GILDAS
la conduite du fidèle, brave et véridique Ambroise Aurélien, ils se relevèrent de nouveau, et remportèrent la victoire de Bath. Mais ce miracle inespéré du secours divin ne produisit d'effet moral que sur les témoins oculaires, notamment sur les rois et les prêtres. Dans la génération suivante, qui est celle où il écrit, et qui a oublié la précédente, il n’y a plus de trace de vérité.et de justice, à peu d’exceptions près; surtout dans les deux états élevés dont il vient de faire mention : on les voit plutôt s'acheminer chaque: jour vers l'enfer ($ 26). Là-dessus, et après avoir excusé la liberté de son discours par l'excès de sa douleur et dit un mot des exceptions que n'atteignent pas ses paroles, Gildas fait une mercuriale contre ces deux états : d'abord, contre les rois, dont il prend successivement cinq à partie, de la manière la plus violente ($ 28 sq.) : ils paraissent toujours plus vicieux, à mesure qu'ils défilent ; ensuite, empruntant dans de longs discours ($ 37 sq.), des sentences de l'Ancien Testament, surtout, des Prophètes, il leur adresse des exhortations et des menaces. Vient ensuite le tour des prêtres ($ 66 sq.) — afin qu'on ne l'accuse pas de partialité ($ 65) — ; ici 1l ne nomme personne en particulier, il ne fait que peindre les vices du clergé en général, insistant spécialement sur la simonie ; il adresse aux prêtres des remontrances qu'il appuie sur les exemples et la doctrine de la Bible, d’après l’un et l'autre Testaments.
C'est cette mercuriale qui forme la deuxième partie de l’ouvrage, celle qu'on a intitulée Epistola et publiée à part. Elle manque dans le plus ancien manuscrit, par la seule raison probablement qu’elle avait moins d'intérêt que l'autre pour la prostérité, peut-être aussi parce que, même plus tard, on craignait encore ses invectives. L'analyse de l'ouvrage en montre déjà l'unité. D'autres raisons encore montrent la dépendance de la deuxième partie comme indubitable (1). Le
1. On n’a pas encore, que je sache, trouvé ces arguments péremptoires, quoique cependant ils sautent aux yeux de celui qui lit cet ouvrage, sans parler de la circonstance que les deux États contre lesquels est dirigée cette mercuriale sont clairement indiqués à la fin de la première partie : ainsi que l'a montré notre analyse, il y a, dans la deuxième partie, un renvoi à la première ; il se trouve au dernier paragraphe ($ 65) : « Sed mihi, quaeso,
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contenu de la préface elle-même milite en faveur de cette unité de composition, quelque obscur qu'il soit dans certains détails, ce qui provient en partie de la corruption et mutilation qu'il a subies avant d'arriver jusqu'à nous. Dans cette préface, Gildas uppelle son Historiola gentis Britannicae une admonestation, admonittiuncula, que lui a inspirée son zèle pour la maison de Dieu; c’est pour répondre à la prière de ses frères comme à son propre désir qu'il l’a écrite. Son ouvrage, tout comme celui de Lactance : De mortibus persecutorum, est un écrit historique, avec une tendance spéciale ; il a pour but de montrer que le malheur qui frappa son peuple depuis l’époque des Romains est bien mérité; 1l fait, en même temps, le tableau du triste état moral de l'époque où vivait l’auteur, époque qui resta sourde aux avertissements de l'histoire, et il donne cet état comme étant le résultat du passé afin de déterminer la génération présente, les états surtout qui donnaient le ton, à devenir enfin meilleurs. L'histoire est donc ici au service d’un but moral, et l’on ne pouvait guère espérer autre chose d’un ascète comme l'était Gildas. Malgré cela, et quoique l'auteur ait puisé, comme il le dit, la majeure partie de ses matériaux à des sources d'outre-mer (1), son histoire contient pourtant quelques faits particuliers qui ne manquent pas d'importance. Mais, ce qui la rend plus remarquable encore, de même que tout son ouvrage, c'est la peinture vivante et fidèle des mœurs de sa nation, peinture dont l'histoire complète des temps postérieurs de cette même nation n’a fait que constater la vérité. Cet ouvrage a en outre un intérêt tout particulier pour la littérature générale du moyen âge : la mercuriale, qui s'adresse aux rois de ce temps-là, laisse déjà poindre, dans les débauches sensuelles qu’elle leur reproche et dans les écarts qu'ils font pour les satisfaire, un des principaux éléments de la légende d'Arthur (2), lequel événement a par conséquent : ut jam in superioribus dixi, ab his veniam impertiri, » etc, ; c'est ce qui a lieu justement, $ 26. La citation du livre de Gildas, faite par Alcuin, Ep. 28 (éd. Jaffé, p. 206), est en complète harmonie avec cette manière de voir.