‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 26 sur 352 · CHAPITRE ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE ll

Trasaus Gæcizius Cyprranus (1), compatriote de Tertullien, naquit au commencement du troisième siècle, probablement à Carthage même. Ses parents, à ce qu'il paraît, riches et bien vus, étaient païens. 11 devint rhéteur et enseigna sa science avec beaucoup de succès. Un prêtre appelé Cæcilius ou Cæcilianus, et dont peut-être Cyprien reçut le surnom, le convertit au christianisme vers l'an 245. La religion chrétienne jeta de profondes racines dans son cœur et y porta de beaux fruits : elle satisfit en lui un besoin profond de purification morale. Il donna une grande partie de sa fortune aux pauvres, dont il resta toujours l’appui et le soutien. Revèêtu, deux ans plus tard, des fonctions du sacerdoce, il fut investi presque aussitôt (248), après la mort de l'évèque, de la dignité épiscopale.

Cet avancement rapide parut extraordinaire, même à cette époque; mais il montre combien saint Cyprien avait promptement attiré l'attention par son talent et par ses vertus. Il exerça, pendant des années, le ministère épiscopal de la manière la plus remarquable et dans les circonstances les plus difficiles ; c'est peu après en effet (250), que sévit, suscitée par l'État, la persécution systématique contre le christianisme. 1l sut se soustraire à celle de Dèce en prenant la fuite, bien que, du lieu même où il se cachait, il restât en communication constante avec son troupeau. De retour après un an, il eut à lutter contre des difficultés intérieures de la communauté et de l’Église. La question des lapsi l'occupa avant tout : ils avaient fait défection dans la foi et ils espéraient, grâce à la seule intercession des confesseurs, être reçus à nouveau dans la communion chrétienne avec autant de promptitude qu'ils

4. Thasci Cæcilii Cypriani opera omnia, rec. et commentar. crit. instrux., G. Hartel, 3 Partes (Corp. script. eccles. latin. Acad. Vindobon., vol. 111), Vienne, 1868-71 ; Rettberg, Thascius Cæcilius Cyprianus, representé d'aprés sa vie et ses travaux, Gwættingen, 1831; Fechtrup, St Cyprien, sa vie et sa doctrine, Munster, 1878.

en avaient mis à la renier. Saint Cyprien combat avec énergie ces mesures relächées et ordonne une pénitence sévère. C'est alors qu'il écrivit son livre De lapsis. Bientôt éclatèrent des querelles entre l'Église africaine et le pape Étienne sur la question du baptème des hérétiques. A cela vint s'ajouter encore, en 253, une peste terrible qui ravagea l'empire romain et principalement l'Afrique. Enfin, après tant de soucis et de troubles, commença, en 257, une nouvelle persécution, sous Valérieni. L'année suivante marqua le terme de la vie et des fonctions du saint Évèque. Il eut la gloire, souvent célébrée, mais principalement chantée par Prudence (1), d'avoir élé le premier évêque d'Afrique à souffrir le martyre : En . 258, 1l fut décapité à Carthage.

Saint Jérôme rapporte que saint Cyprien, en parlant de Tertullien dont il faisait sa lecture quotidienne, se servait habituellement de l'expression de Maître, Magister (2). Ce terme caractérise admirablement le rapport des deux écrivains. Les écrits de saint Cyprien montrent, en effet, que Tertullien lui a indiqué la voie, qu’il a été son maître et son professeur. Non seulement son influence littéraire a des proportions identiques et permettrait de répartir ses ouvrages dans les trois mêmes classes; non seulement plusieurs d’entre eux traitent de matières tout à fait semblables ou offrant du moins des liens de parenté avec celles dont s'occupe Tertullien, car saint Cyprien lui emprunte les pensées, les expressions et les tournures dans son écrit De oratione dominica ou dans le De habitu virginum ; mais encore il y en a qui ne sont presque qu’une copie, voisine du plagiat, des écrits de Tertullien : tel est l'écrit De bono patienhæ qui, plus que tout autre, nous montre la dépendance étroite de saint Cyprien avec Tertullien (3). Le livre De idolorum vanitate a aussi le

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