‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 273 sur 352 · V. plus haut, p. 282 sq. et · texte numérisé non relu

V. plus haut, p. 282 sq. et

3. On n’a qu'à voir le deuxième vers : « Et super crucis trophaeo dic triumphum nobilem. »

4, Au nom de sainte Radegonde, Fortunat remercia l'empereur et l'impératrice de ce cadeau, dans un long poème en distiques. Grégoire de Tours rapporte (Wistor. Francor. IX, c. 40) avec quelle pompe cette relique et quelques autres furent ensemble transportées dans le cloitre.

5. Daniel, (4. c.,p. 169 et s., et cf. l'éd. de Luchi, p. 90). D'autres hymnes ont été introduites par les éditeurs dans les œuvres de Fortunai : mais ou bien la critique leur a refusé sa sanction ou bien elle ne leur en a donné qu'une insuffisante, pour mettre leur authenticité hors de doute ; la plupart même portent au front un signe manifeste de non authenticité.

Ce n'est pas seulement la tendresse de sentiment, mais encore le coloris d'images neuves et magnifiques qui distinguent ceshymnes religieuses de Fortunat. À côté d’elles, nous pouvons en placer une d’une autre genre qui a la forme des hymnes ambrosiennes de Fortunat et fait un pendant remarquable à ces dernières : c’est une hymne alphabétique sur le retour inattendu de l'évêque Léontius (1. I, c. 16); cette hymne, qu'on n’a pas fait remarquer jusqu'à présent, est surtout importante en ce qu’elle montre comment cette poésie hymnique de l’Église devint le modèle d’un genre de poésie profane, et même populaire, qui était composé dans la forme de la poésie des hymnes et qui fut chanté comme elles. Pour être dédié à un évêque, ce poème n’en a pas moins un caractère tout profane ; il n'exprime pas seulement la joie de la population et celle de Fortunat lui-même au retour de l'évêque, mais il fustige encore, dans sa première partie, un prêtre ambitieux qui, pendant l’absence de Léontius, avait voulu s'emparer du siège épiscopal et avait, dans ce but, répandu le bruit de la mort de l’'évèque. Le ton en est si populaire qu’on ne peut s'empêcher de penser à l'hymne de Prudence sur saint Laurent, laquelle est écrite aussi dans le même mètre. Le caractère populaire de l'hymne de Prudence est même renforcé dans celui de Fortunat par la présence de la rime qui s’y montre aussi pleine que nous l'avons vue dans Sédulius. Nous y trouvons six strophes monorimes{enen comprenant, il est vrai, deux où il y a une simple assonance); une triple rime y est très fréquente, ainsi que les rimes accouplées; très peu de strophes n'offrent aucune rime (1). Les deux autres hymnes ambrosiennes de saint Fortunat sont également riches en rimes, mais c'est la rime accouplée qui domine. Dans le Vezilla regis, la rime produit au début un effet grandiose : la première strophe a la rime w et o, la deuxième la rime 4, et la troisième la rime e ; des voyelles fermées et sourdes elle passe, en suivant l'échelle des sons, aux voyelles ouvertes et sonores. Dans les autres hymnes, au contraire, qui ne sont pas en

1. Un exemple de rime croisée, comme dans la strophe Q, est même ici une exception.

dimètre iambique, la rime ne se montre que par exception; il est bon de Je remarquer. Disons enfin, d’une manière tout expresse, que, dans toutes ces hymnes, comme aussi dans tous les autres poèmes de Fortunat, la quantité est soigneusement observée.

Il est étonnant de voir que notre poète, malgré le calcul qu’il a montré dans ses hymnes, dans ses élégies et, ailleurs, pour la poésie lyrique, ne se soit essayé qu'une seule fois dans les mètres artistiques des anciens; et il n’a fait alorsen réalité qu'un essai; à la prière spéciale de Grégoire de Tours, il composa pour cet évêque un poème en strophes saphiques, dans lequel il se déclare incapable d'écrire en ce genre Iyrique (1). Mais, par contre, ce poète d'occasion trouvait du plaisir à construire des acrostiches artistiques pour représenter la croix (2) ; il ne dédaignait pas non plus, d’ailleurs, les jeux de la versification (3).

