lui-même ; cet élan se remarque surtout quand il compare à l’ancienne Rome «cette ville sacerdotale et royale qui est devenue la têle du monde entier, parce qu’elle est le siège sacré de saint Pierre; cette ville qui règne sur plus de peuples par la religion divine qu'elle ne le fait par la puissance terrestre. » Les sermons prononcés à son ordination sont également pénétrés de ce sentiment de la

1. Il ne nous en reste qu'une partie. On devrait trouver la chose toute naturelle, à considérer ceux qui nous ont été conservés et la manière dont ils nous sont parvenus; mais, je dois faire expressèment remarquer -que Arendt, pb. 418, suppose que nous possédons tous les sermons de saint Léon.

2, Cela ne veut pas dire le moins du monde que saint Léon manquait d'art oratoire ; au contraire, le récit est plutôt un fruit de cet art; on y trouve bien également des artifices de rhétorique, mais ils sont loin d'être aussi nombreux que dans les autres orateurs, même dans les orateurs chrétiens de cette époque ; ils sont loin aussi d’être aussi criants que des savants modernes, Dupin surtout, ont bien voulu le prétendre; ce dernier, dans les reproches qu'il fait à saint Léon, confond, parmi les artifices oratoires, ceux qui sont permis et ceux qui ne le sont pas.

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hiérarchie. et cela leur donne une valeur historique : ils célèbrentaussi la primauté de saint Pierre. Au reste, les sermons de St Léon ne sont point de simples analyses raisonnées du texte de l'Évangile, comme le sont les anciens sermons ; on y trouve rarement aussi l'interprétation allégorique des anciens prédicateurs ; toujours, au contraire, la solennité spéciale qui leur a donné lieu leur prête un fond dogmatique et moral. Il ont pour but d'enseigner la vérité chrétienne et de la faire servir en même temps à l'amélioration des mœurs. S'ils ne sont pas marqués au coin du génie, du moins le sontils d'autant plus à celui du talent ; ils méritaient bien de servir de modèle aux temps à venir, et c'est à juste titre que la postérité les a tenus en grande estime.

Nous possédons également cent soixante-treize lettres signées du nom de saint Léon et écrites pendant son pontificat. Elles sont d’une nature tout à fait officielle, et, selon la remarque très juste de Arendt (1), elles sont plutôt sorties de la chancellerie de saint Léon, qu’elles ne sont tombées de sa plume. La pureté de la langue n’en est que plus remarquable : d’ailleurs, elles sont exemptes de tous les artifices de la rhétorique. Plusieurs d’entre elles contiennent des documents originaux d'une extrême importance, surtout pour l’histoire ecclésiastique. Malgré ces qualités, elles n'ont pas ici pour nous, à cause de leur caractère officiel, un intérêt suffisant pour que nous en analysions le contenu.

S. Césaire (2), élève du couvent de Lérins, diacre, et plus tard (502) évèque d'Arles, s’acquit, lui aussi, comme prédicateur, une grande réputation, surtout en Gaule. En qualité d'évèque, il déploya une activité extrême, dans le midi de la Gaule, en faveur du catholicisme. Il mourut à l'âge de soixante-treize ans, en 542. De modeste extraction, à ce qu'il semble, 1l se consacra surtout, en qualité de pasteur, aux

1. Op. c., p. 421, où il fait des réserves également au point de vue critique.

2. Ses sermons se trouvent surtout parmi ceux de saint Augustin qui ne sont pas authentiques ; ensuite : S. Caesarii Homiliae XIV. Steph. Balusius prim. ed, notisque illustr. Paris, 1659/{tous ne paraissent pas authentiques) ; Histoire littéraire de la France, tome III, p. 190 sq. : Ampère, Histoire litt., tome II, p. 203 sq.

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