DE ECCLESIASTICIS OFFICIIS. CHRONICON
que la première va jusqu’à la « quinzième année de l’empereur Héraclius et à la quatrième du roi Sisebut (615), » l’autre embrasse, en supplément, dix-sept années de règne de Héraclius ; quant aux faits eux-mêmes, on n’y trouve rien de nouveau. Il résulte de là que cet abrégé a été rédigé douze ans après la composition de la chronique complète, et que, par conséquent, celte première partie des étymologies a été écrite en 627. Après ces indications sur les deux éditions (1), nous n'avous plus à nous occuper ici de l'ouvrage principal, de la chronique complète. Or, il y a, dans la disposition elle-même, une particularité qui la distingue des autres chroniques anciennes. Elle est divisée, d’après les six âges du monde, tels que les donne saint Augustin dans la Cité de Dieu (v. plus haut p- 254), et c'est bien, à n'en pas douter, à cet ouvrage qu'est empruntée la division de saint Isidore, ainsi que plusieurs faits (2). L'ère, c'est celle de la création du monde. Dans les quatre premiers âges du monde, jusqu’à la captivité de Baby- Jone, l’auteur suit l’histoire juive ; dans le cinquième, qui va jusqu’à la naissance de Jésus-Christ, il se rattache aux rois des Perses à partir de Darius, qui permit aux Juifs de quitter Babylone, jusqu'à Alexandre le Grand. Il suit, après cela, ce dernier et les Ptolémées qui lui succédèrent en Egypte, jusqu'à Cléopâtre. Avec César, le fondateur de l'impérialisme romain, il commence par faire passer sous nos regards la série des empereurs ; c’est d’après leur règne que, dans le sixième âge du monde, il enregistre les faits à partir d'Octavien jusqu’à la fin du livre. Au reste, le règne des derniers empereurs mis à part, le principal intérêt de l'auteur est dans la donnée des dates, même dans la chronique complète ; il suit, en. effet, l'exemple d’'Eusèbe lui-même et se distingue par là des continuateurs postérieurs de la chronique universelle de ce dernier.
. 1. C'est d'après ces données qu'il faut rectifier ce qu'en dit Wattenbach, Deutsche Geschichtsquellen, 3° Ed., p. 69. La chronique complète n’est pas seulement « un peu, » mais, proportionnellement, bien « plus détaillée » que la chronique abrégée, si, par détaillée, nous entendons ici le nombre des faits cités.
2.. V. par exemple, 8 20, et cf. Civit. Dei, 1. 18, c. 13, endroit auquel le passage relatif à Triptolème est en grande partie emprunté littéralement.
Saint Isidore a écrit encore un autre ouvrage qui a les plus grands rapports avec sa chronique et auquel il a donné pour titre : Pistoria de regibus Gorhorum, Vandalorum et Suevorum, c’est-à-dire, Chronique des Visigoths, mise en ordre d’après le règne de leurs rois; dans quelques manuscrits, elle va jusqu’à la mort de Sisebut; dans d'autres, jusqu’à la cinquième année de Suintila : cette chronique est suivie de deux courts appendices qui traitent, sous une forme semblable et d’une manière chronologique, de l'histoire des Vandales et de celle des Suèves. Les événements y sont classés d’après l'ère espagnole et les années de règne des empereurs romains. Quoique cet ouvrage de saint Isidore ne soit également, dans sa majeure partie, qu'une compilation d'autres ouvrages et surtout de chroniques, comme celle de Prosper, d'Idace, de Victor et d’Orose (4), il n’en constitua pas moins un recueil estimable pour cette époque. Mais ce qui distingue surtout cet ouvrage et ce qui lui donne plus d'intérêt pour nous, c’est que l’auteur, tout comme Cassiodore, quoique d'origine romane, y fait parade d’un enthousiasme tel pour les Goths, qu’on peut déjà distinguer ici ce sentiment comme celui de la nationalité espagnole. Il se fait jour, d’une manière tranchée et manifeste, dans un panégyrique plein d’élan poétique, écrit en l'honneur de l'Espagne ; il sert de préface à l’histoire et annonce l'esprit qui l’a inspirée. L'auteur y célèbre ce pays, comme le « plus beau de tous les pays, depuis le Couchant jusqu’à l'Inde; » « la mère sainte et toujours heureuse des princes et des peupies, » la «perle et l'ornement de l'univers; »et c’est en Espagne que florissait, au sein de l'abondance, la glorieuse fertilité du peuple des Goths. Il expose ensuite en particulier la richesse de ses produits. Quand à l'éloge des Goths, dans cette histoire, saint Isidore explique, déjà au début, leur nom par fortitudo; aucun peuple du monde, en effet, n'a donné tant
1. V. l’édit. de Roesler, Tubingue, 1803, in-4 : quant à ce qui regarde
l'histoire des Vandales, v. sa dissertation : Ad Jsidori Hispal, historiam
Vandalorum observationes, Tubingue, 1805, in-4 : V. aussi Papencordt,
page 393 sq. ; Hertzberg, Die Historien und Chroniken des Isidors von
Sevilla. I" Theil, die Historien, Goettingue, 1874 (Dissert.). Cf. là-dessus Retue critique, 1874, 2° semestre, n° du 15 août, p. 106 sq.