‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 244 sur 352 · MARTIANUS CAPELLA · texte numérisé non relu

MARTIANUS CAPELLA

veut se marier. Après avoir soupiré en vain pour Sophia, Mantice et Psyché qui le refusent, Virtus lui conseille de s'adresser à Apollon: celui-ci lui propose (1. I, 22) la Philologie, la plus savante fille de la famille antique; c’est une amie du Parnasse et qui connaît les mystères des Enfers aussi bien que la volonté de Jupiter, et la profondeur de l'Océan tout autant que le royaume des astres: en un mot, elle est la science encyclopédique. Mercure accepte la proposition, et la Vertu en est ravie. Tous trois donc, accompagnés des Muses et au milieu de la musique des sphères, ils s'acheminent à travers le ciel et pénètrent dans le palais de Jupiter qu'ils trouvent auprès de son épouse. Apollon lui expose les vœux de Mercure. Jupiter faisant difficulté de s'y rendre, Pallas propose de réunir en conseil « les dieux déjà mariés et les déesses vénérables par leur âge » (et dearum grandaevas), et de soumettre cette affaire à leur décision (1. I, 4). L'auteur fait ici le tableau de cette assemblée des dieux, parmi lesquels se trouvent également plusieurs personnages purement allégoriques de la mythologie romaine postérieure, comme: Valitudo, Verisfructus, Celeritas, tandis que Discordia et Seditio sen voient refuser l'entrée. Sur la proposition de Jupiter, l'assemblée décide en faveur de Mercure; mais il faut que la fiancée soit élevée au rang des dieux ; ce privilège sera du reste désormais accordé aux mortels qui auront fait des actions d'éclat. La Philosophie doit annoncer au monde la décision de ce sénat suprême, décision qu'on a gravée sur des tables d'airain.

Tel est le fond du premier livre. Dans le deuxième, nous voyons apparaître la fiancée, qui manifeste des craintes au sujet de son union avec un dieu, malgré le grand amour qu’elle a pour lui; mais après un long calcul, elle reconnait, par les nombres qui forment son nom et celui de son fiancé, que ce mariage est très convenable pour elle. La mère Phronésis s'occupe de sa toilelte pour la cérémonie, et lui ceint sa propre ceinture. Les Muses chantent en son honneur; quatre femmes vénérables, les quatre Vertus cardinales (1. II, 127), viennent la saluer. Les trois Grâces s’approchent à leur tour : l'une la baise au front, l’autre sur la bouche, et la troisième

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sur la poitrine afin de donner de la grâce à ses regards, à sa langue, à son cœur (animus). Athanasia, fille de l'Apothéose, apparaît ensuite pour accompagner la Philologie dans le ciel. Mais celle-c1 doit d’abord, sur l’ordre d’Athanasia, se décharger d’un faix qui grossit démesurément sa poitrine. Elle se résigne, quoique avec peine, à laisser une grande quantité de livres, que recueillent des jeunes filles (1), aidées elles-mêmes par les Muses Uranie et Calliope. Après avoir ensuite vidé la coupe de l’immortalité que lui présente l'A pothéose, la fiancée monte au ciel sur une chaise à porteur : elle rencontre tout d’abord Juno Pronuba, à qui elle fait un sacrifice et adresse une prière. Celle-ci se charge maintenant de sa conduite et lui fait faire connaissance avec les régions de l'air et ses habitants (1. Il, 150 sq.). Après avoir parcouru le cercle des planètes, la fiancée arrive enfin dans la voie lactée où se trouve le palais de Jupiter; assis au milieu des dieux, 1l attend les deux fiancés (L. IL, 209). D'abord apparaît Mercure, et on le fait asseoir près de Pallas ; puis, vient à son tour la fiancée, qui, dans sa modestie, prend place à côte des Muses. Sa mère exige enfin qu’on donne lecture de la loi Poppaea (2) et qu'on remette la corbeille de la mariée. Voilà que Phébus se lève pour présenter en particulier les jeunes filles, qui sont au service de son frère et qui font précisément partie de cette corbeille de noces. Ce sont les sept Arts libéraux; ils paraissent, à tour derôle, dans les sept livres suivants de l'ouvrage et dont chacun est consacré à l’un des arts : leur ordre est exactement celui qu'ils occuperont plus tard dans le érivium et le quadrivium : 1. Grammaire ; 2, Dialectique ; 3, Rhétorique; 4, Géométrie ; 5, Arithmétique ; 6, Astronomie; 7, Harmonie (c'est-à-dire Musique).

Après avoir donné chaque fois une description de tout l'extérieur, c’est-à-dire de la physionomie de l’expression, du vêtement et des instruments, l’auteur trace un tableau symbolique et allégorique de l'art particulier; les jeunes vierges de Mercure exposent ensuite elles-mêmes une idée sommaire

1. L. II, 435. Le style allégorique ne s'embarrasse guère du manque de goût le plus complet: cela avait lieu aussi au moyen âge. 2. En tant qu’elle défend l'aliénation de la dot.

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de leur science, sous forme de chapitres et sur un ton extrémement sec. Ici l’auteur procède en comptant d'une manière tout à fait arbitraire: tantôt il est sobre de détails; tantôt il les prodigue; tantôt même il omet des parties tout entières de ces arts. Il conserve cependant, en tout l'ouvrage, le cadre de son récit-: non seulement le public, composé par les dieux, provoque les Arts à prendre la parole, mais il les invite même au silence; on voit aussi certains de ces auditeurs célestes se donner le plaisir de faire leurs observations après la leçon, et d'exprimer en termes plus ou moins vifs l'ennui qu’ils ont éprouvé; bref, chacun tâche de placer son mot. À cause de l'heure avancée, la Médecine et l'Architecture se voient refuser la parole. La nuit est presque venue, lorsque l'Harmonie vient la dernière faire son discours; dès qu’elle a fini, elle accompagne la fiancée dans la chambre nuptiale, en chantant une berceuse. Il ne reste plus enfin à l’auteur qu'à prendre, dans quelques vers, congé de ses lecteurs. — Telle est la composition de cet ouvrage, qui, par son agencement, plaisait tant au moyen âge et dans lequel l'imagination la plus bizarre s’alliait à l'esprit le plus aride.

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