Fortunat a composé, de plus, un grand poème épique qui est compris en dehors des onze livres de ses poésies : c’est la Vie de saint Martin, De vita Martini, en quatre livres et en hexamètres. Suivant le procédé de Paulin de Périgueux, Fortunat a pris pour base de son travail, les ouvrages de Sulpice- Sévère sur saint Martin ; dans les deux premiers livres, il s'est appuyé sur la Vie elle-même, et, sur les dialogues, pour les deux autres. Dans le livre I (cinq cent treize vers) il suit la vie

1. Exigens nuper nova me movere Metra quae Sappho cecinit decenter

Cur mihi injungis lyricas melodas

Voce qui rauca modo vix susurro,

Eloqui chordis mea dextra nescit Pollice dulci (I. IX, ce. 7).

2. L. IT, c. 4 sq., deux en hexamètres, un en distiques ; ils offrent peutêtre quelque intérêt au point de vue archéologique. A cela il faut ajouter encore une autre pièce de ce genre (1. V, c, 4), qu'il explique lui-mème, dans une lettre qu'il enyoya à l’évêque, en même temps que les vers.

3. C'est ainsi qu’on trouve l'épanalepse et, une fois même (I. V, c. 15), ce pentamètre : « Culmen honore tuo, lumen amore meo. » L’allitération, qui a une tout autre valeur, n’y est pas rare ; dèsle début du premier poème, v. 3, par exemple, où elle devient, il est vrai, un véritable jeu : « Cum te Vitalem voluit vocitare vetustas; » elle a un tout autre mérite dans le v. 3de l'hymne de la Passion : « Qua carne carnis conditor. »

de Sulpice Sévère jusqu’à la fin du ch. 18; le livre II (quatre cent quatre-vingt-onze vers) contient la fin de cette vie de Sulpice. Le premier dialogue de Sévère, en tout ce qui a trait à saint Martin, fournit la matière du livre II (cinq cent vingt-neuf vers) de Fortunat, tandis que le livre [V (sept cent douze vers) a pour base le deuxième dialogue. Une préface en distiques, adressée à Agnès et à Radegonde, nous apprend que ce n’est qu’à lasuite d'un vœu que le poète a eu le courage de tenter cette difficile entreprise ; il s'y compare à un pilote inexpérimenté sur une mer orageuse, image qu'il ne perd point de vue et qu’il sait aussi mettre à profit au début des livres suivants. Il n’apporta pas néanmoins une attention bien soutenue dans l’accomplissement de son vœu, puisqu'il termina son ouvrage en deux mois, ainsi qu'il le dit lui-même dans une lettre qu'il adresse à saint Grégoire en même temps que son poème. Dans cette même lettre, il dit que Sulpice Sévère est l’auteur où il a puisé, tandis qu'il n'y dit rien des vers de Paulin de Périgueux. Et pourtant il les a mis à profit, en lui empruntant parfois soit la pensée, soit l’expression (1). Son procédé est tout autre, il est vrai, vis-à-vis de Sulpice Sévère. Paulin conserve soigneusement la marche du récit, et enchaîne même parfois les anecdotes pieuses, ce qui n’a pas lieu toujours dans Sulpice Sévère ; saint Fortunat, par contre, met de côté les membres intermédiaires, qui relient le récit de Sulpice, pour ne raconter que les actions merveilleuses de saint Martin, l'une à la suite de l’autre et sans liaison qui les rattache; il procède exactement comme Sédulius et Arator, dans leurs poésies, el comme il l'avait fait lui-même dans ses panégyri-

ques en l'honneur des Saints (2), ainsi que dans ses légendes

en prose.

Ce qui lui importe avant tout, ce n’est pas tant de donner

1. Cf. par exemple, Fortunat, I. I, v. 66, et Paulin, L. I, v. 106 ; Fortunat, 1. I, v. 68 et Paulin, L. I, v. 139; ou bien Fortunat, 1. I, v. 99 : «Ne timeam timidum (sic) timor est Deus arma timentum », et Paulin, 1. 1, v. 224 : « Metuens Dominum contemno periclum. Ne timeam timor ille facit. » On ne trouve pas cette pensée, dans la vie de saint Martin par Sulpice. L'image même de la mer, dont nous avons parlé, est empruntée à Paulin.

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