CHAPITRE XX PHILOSOPHIE. CLAUDIEN MAMERT
A cette époque, et au v° siècle, la spéculation chrétienne est au moins représentée par un ouvrage important pour ce temps-là et également digne de remarque au point de vue du style : c’est l'écrit, autrefois si célèbre, de CLAUDIEN Mawenr (1), De statu animae. L'auteur comptait parmi les meilleurs amis de Sidoine Apollinaire, auquel il dédia son livre. C’est grâce à Sidoine que nous possédons des rensei-
1. Claudiani Ecdicii Mamerti De statu animae libri III. Gasp. Barthius ed. Zwickau, 1655; Ritter, Ceschichte der Philosophie. Vol. VI; Guizot, Histoire de la civilis, en France, 6° leg.; A. Germain, De Ma-
merti Claudtani scriptis et nhilosophia (Thèse de Doct., 1840). .
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gnements exacts sur Claudien(1). Formé à l'école de la littérature classique de la Grèce et de Rome, non moins qu’à celle de la littérature chrétienne; occupé dans sa jeunesse, en qualité de moine, de travaux scientifiques, Claudien cut non seulement un savoir très étendu, mais il prit goût à la spéculation et se forma à la dialectique ; il devint, par là, le conseiller de ses amis dans toutes les questions scientifiques, etle guide de leurs discussions. Plus tard, prêtre de l'Église de Vienne, dont son frère était évêque et dont il devint le bras droit, il dirigeait lui-même la liturgie et le chant ecclésiastique. Partout, en un mot, il mit au service du christianisme son éducation classique. Il mourut vers 474, quatre ans environ äprès la publication de son ouvrage philosophique. Ce livre devait sa naissance à une petite brochure de Faustus, évêque de Riez; elle avait paru sans nom d'auteur et sous la forme d'une lettre qui nous a été conservée, du moins en grande partie. Faustus y affirmait et cherchait à y prouver que l’âme est corporelle comme tout ce qui a été créé. C’est pour réfuter l’évêque que Claudien composa son ouvrage ; son écrit, sans perdre de vue la brochure de Faustus, a une marche tout indépendante. Cependant, quelques courtes remarques de Faustus donnent lieu à de longues explications, quoique Claudien revendique pour son travail la liberté d’un écrit polémique de circonstance et ne veuille faire qu’une esquisse, au lieu d’un ouvrage développé (2). Son travad comprend trois livres. Le premier expose déjà tous les arguments principaux : après avoir prouvé l’impassibilité de Dieu, l'auteur démontre que l’âme doit être incorporelle, parce qu'elle a été créée à l'image de Dieu; afin que le monde fût bien complet, Dieu devait nécessairement créer des êtres incorporels; mais l’âme n’est pas l’égale de Dieu ; elle ne fait que lui ressembler. Un autre argument principal de l'incorporalité de
1. V. surtout Ep, 11 du IV: livre des Lettres de Sidoince; elle contient un Elogium de Claudien après sa mort et une Naenia en son honneur. Cf, Gennade, !, c., c. 83.
2. V. la dédicace et la fin de l'ouvrage : V. surtout, dans la dédicace, le passage suivant : « Scripsi igitur pauca haec veluti quaedam rationum semina, » etc. | |